Plan maladie de Lyme : les tiques s’en réjouissent

Tique mâle de l'espèce Ixodes ricinus, dans la forêt domaniale de Flines-lès-Mortagne (Nord). Lamiot/Wikimedia, CC BY-SA

Après le Canada, c’est au tour de la France de se doter de son plan de lutte contre la maladie de Lyme et autres maladies à tiques. Ce plan national, lancé le 29 septembre par la ministre de la Santé, propose aux malades et aux médecins concernés de participer ensemble à l’élaboration d’un protocole de diagnostic et de soins. Il vise à assurer une prise en charge cohérente, standardisée en fonction des symptômes présentés par les malades. Ce protocole sera validé à la fois par la Haute autorité de santé et par l’Assurance Maladie, pour permettre un meilleur accès aux soins.

Si ces actions atteignent leur but, on ne devrait plus voir de patient errer d’un hôpital à l’autre sans réussir à se faire confirmer le diagnostic. Ni, inversement, de malade aux souffrances inexpliquées convaincu que tous ses problèmes viennent d’une piqûre de tique. Les malades seront soignés avec l’appui de centres volontaires et spécialisés dans chaque région.

Dans ses autres volets, le plan annonce un éventail d’initiatives concrètes de nature à rassurer les malades, les médecins et les populations exposées aux tiques – tous les Français, au demeurant.

Longtemps des « malades imaginaires »

La prise de conscience des dangers liés aux tiques et aux microbes qu’elles transmettent est récente. On la doit aux associations de malades et à une poignée de médecins confrontés à une réalité bien différente de la théorie apprise sur les bancs de la faculté. Il a fallu des années de lutte pour que les membres de ces associations passent du statut de « malade imaginaire » à celui de « malade » tout court. Des années pour que soient pris au sérieux les médecins lanceurs d’alerte, décoiffant au passage quelques académiciens trop sûrs de leur fait.

L’annonce du plan est, en soi, un nouveau pas en avant. Dès son titre, le plan de lutte contre la maladie de Lyme « et les maladies transmises par les tiques » annonce la couleur, en reconnaissant que Lyme n’est qu’une partie du problème. La maladie de Lyme, au sens strict, désigne l’affection due aux bactéries du genre Borrelia. Or toutes les maladies transmises par les piqûres de tiques ne sont pas des maladies de Lyme… En plus des Borrelia, les tiques sont capables de transmettre d’autres microbes pouvant, à eux seuls, provoquer des maladies avec des symptômes proches de ceux de Lyme et pour lesquelles il n’existe peu ou pas de tests de diagnostic.

Ces micro-organismes peuvent également être transmis en association avec des Borrelia. Les patients co-infectés peuvent alors développer des symptômes différents de ceux de la maladie de Lyme, ce qui complique encore davantage le diagnostic clinique. Ne plus parler de maladie de Lyme mais, plus largement, de maladies transmises par les tiques n’est pas une simple question de vocabulaire, c’est en soi une grande avancée !

Des tests déjà à l’essai

Dans ce contexte compliqué du point de vue scientifique, le plan du gouvernement propose d’améliorer les tests de diagnostic en commençant par évaluer la performance des kits déjà disponibles. Il promet aussi de développer de nouveaux outils de dépistage, en particulier pour les autres microbes que Borrelia, via des programmes scientifiques mobilisant des acteurs de la recherche institutionnelle. Les scientifiques ne partent pas de zéro : des tests sont déjà à l’essai, voire commercialisés dans le domaine de la santé animale. On peut donc s’attendre à des avancées relativement rapides. Il faudra ensuite que des industriels s’en saisissent pour les commercialiser.

Côté prévention, le ministère de la Santé annonce des mesures simples, faciles à mettre en œuvre et de bon sens qui permettront au public d’être mieux informé, et donc de mieux se protéger. La prévention, stratégie la plus puissante dans les maladies dites « évitables », fait l’unanimité chez les spécialistes des tiques. Les citoyens doivent d’abord connaître l’ennemi, s’ils veulent pouvoir le combattre.

Les autorités du comté de Fairfax, près de Washington (États-Unis), diffusent des recommandations sur la tenue adéquate. Ici, comment glisser son pantalon dans ses chaussettes. Fairfax County/Flickr, CC BY-ND

Si on sait qu’on va s’aventurer dans une zone infestée, on pense à s’inspecter sur toute la surface de la peau au retour de la balade. Et si on enlève la tique rapidement et correctement après la piqûre, le risque de développer une maladie devient infime. Ainsi, le plan prévoit judicieusement l’installation de panneaux d’information aux points d’entrée dans les forêts. Des actions d’information et de formation destinées au grand public seront déployées ainsi qu’une application sur smartphone, sur laquelle nous travaillons déjà. Celle-ci permettra aux citoyens de signaler leurs piqûres partout en France. Attention, les tiques : big brother is watching you ! (Vous êtes sous surveillance !)

Ce plan anti-Lyme a toutefois ses limites. À l’origine, ce sont les associations de malades qui ont saisi le gouvernement, plus précisément le ministère de la Santé – lequel leur a d’ailleurs réservé la primeur de l’annonce. Logiquement, les actions lancées sont très centrées sur le malade. Pendant ce temps, les tiques dorment tranquilles. Trop tranquille. Elles n’ont en effet pas grand-chose à craindre de cette mobilisation nationale. Peut-être même s’en réjouissent-elles, tapies dans leurs forêts… Car dans l’urgence, on néglige une arme potentiellement efficace. Moins de tiques dans les bois et les herbages, c’est moins de personnes piquées.

Une sensibilité aux changements globaux

Les tiques, en particulier celles qui transmettent les microbes responsables de la maladie de Lyme, vivent en interaction étroite avec leur environnement biotique (faune sauvage) et abiotique (composition des sols, hygrométrie, structure du paysage, température). De ce fait, elles sont très sensibles aux changements globaux, comme le réchauffement climatique, la prolifération des animaux sauvages ou la modification des paysages. On gagnerait donc à étudier plus avant ces différents facteurs et à tenter de limiter la prolifération des tiques.

Par ailleurs, les agents pathogènes transmis par les tiques circulent indifféremment entre le monde animal et les humains. Le comportement de l’homme vis-à-vis de la faune peut avoir des conséquences directes ou indirectes sur les maladies transmises par les tiques. Développer la recherche sur les tiques dans l’objectif de pouvoir contrôler leur population nécessite de prendre en compte également cet aspect.

Un groupe de chercheurs spécialisés

Pour l’instant, les chercheurs français spécialisés dans la biologie des tiques sont organisés autour d’un groupe, baptisé « Tiques et maladies à tiques ». Ce groupe se réunit une fois par an pour présenter l’avancement des travaux des différentes équipes. Il devrait à l’avenir œuvrer plus en lien avec les médecins, qui y sont pour l’instant très peu représentés. La mobilisation débute avec l’implication de la société savante de pathologie infectieuse et des principaux organismes de recherche membres de l’Alliance pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan), l’Inra, l’Inserm et l’Institut Pasteur.

L’affaire des tiques est donc l’affaire de tous et dans un monde idéal, les ministères de la Recherche, de la Santé, de l’Agriculture et de l’Environnement devraient maintenant réunir leurs efforts pour présenter, dès que possible, la version 2.0 de ce plan « tiques ». Il faudra, aussi, chiffrer les budgets permettant de mettre en application les mesures du plan actuel. Car si les directions sont claires, la question du financement n’est pas abordée. Pour que ce plan ne se limite pas à un plan « com’ » destiné à apaiser le courroux des malades, il faudra mobiliser des équipes de recherche en physiopathologie, en épidémiologie, en entomologie, en diagnostic et en thérapeutique. Et leur donner les moyens de travailler.

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