Pourquoi les cours du pétrole peinent-ils à remonter au-dessus des 50 dollars ?

En janvier 2016, le prix du pétrole à des niveaux historiquement bas. Spencer Platt/Getty Images North America/AFP

Depuis le 23 février dernier, date à laquelle le baril avait franchi un pic à 54,35 dollars, les cours de l’or noir ont chuté de 14,8 %. Au 6 juillet 2017, le baril de brent affichait 48,91 dollars et le cours de baril de pétrole (WTI crude oil) 46,30 dollars.

Quelles sont les raisons de cette chute alors même que l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) avait décidé de réduire la production de 1,2 million de barils par jour de janvier à juin 2017 pour soutenir les cours du pétrole ? Quelles sont les perspectives pour fin 2017 et début 2018 sachant que cet accord a été récemment prolongé jusqu’en mars 2018 ?

Un accord historique sur la production

Suite à la réunion conduite à Vienne fin novembre 2016, l’OPEP – qui représente près de 40 % de la production en pétrole au niveau mondial – avait entériné un accord qualifié d’« historique » ; l’accord prévoyait de réduire la production quotidienne de 1,2 million de barils pour la période janvier–juin 2017.

Cette décision avait pour objectif de faire remonter des cours dramatiquement bas. Une situation prolongée qui avaient grevé très significativement les budgets des pétromonarchies et en premier lieu celui de l’Arabie saoudite et précipité au bord du gouffre certains pays, à l’instar du Venezuela.

La crise économique au Venezuela (AFP, 2015).

L’Arabie saoudite, qui avait longtemps refusé de limiter sa production pour conserver ses parts de marché et contrer les producteurs de gaz de schiste américains, avait finalement accepté la plus forte coupe de l’ordre de 486 000 barils par jour.

Ce retournement de situation de la part de Riyad avait peut-être été en partie influencé par la future introduction en bourse de la société étatique Aramco (Arabian American Oil Company). Plus les cours seraient élevés, meilleure pourrait être la valorisation de l’entreprise.

À l’exception de l’Iran, de retour sur la scène internationale depuis la levée des sanctions américaines en janvier 2016, de la Libye confrontée à cinq années de guerre civile effroyable et du Nigeria frappé par les attaques de rebelles sur ses installations dans le delta du Niger, tous les pays membres avaient accepté d’amputer leur production. En outre, Moscou (non membre de l’OPEP) avait également accepté de réduire sa production.

Il est important de préciser que la Russie est devenue le premier producteur mondial de pétrole brut depuis décembre 2016 avec une extraction de 10,49 millions barils par jour, devant l’Arabie saoudite et les États-Unis.

La baisse malgré tout

Si les cours ont repris des couleurs depuis ce fameux 12 janvier 2016, lorsqu’ils avoisinaient les 30 dollars, la barre des 50 dollars n’a pas pu être maintenue longtemps et ce malgré la réduction de production entérinée par l’OPEP. Une mesure pourtant reconduite le 25 mai dernier, lors de la Conférence de l’Organisation à Vienne, avec un objectif de réduction de production de 1,8 million de barils/jour jusqu’en mars 2018.

Quels sont donc les autres facteurs qui prolongent cette tendance baissière ?

D’un côté on note, selon les analyses de l’Agence internationale de l’énergie (IEA), une réduction de la croissance de la demande, provenant principalement de la Chine et de l’Europe ; de l’autre, une offre abondante.

En Chine, par exemple, les ventes de voitures ont baissé de 2,2 % par rapport à l’année précédente, entraînant une baisse de la demande en essence. En Europe, la demande a surtout chuté en Italie, en Espagne, en Allemagne et en France. La France affichant la plus forte baisse en Europe – 3,7 % par rapport à avril 2017, essentiellement expliquée par la baisse de la demande de diesel.

Mais cette tendance baissière est principalement liée à l’abondance de l’offre liée à une production américaine très soutenue et, dans une moindre mesure, à la surproduction en Libye et au Nigeria.

Une production américaine très soutenue

Dans son « Oil Market Report » du 14 juin 2017, l’IEA revient sur la situation nord-américaine : l’Agence prévoit en effet que la production de pétrole brut américain pour la fin 2017 devrait dépasser celle de 2016.

Elle souligne d’autre part qu’au regard des premières estimations pour 2018, la production du pétrole brut des États-Unis devrait encore augmenter. Elle précise enfin que compte tenu du dynamisme et de la diversité de l’industrie pétrolière américaine, il est possible que la production progresse encore plus vite.

L’élection de Donald Trump a réjoui les sociétés pétrolières américaines : sceptique à l’égard du réchauffement climatique, acteur du retrait de Washington de l’Accord de Paris, le nouveau président américain s’est prononcé clairement en faveur des énergies fossiles ; il encourage l’industrie pétrolière à se développer encore davantage, notamment grâce à l’exploitation des pétrole et gaz de schiste.

En mars, il a également approuvé le permis de construire relatif à la phase IV du projet Keystone XL, cet oléoduc géant et très controversé reliant le Canada (Alberta) aux États-Unis (Nebraska).

Selon l’entreprise parapétrolière Baker Hughes, les firmes pétrolières états-uniennes disposaient début juin 2017 de 733 puits de pétrole, ce qui représente plus du double des puits exploités un an plus tôt, et le plus haut niveau depuis avril 2015. En 2018, selon le rapport de l’IEA du 14 juin 2017, la production totale des États-Unis pourrait atteindre les 14,1 millions de barils/jour. À titre comparatif, toujours selon ce même rapport, la production OPEP est estimée pour 2018 à 32,6 millions de barils/jour et la production non-OPEP est évaluée à 59,7 millions de barils par jour.

Si les sociétés pétrolières américaines peuvent se féliciter du soutien de Donald Trump, l’accroissement de la production nationale influe toutefois négativement sur les cours du pétrole. Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, les grands groupes pétroliers américains ont vu leur capitalisation boursière chuter. C’est le cas du n°1 du pétrole aux États-Unis, ExxonMobil, qui a connu ces derniers mois d’importants changements après le départ de son PDG Rex Tillerson, nommé par Trump comme Secrétaire d’État. Le 13 décembre 2016, juste après l’annonce de cette nomination, le titre ExxonMobil s’échangeait à 92,58 dollars. Le 5 juillet 2017, il n’était plus qu’à 80,85 dollars. Les cours de bourse de Chevron et Conoco Philipps ont également chuté, perdant respectivement 11,2 % et 11,9 % depuis fin décembre 2016.

Le retour de la Libye et du Nigeria

Un autre fait marquant est à prendre en compte : le retour sur la scène internationale de la Libye et du Nigeria qui contribuent à une surabondance de l’offre. Touchés par la guerre civile ou les attaques des rebelles, ces membres de l’OPEP n’ont pas été soumis à la limitation de production. La production de la Libye est ainsi à son plus haut niveau depuis 2014 ; les exportations du Nigeria sont-elles à leur plus haut niveau depuis 17 mois.

Mais c’est l’Iran qui reste le plus gros producteur de l’OPEP non soumis à quota suivant l’accord signé fin novembre 2016. Depuis le 1er janvier 2017, Téhéran a produit environ 3,8 millions de barils/jour ce qui représente plus de 10 % de la production totale de l’OPEP (en se basant sur un objectif de production de 32,5 millions de barils par jour fixé lors du récent accord de Vienne, fin mai).

Des incertitudes géopolitiques

Dans le rapport de l’IEA de juin, 11 des 14 pays membres de l’OPEP concernés par la réduction de production ont atteint une baisse de 1,13 million de barils ; un résultat en dessous des 1,2 million de barils prévus, le Qatar, l’Iraq et les Émirats arabes unis ne s’étant pas conformés à la réduction qui leur incombait.

L’OPEP et la Russie ont décidé, on l’a vu, de réduire la production de 1,8 million de barils/jour jusqu’à fin mars 2018. Mais qu’adviendra-t-il si le Qatar, l’Iraq et les Émirats arabes unis continuent de ne pas respecter leurs engagements ?

Il faudra aussi prendre en considération les incertitudes géopolitiques qui touchent particulièrement le Venezuela, la Libye, le Nigéria et aujourd’hui le Qatar, frappé par des sanctions diplomatiques annoncées de la part de l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Yémen.

Néanmoins, si la Libye et le Nigéria parviennent à maintenir leur production actuelle et que le Brésil monte en puissance, l’offre continuera à progresser.

Du côté américain, la production 2017 et les prévisions pour 2018 indiquent une hausse de la production pétrolière. Le 29 juin dernier, en préparation du sommet du G20 des 7 et 8 juillet prochain, Emmanuel Macron a indiqué qu’il espérait « ramener à la raison » Donald Trump sur l’Accord de Paris. Y aura-t-il un revirement de situation de la part des États-Unis ? En tous cas, sans changement notable américain, il y a peu de chances de voir un rééquilibrage du marché pétrolier à court terme.