Pourquoi le chiffre de 1,5 °C est devenu si important à la COP21

Des militants écologistes se mobilisent au Bourget sur le site de la COP21. Jacky Naegelen/Reuters

L’un des derniers obstacles à la signature d’un accord contraignant à la COP21 se résume à ce simple chiffre : 1,5. L’une des trois options envisageables, dans les derniers jours de la conférence climat de Paris, consiste à limiter la hausse de la température moyenne à 1,5 °C par rapport au seuil préindustriel. Les deux autres suggèrent de se fixer un objectif de 2 °C, ou d’assortir celui-ci d’une possible réduction à 1,5 °C dans les années qui viennent.

En divulguant le dernier projet d’accord, jeudi 10 décembre, Laurent Fabius, qui occupe la présidence de cette COP, a désigné cette question comme l’un des trois principaux points en suspens, au même titre que le financement des mesures à entreprendre, et la répartition des responsabilités entre pays développés et en développement.

L’engouement inattendu de nombreux pays industrialisés a créé la surprise au cours des discussions. Cet objectif de 1,5 °C était en effet revendiqué depuis longtemps par les nations les plus pauvres, notamment les petits États insulaires et les pays les moins développés.

Les scientifiques considèrent que la limite de 1,5 °C constitue un seuil critique : associée à une telle hausse des températures, la montée des eaux menacerait en effet l’existence des États insulaires les moins élevés.

Il y a cinq ans, malgré la prise de position ferme de plus de cent nations développées, les participants s’étaient entendus sur un seuil collectif de 2 °C.

Comment faire sans carbone ?

Si l’accord de Paris fixe la limite à 1,5 °C, il sera nécessaire de déterminer les actions à mener pour y parvenir.

L’organe scientifique des Nations unies pour le climat a montré que les émissions de dioxyde de carbone (CO2) s’accumulent et restent dans l’atmosphère pendant plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers, d’années. Compte tenu du lien entre ces émissions et la hausse des températures, il est possible d’estimer de manière relativement précise la quantité de CO2 qui peut être émise avant de dépasser tel ou tel seuil. En 2011, pour avoir 50 % de chance de rester en deçà de 1,5 °C, le budget carbone restant équivalait à 550 ou 600 gigatonnes. Au rythme des émissions mondiales actuelles, soit environ 36 gigatonnes chaque année, ce crédit sera épuisé en moins de vingt ans.

Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’il faudra tout bonnement procéder à la décarbonation totale de l’économie mondiale d’ici à 2050, date à laquelle nous devrons avoir cessé de brûler des carburants fossiles et pris les mesures nécessaires pour préserver les forêts et protéger la biodiversité. Tout un défi !

Bien que certains prétendent que le seuil de 1,5 °C, voire 2 °C, est déjà inatteignable, ce chiffre est surtout le signal politique d’une plus grande ambition et d’un engagement mondial plus sérieux à l’égard du changement climatique. Aussi tardif soit-il, un nouvel accord international ne doit pas se contenter d’entériner une limite dont même les Nations unies ont reconnu qu’elle ne constituait pas un garde-fou suffisant.

Au cas où l’on parvienne à s’accorder sur un objectif qui nécessite une décarbonation rapide, quel sera le rôle de chacun, et à quelle échéance ?

Des efforts partagés

Le fond du problème réside dans la conception fondamentalement différente du partage des responsabilités, et d’une approche équitable permettant d’aller encore plus loin. Afin de répondre à cette question, une vaste coalition d’ONG s’efforce de définir une méthodologie prenant en compte le budget carbone restant, l’historique des émissions (puisque les effets sur la température sont cumulatifs) et les capacités de chacun.

Dans ce contexte, on commence à comprendre les raisons pour lesquelles de nombreux pays en développement pourraient ne pas vouloir s’engager sur une limite de 1,5 °C avant que la contribution de chaque État soit clairement définie. Les émissions des pays développés entameront de manière conséquente leur budget carbone, ce qui entravera sérieusement les efforts entrepris par ces États pour lutter contre la pauvreté, et leurs aspirations en matière de développement durable.

Mais les courbes de croissance qui dépassent le budget carbone de la planète ne fonctionneront pas au niveau mondial. Indépendamment de ce qui a été fait par le passé, tous les pays sont désormais liés par le faible budget carbone restant. Ceux qui se sont déjà engagés à assumer leur part de l’effort mondial, comme la Chine ou l’Inde, seront ainsi obligés d’en faire beaucoup plus pour que la hausse de la température n’excède pas de beaucoup le seuil des 1,5 °C.

Si les pays plus pauvres (l’Inde figure au 135e rang de l’indice de développement humain) s’engagent à aller au-delà de leur quote-part, cela doit se faire dans le cadre d’un soutien international.

Des objectifs communs

En fin de compte, davantage que les discussions autour de ce chiffre de 1,5 °C, le véritable « objectif mondial » de la conférence de Paris consistera à s’entendre sur une réduction des émissions qui soit compatible, même de loin, avec l’objectif fixé, quel qu’il soit.

Les différents moyens de l’atteindre sont le plafonnement ou l’arrêt des émissions, la décarbonation ou la neutralité climatique. Mais, quel que soit l’objectif retenu, qu’il s’applique à l’horizon 2050 ou 2100, il ne servira à rien si l’effort sur le long terme n’est pas différencié, c’est-à-dire qu’il ne conditionne pas les objectifs à atteindre au soutien apporté aux pays en développement.

En tout état de cause, ce chiffre de 1,5 °C ne doit pas faire perdre de vue le véritable défi : celui qui consistera à s’entendre sur un objectif commun, à la fois ambitieux et équitable. Faute d’identifier clairement ceux qui devront montrer l’exemple, ceux qu’il faudra aider à dépasser leur quote-part et la manière dont les émissions mondiales respecteront le budget carbone, tout le monde sera perdant.


Traduit de l’anglais par Catherine Biros pour Fast for Word

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