Les sites et applications de rencontres ne tiennent pas ou peu leurs promesses de tremplin vers le bonheur conjugal. shutterstock

Pourquoi les sites de rencontre ne tiennent pas leurs promesses

Grâce aux nombreux sites ou applications comme Tinder, Bumble, OkCupid ou EliteSingles, il n’a jamais été aussi facile qu’aujourd’hui de faire des rencontres. Pourtant, il n’y a jamais eu autant de célibataires !

Comment expliquer ce paradoxe? Non seulement ces applications ne favorisent pas l'engagement, mais elles génèrent aussi une plus faible satisfaction amoureuse en couple.

Avant Internet, les rencontres amoureuses avaient généralement lieu dans un périmètre géographique restreint : la communauté, le lieu de travail, le bal du village. Le succès des sites de rencontre tient à leur alléchante promesse : le monde devient un village global ; potentiellement, tout le monde peut rencontrer tout le monde ! L’individu qui like ou swipe les profils qui apparaissent sur son écran a la grisante illusion d’un choix quasi infini de partenaires.

Dans les sociétés occidentales, la liberté de choisir représente une valeur clé, voire un droit fondamental, synonyme d’émancipation et de bonheur. La recherche en psychologie montre toutefois le revers de la médaille : trop de choix tue le choix !

Au cours de mes recherches sur l'équilibre de vie, je me suis rendu compte que de nombreux célibataires et personnes en « couple ouvert » passent des heures sur les sites de rencontre, si bien que cela devenait une activité centrale de leur vie quotidienne. A travers leurs témoignages, il est apparu qu'ils y consacrent beaucoup de temps car ces sites se révèlent finalement peu efficaces pour former rapidement des couples durables.

Voici six paradoxes qui expliquent pourquoi les sites de rencontres ne tiennent pas ou peu leurs promesses de tremplin vers le bonheur conjugal.

1. Trop de choix tue l’action

Il n’a jamais été aussi facile qu’aujourd’hui de faire des rencontres et il n’y a jamais eu autant de célibataires ! Le premier paradoxe est en effet que l’accès à un large choix peut se révéler stressant et paralysant. L’exemple le plus connu est celui de l’âne de Buridan : incapable de choisir entre commencer par un sceau d’eau ou d’avoine, il mourut et de faim et de soif.

2. Trop de choix pousse à la procrastination

Le deuxième paradoxe est qu’un large choix nuit à l’efficacité des décisions : celles-ci s’avèrent plus longues. Devant un menu de 10 pages au restaurant, le consommateur a besoin d’une demi-heure avant de passer sa commande. Il en va de même dans le domaine sentimental : les sites de rencontres conduisent à des périodes de fréquentation qui se prolongent avant de se déclarer véritablement chum et blonde.

3. Trop de choix pousse à l’illusion

Le troisième paradoxe est qu’un large choix rend encore plus exigeant. Qui dit choix dit comparaison, mais pas meilleure connaissance du réel : on croit en la perfection. « Il me faudrait un homme qui ait la beauté de Untel, l’intelligence de Untel, l’humour de Untel… » me racontait une femme qui collectionne les dates. D’autres comparent avec leurs ex : « Il ou elle a ceci de mieux, mais ceci de moins bien ». Les sites de rencontres participent ainsi au mythe du prince et de la princesse charmant(e).

4. Trop de choix crée de l’incertitude

Le quatrième paradoxe est qu’un vaste choix génère une moindre confiance en la qualité de son choix. Pour reprendre l’image du restaurant, on ne peut s’empêcher de regarder dans l’assiette du voisin pour vérifier si l’on a fait le bon choix. Or l’herbe paraît souvent plus verte ailleurs. C’est ainsi que des personnes en couple avouent avoir du mal à se déconnecter des sites de rencontres : ils y jettent un œil de temps en temps, au cas où ils seraient contactés par des personnes au profil intéressant.

Dans son dernier film, Deux moi, Cédric Klapisch dépeint la solitude et les déboires sentimentaux de deux trentenaires utilisateurs de sites de rencontres. L’intrigue se déroule à Paris, mais aurait tout aussi bien pu se dérouler à Vancouver ou Montréal.

5. trop de choix tue la satisfaction !

Le cinquième paradoxe d’un large choix est qu’il découle généralement sur une faible satisfaction. Les maximizers (ceux qui veulent absolument faire le meilleur choix possible) sont souvent plus déçus au final que les satisficers (ceux qui se contentent d’un choix convenable).

Les maximizers éprouvent en effet des regrets (finalement, telle personne m’aurait mieux correspondu) ou prennent tant de temps à se décider qu’ils laissent passer leur chance (la personne rencontrée s’est depuis énamouré d’un autre). Ce phénomène fait écho à la fable du héron conté par La Fontaine : un héron laisse passer de beaux poissons en espérant en trouver d’encore plus goûteux, puis, lorsqu’il se décide enfin à manger, il doit se contenter des seules limaces qu’il trouve désormais.

6. L’illusion de la connaissance de soi

La satisfaction amoureuse limitée qu’apportent les sites de rencontres tient enfin à l’illusion de la connaissance de soi et à la sous-estimation de la dimension irrationnelle qui prédomine dans les sentiments.

Un premier rendez-vous ressemble parfois à un entretien de recrutement, comme si nous savions précisément le profil du partenaire qui nous convient : il faut s’assurer que notre interlocuteur coche toutes les cases alors que nous cherchons un mouton à cinq pattes ! Or de nombreux couples durables témoignent que s’ils s’étaient croisés sur un site de rencontres, ils ne se seraient même pas adressé la parole. Il n’est pas sûr que nous soyons les mieux placés pour choisir : soit que l’on se connaisse mal, soit que l'on succombe aux tentations. Au restaurant, on peut, par exemple, avoir les yeux plus gros que la panse ou prendre un plat qu’on digère mal mais qui est si tentant.


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Le libre arbitre exige une prise de conscience et une libération de ses conditionnements. Descartes raconte par exemple qu’il avait tendance à tomber systématiquement amoureux de femmes qui louchent. Pour s’en libérer, il lui fallut réaliser que son cerveau associait ce trouble oculaire aux sentiments amoureux en raison d’un amour de jeunesse qui louchait. Sans ce type de prise de conscience, les utilisateurs de sites de rencontres risquent de reproduire des schémas amoureux qui ne les rendent guère heureux : le vaste choix au bout de leur doigt ne leur garantit en rien de faire de bons choix.

Au début des sites de rencontres, il y avait une sorte de honte à les utiliser. Certains disaient : « On dira qu’on s’est rencontrés à la bibliothèque ! » Aujourd’hui, c’est la nostalgie qui domine : la plupart des utilisateurs reconnaissent que les « vraies » rencontres, par « hasard », dans le monde réel, sont plus belles et plus fiables. Mais elles se raréfient à cause des applications de rencontres. Car si l’on a la tête sur son téléphone dans le métro, on ne risque pas d’avoir un coup de cœur pour la personne d’à côté !

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