Personnes âgées : une piste pour éviter les effets indésirables lors de cures de paracétamol

Les personnes âgées font souvent des cures de paracétamol pour lutter contre les douleurs. Une nouvelle piste nutritionnelle pourrait permettre de limiter les effets indésirables. shutterstock

Personnes âgées : une piste pour éviter les effets indésirables lors de cures de paracétamol

Les douleurs chroniques d’intensité faible à modérée sont fréquentes chez les personnes âgées. Elles sont généralement traitées par des cures récurrentes de paracétamol. Une prise supérieure à 1 gramme 4 fois par jour, une pathologie hépatique ou la malnutrition favorisent les effets métaboliques indésirables du paracétamol. Lorsqu’ils sont très intenses, ces effets deviennent toxiques et peuvent même mettre la vie en danger.

Les effets métaboliques indésirables du paracétamol sont liés à la baisse du stock de cystéine dans l’organisme. La cystéine est un acide aminé contenant du soufre, utilisé pour la synthèse des protéines corporelles, largement impliquées dans le maintien de la mobilité des personnes âgées. La dégradation de la cystéine produit du sulfate. La cystéine est aussi utilisée pour la synthèse du glutathion. Le glutathion est formé de trois acides aminés, le glutamate, la cystéine et la glycine - c’est un puissant antioxydant présent dans toutes nos cellules. Le stock de cystéine s’épuise lors de la détoxication du paracétamol par le foie, car la détoxication utilise du sulfate et du glutathion, ces deux composés étant formés à partir de la cystéine.

Intérêt d’une supplémentation alimentaire en cystéine ?

Pour essayer de prévenir les effets métaboliques indésirables du paracétamol, une supplémentation alimentaire en cystéine a été testée par notre équipe de l’Université Clermont Auvergne et de l’INRA chez des rats âgés. Ils étaient soumis à trois cures de paracétamol de deux semaines chacune, espacées de deux semaines sans paracétamol. Les résultats ont été publiés en 2017 dans The British Journal of Nutrition.

Ce protocole mimait l’alternance habituelle de périodes avec et sans paracétamol chez les patients atteints de douleurs chroniques ; la dose choisie était équivalente à la posologie maximale autorisée chez l’homme, soit 4 grammes par jour. Les rats du groupe témoin ont été nourri avec un régime standard. Pendant les cures, le groupe « paracétamol » a reçu le régime standard contenant 1 % de paracétamol, et le groupe « test », le régime à 1 % de paracétamol supplémenté avec de la cystéine à hauteur de 0,5 %. Ce supplément fournissait la quantité de cystéine théoriquement nécessaire pour éliminer le paracétamol consommé. Les cures de paracétamol ont été associées à une prise alimentaire sous-optimale, mimant le niveau d’alimentation des personnes âgées, généralement plus faible que nécessaire.

Résultats expérimentaux

Les cures de paracétamol ont induit les effets indésirables suivants : diminution de la concentration plasmatique en cystéine, augmentation de la masse du foie et diminution de la concentration hépatique en glutathion. La supplémentation alimentaire en cystéine s’est révélée efficace pour prévenir tous ces effets indésirables. De plus, deux muscles des rats du groupe « test » étaient plus gros que ceux du groupe « paracétamol », un résultat en faveur d’une meilleure mobilité des animaux concernés.

Ainsi, la supplémentation alimentaire en cystéine a prévenu les effets métaboliques indésirables du paracétamol dans un modèle animal expérimental représentatif des personnes âgées soumises à des cures de paracétamol, alors que leurs apports alimentaires sont fréquemment faibles. L’effet bénéfique d’un complément alimentaire enrichi en cystéine doit maintenant être testé chez les personnes âgées ayant régulièrement recours au paracétamol.


_Cet article est publié en partenariat avec La minute recherche de l’Université Clermont Auvergne.

Help us meet the NewsMatch Reader Challenge. Get your gift doubled today.