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Pourquoi il ne faut pas se réjouir trop vite du retour de la croissance

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Pourquoi il ne faut pas se réjouir trop vite du retour de la croissance

Les chiffres sont clairs : la croissance européenne atteint actuellement des niveaux que l’on n’avait plus observés depuis dix ans, niveaux supérieurs même aux prévisions récentes les plus optimistes. Pourtant, les caractéristiques de cette croissance, plus encore que les risques qui pèsent sur elle, incitent à associer un peu de prudence à la légitime satisfaction.

La bonne nouvelle : Une croissance bien partagée au sein de la zone euro

Les dernières prévisions de la Commission européenne établissent la croissance à 2,2 % du PIB en 2017, corrigeant les prévisions précédentes (datant du printemps dernier) de 1,7 %. La correction est énorme et semble justifiée. L’intérêt de la Commission n’est certainement pas de gonfler les chiffres au moment où son discours vise, plus que jamais, à amener les États membres à poursuivre les efforts de réduction des déficits et à éviter tout laxisme dans ce domaine.

La pertinence du taux de croissance pour mesurer la bonne santé économique d’un pays reste relative, comme nous l’avions déjà évoqué.

Au-delà du chiffre, la bonne nouvelle réside sans aucun doute dans le caractère équilibré de cette croissance au sein de la zone euro, voire de l’ensemble de l’Union européenne. Tous les pays européens retrouvent des taux supérieurs à 2 % à l’exception de quelques-uns qui voient tout le même leur situation s’améliorer.

La Commission table ainsi, pour les plus faibles taux, sur une croissance de 1,5 % en Italie, 1,5 % au Royaume-Uni, 1,6 % en France, et 1,7 % en Belgique. Certains économistes y voient, sans doute trop rapidement, une occasion de remettre en cause l’idée de stagnation séculaire et évoquent, à tout le moins, une sortie de l’économie du triple zéro que nous avions présenté il y a quelques mois.

Quoi qu’il en soit, plusieurs bénéfices associés à la croissance actuelle commencent à poindre.

Des effets positifs déjà mesurables

Le principal intérêt de la croissance, dans la situation actuelle et même si ce n’est pas le seul, est son effet direct sur le chômage. Le taux de chômage au sein de la zone euro devrait atteindre 9,1 % en fin d’année (son niveau le plus bas depuis 2009) et 7,9 % dans deux ans si le rythme anticipé de la croissance devait se poursuivre.

Des effets indirects provenant de la baisse mécanique des déficits publics et de la dette doivent renforcer le lien entre croissance et emploi. La dette publique devrait ainsi passer de 89,3 % à 85,2 % du PIB des États membres dans les deux ans qui viennent. Au cours de la même période, le déficit public de la zone euro devrait passer de 1,1 % à 0,8 %. Des doutes sont toutefois légitimes sur la durabilité de la croissance actuelle.

Une croissance reposant sur des conditions non durables

Les efforts déployés en vue de ranimer la croissance, entrepris depuis plusieurs années, portent enfin leurs fruits. Le réel soutien budgétaire et les conditions de financements très favorables ne sont pas étrangers au retour de la croissance. Cette dernière revenue, il importe de trouver des relais à ces soutiens qui ne sauraient être que ponctuels.

Même si la légère augmentation de la consommation et le redémarrage de l’investissement sont réels (il s’agit plutôt de rattrapage), une part essentielle de la croissance est exogène : elle trouve ses origines dans une dynamique mondiale actuellement plus porteuse mais aussi très fragile. Les anticipations de croissance pour les années qui viennent confirment bien cette fragilité puisque les taux prévus sont très modérés (inférieurs en 2018 et 2019, pour la plupart des pays, aux chiffres de 2017) par rapport à ceux qui ont suivi les crises précédentes (la crise dont nous sortirions actuellement est celle de 2008).

Une autre caractéristique de la croissance actuelle pose problème : son caractère non suffisamment inclusif. Si au niveau géographique, tous les pays sont concernés, à l’intérieur de ces pays, des populations ne profitent pas assez de la réduction du chômage et n’accèdent pas aux bénéfices de la croissance. La lutte contre cette exclusion, délétère pour tous, et la poursuite continue des objectifs de progrès social, dont le bien-fondé fût bien rappelé récemment par Göran Therborn et Marc Fleurbaey constituent sans aucun doute le vrai chantier pour les mois qui viennent, en vue d’accompagner idéalement la croissance (re)naissante.

Face aux nombreux risques pesant sur la croissance (tensions géopolitiques mondiales, ralentissement plus long que prévu de l’économie chinoise, retour en force du protectionnisme…), légitimités sociale et économique des politiques se rejoignent donc pour justifier la recherche d’une croissance plus inclusive et pacifiante.

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