Petite chronique du sexisme ordinaire

Attention, pièges ! MCAD Library/Flickr, CC BY

Du 8 septembre 2016 au 8 mars 2017, Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes a lancé une mobilisation contre le sexisme. C’est l’occasion de rappeler l’histoire du droit des femmes et de s’interroger sur l’aboutissement du combat mené par nos mères et grands-mères.

Voici l’histoire de Joséphine, jolie petite histoire du sexisme ordinaire.

Jusqu’ici tout va bien

Joséphine, pour ses 16 ans a ouvert son premier compte bancaire pour y verser le salaire qu’elle a perçu en travaillant au mois de juillet dans un fast-food (avec l’autorisation de ses parents).

Joséphine pour ses 18 ans après avoir passé son bac, obtient son permis de conduire. Elle se marie sous le régime de la séparation de biens (cela lui permet de conserver un patrimoine propre). Étant donné que depuis 1938 l’incapacité civile des femmes est levée : Joséphine peut désormais aller à l’université, avoir une carte d’identité ou un passeport sans l’autorisation de son mari. Par chance, l’article 17 de l’ordonnance du 21 avril 1944 sur l’organisation des pouvoirs publics donne aux femmes le droit d’être citoyennes en leur permettant de devenir à la fois électrice et éligible. Elle s’inscrit donc sur les listes électorales.

Au travail, ça dérape

J’ai gagné ! Search Engine People Blog/Flickr, CC BY

Joséphine peut alors, pour ses 23 ans se voir remettre un diplôme de master 2 en finances, obtenu dans une grande université parisienne. La promotion est mixte et l’avenir appartient à tous ces jeunes gens. Joséphine, pour ses 23 ans signe un contrat à durée indéterminée dans un prestigieux cabinet de conseil, en audit et finances, et change de banque. En effet, les femmes sont autorisées à ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de leur époux depuis le 13 juillet 1965. (Réforme des régimes matrimoniaux, rendant effective la capacité juridique de la femme mariée ; depuis, celle-ci peut ouvrir un compte en banque et signer un contrat de travail sans avoir besoin du consentement marital).

Pas de chance : son salaire (médian brut) est inférieur de 5 500 euros par an à celui de ses camarades de promotion masculins. Pas de chance non plus, Joséphine, pour se rendre à son bureau situé à La Défense, subira à coup sûr des commentaires ou des sifflets plus ou moins lourds dans les transports en commun. (100 % des utilisatrices de transports en commun ont subi au moins une fois dans leur vie du harcèlement sexiste rappelle le rapport du 16 avril 2015 du HCEfh).

Sam Churchill/Flickr, CC BY

Joséphine pour ses 24 ans vêtue d’un strict tailleur-jupe présente devant un parterre de prospects conquis, un rapport sur « l’intérêt de l’audit social dans les PME ». L’associé principal du cabinet applaudit et remercie « la belle Joséphine ».

Joséphine est ensuite félicitée par ses collègues qui soulignent sa tenue très élégante et le fait qu’elle soit très bien maquillée aujourd’hui…

Si Joséphine s’était appelée François, pensez-vous vraiment que la fin de l’histoire aurait été la même ?

Empilement de lois, persistance des inégalités

Malgré la multiplication des mouvements féministes, des politiques publiques et un empilement de lois successives, les inégalités persistent. Notre sujet n’est pas là. Nous parlons ici d’un sexisme ordinaire, insidieux et souvent accepté. Le sexisme au quotidien est accepté car il fait partir des rites et de la culture des entreprises.

Beaucoup de femmes doivent évoluer dans des milieux masculins. C’est l’immersion en milieu hostile, sorte de « Koh-Lanta » de la vie professionnelle où tous les coups sont finalement permis. Les plus solides s’en sortiront les plus fragiles ne résisteront pas. Être une femme peut vite devenir un problème dans le milieu du travail. Les jeunes filles sont a priori éduquées dans le même système de valeurs que les garçons, les écoles sont mixtes et les concours accessibles à tous et toutes.

Malheureusement, il semblerait qu’à diplôme égal et expérience équivalente, la salariée et le salarié ne se valent pas. Les différences sont parfois factuelles (nature du poste, salaire, accès aux responsabilités) mais parfois les différences résident dans la façon dont sont considérées les femmes. Certains hommes peinent à travailler avec les femmes en les considérant comme des collaboratrices à part entière et pas comme des éléments décoratifs.

Une prise de conscience simple

Si l’on veut éviter au sexisme de perdurer dans les organisations, il faudrait que les managers prennent conscience que s’ils font une remarque à une femme, ils doivent pouvoir la faire à un homme.

Avec la loi du 17 août 2015 dite Rebsamen, relative au dialogue social et à l’emploi, de nouvelles dispositions tendant à l’égalité réelle ont pris effet pour l’essentiel à partir du… 1er janvier 2016. Sans modifier substantiellement les obligations des employeurs sur les questions d’égalité professionnelle, la loi du 17 août 2015 intègre ces questions dans le cadre de la rationalisation des obligations de négocier et des informations-consultations du comité d’entreprise afin d’en renforcer l’efficacité.

Croisons les doigts pour que cette énième initiative réglementaire fasse son effet sur les managers !

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