Le laboratoire créatif

Pourquoi s’intéresser à la gratitude ?

Merci ! Photo on Visual Hunt

Cette chronique est dans la droite ligne et se nourrit des recherches et rencontres publiées sur mon site Les cahiers de l’imaginaire.

Dans un monde où nous sommes appelés à interagir de plus en plus étroitement avec les machines, il est crucial que celles-ci puissent être en mesure d’adopter certains attributs propres à la communication humaine.

Lorsque nous communiquons entre nous, nous échangeons de l’information, par la parole bien sûr, mais aussi par le biais de nos émotions. Que nous en soyons conscients ou pas, lorsque nous communiquons, nous mettons constamment en scène nos émotions. Celles-ci se manifestent de multiples façons : notre gestuelle, nos expressions faciales, la taille de nos pupilles, la tonalité de notre voix, nos réactions physiologiques (sudation…). Il est nécessaire de comprendre ces mécanismes pour les transposer dans des algorithmes. Ce faisant, le travail d’analyse requis pour effectuer cette transposition met en lumière, d’une manière parfois crue, nos attributs humains.

Des technologies qui modifient nos relations

Dans un proche avenir, de nombreux développements technologiques risquent de moduler en profondeur nos relations. Prenons l’exemple des vêtements augmentés (les wearables). Ils sont de plus en plus à la mode et les ingénieurs s’efforcent d’alléger le poids des dispositifs électroniques embarqués, ces vêtements pourraient être en mesure de détecter le niveau de stress ou les dispositions émotionnelles dans lesquelles se trouve notre interlocuteur.

Codes de communication. Pexels photo.

Les vêtements augmentés pourraient, entre autres, aider les autistes. Ceux-ci éprouvent de la difficulté à décrypter les codes de communication chez leurs semblables.

Le vêtement augmenté pourrait s’avérer utile également pour celui qui le porte en évaluant en temps réel son niveau de stress. Cette information préviendrait, par exemple, une crise de nerfs avant qu’elle ne se déclenche.

La technologie qui est à la base des vêtements augmentés repose sur le déploiement de divers types de capteurs. Ces capteurs reconnaissent des formes dans le visage d’autrui, ou mesurent chez celui qui revêt ces vêtements la pression sanguine, les pulsations cardiaques, etc. Certaines de ces technologies sont déjà utilisées par nos téléphones intelligents pour évaluer notre performance à l’entraînement.

La reconnaissance faciale est d’ores et déjà utilisée dans les systèmes de sécurité. L’analyse de nos expressions faciales et corporelles peut fournir plusieurs données additionnelles. Elle peut en dire long sur tout ce qui peut se traduire en nous, souvent à notre insu. Sans nous en rendre compte, nous réagissons beaucoup : nos sourires en coin, le froncement des sourcils, le clignement des yeux, l’élargissement de nos pupilles. Et cela, en se concentrant uniquement sur le visage.

Un tel décryptage permettrait de dissocier les mots d’un discours des intentions réelles du locuteur. Il pourrait ainsi nous aider à en apprendre plus sur nous et nos semblables. Quitte à ce que l’utilisateur d’une telle technologie se sente lui-même à nu, puisqu’il devrait se soumettre lui aussi à l’analyse, et dévoiler ainsi une partie de lui-même qu’il aurait souhaité cacher.

Solidaires. Pexels photo.

Nous ne sommes pas ce que nous pensions que nous étions

Le fait d’en apprendre un peu plus sur nous, l’obligation de nous analyser pour transmettre ensuite ce savoir aux machines sous forme d’algorithmes, nous fait réaliser que nous ne sommes pas ce que nous pensions que nous étions.

En fait, il nous faut admettre que la première personne du singulier est une énigme. Nous constituons une énigme pour nous-mêmes. La conscience que nous avons de nous-mêmes est un fantôme, selon V.S.Ramachandran de l’université de la Californie. Ce flou se dissipe, en partie du moins, lorsque nous franchissons les frontières du monde réel, par nos actes, nos réalisations, les contacts que nous établissons. La conscience de ce que nous sommes est une expérience totalement subjective. Cette conscience de soi n’existe pas dans le monde réel.

Mais retournons au monde des émotions. Rosalind Picard et une équipe de chercheurs ont exploré une des émotions humaines qui s’exprime en partie par le corps, mais qui se manifeste principalement par la parole : la gratitude.

Pourquoi s’intéresser à la gratitude ?

Parce qu’elle contribue au bien-être et à la santé physique. Parce qu’elle permet de désamorcer des situations difficiles. Parce qu’elle contribue enfin à consolider les liens interpersonnels.

L’équipe de chercheurs a développé une application sur téléphone intelligent Kind and Grateful qui vise à instiller une dose additionnelle de gratitude chez ses utilisateurs.

Kind and Grateful A Context Sensitive Smartphone Aun Asaph Azaria Sara Taylor Rosalind W Picard.

Pour mesurer la gratitude, l’équipe s’est basée sur les quatre paramètres suivants :

  1. La fréquence quotidienne. Combien de fois par jour l’usager de l’application fait-il preuve de gratitude ?
  2. Quel est le niveau d’intensité investi à chaque manifestation ?
  3. Quel est le niveau de diversité des événements qui font l’objet d’une manifestation de gratitude ?
  4. Quelle est la densité : combien d’individus sont ciblés ?

La gratitude est à la fois un trait de personnalité, une disposition de l’individu. Mais il s’agit aussi d’un état émotionnel qui déclenche chez ceux qui en sont l’objet un sentiment réciproque.

Comment mesure-t-on concrètement cette disposition ? En étant régulièrement en interaction avec l’application. Les participants interagissent avec leur téléphone et indiquent à quel moment ils ressentent un sentiment de gratitude, pas seulement à l’égard d’autrui, mais aussi lorsqu’ils se sentent reconnaissants devant une journée ensoleillée, par exemple.

Les participants enregistrent systématiquement leurs impressions tout au long de la journée. L’interface de l’application a été revue à plusieurs reprises, en ajoutant entre autres, et à la demande des usagers, les éléments suivants :

  1. La possibilité de partager avec les autres utilisateurs les éléments qui sont à la source de leur sentiment de gratitude, à l’aide d’une note personnelle.

  2. L’ajout d’un historique, permettant à chaque participant de réfléchir sur les événements qui ont suscité chez lui de la gratitude.

Un exemple de ce que les machines peuvent nous apprendre sur nous-mêmes.

Pour terminer cette dernière chronique de 2017, sans attendre un algorithme ou une application, j’aimerais, chers lecteurs et lectrices, vous témoigner ma gratitude pour votre fidélité et vos commentaires. Je vous souhaite de très joyeuses fêtes.

Des écharpes accrochées aux arbres pour les sdf. Pinterest

Le mouvement des écharpes

Et si le cœur vous en dit, rejoignez les membres de la première cohorte du cours Ma vie telle que je l’imagine de La Nouvelle École de Créativité. Nous avons rejoint le mouvement des écharpes. Vous en avez peut-être déjà entendu parler. Au départ, c’est une association en Caroline du Nord qui a eu l’idée de collecter des écharpes auprès des citoyens et de les accrocher aux arbres et aux poteaux pour aider les plus démunis pendant les froids hivernaux. Depuis, ce mouvement prend de l’ampleur un peu partout… rejoignez-nous et partagez vos photos sur Facebook et Instagram #MouvementdesÉcharpes #NouvelleEcoledeCréativité.

Une jolie façon d’exprimer notre gratitude à cette époque de l’année !