Quand les parasites des animaux nous infectent

Attention aux yeux des bovins. Freestocks/Unsplash, CC BY-SA

Quand les parasites des animaux nous infectent

Une vidéo postée par une Américaine : Abby Beckley, a connu un énorme succès sur Internet. On la voit extraire de petits vers de son œil ! Des chercheurs du centre américain de contrôle et de prévention des maladies ont publié un rapport décrivant l’infection de cette femme comme le premier cas humain de parasitage du ver de l’œil du bétail Thelazia gulosa.

À la vue de cette vidéo, vous avez très certainement eu la chair de poule. Au-delà de ce cas spectaculaire, on peut se demander comment un parasite de vache s’est retrouvé dans un œil humain et plus généralement : comment les parasites animaux peuvent-ils infecter les humains ?

Pour répondre à cette question, il est nécessaire de mieux comprendre les parasites et leur écologie. En tant que vétérinaire et écologiste des maladies, mes recherches portent sur les facteurs écologiques qui influencent l’émergence des zoonoses : des maladies qui se transmettent des animaux aux humains. Le cas des vers oculaires du bétail est certainement intrigant.

Parasitisme : les bases

Au sens le plus élémentaire, un parasite est un organisme qui vit à l’extérieur (« ectoparasite » – tiques, puces, moustiques) ou à l’intérieur (« endoparasite » – vers, vers intestinaux, parasites sanguins) d’un autre organisme et utilise cet organisme (« hôte ») pour survivre.

Concentrons-nous sur les endoparasites. Leur cycle de vie peut être très complexe et impliquer plusieurs hôtes. Le définitif est celui où le parasite se reproduit, tandis que l’intermédiaire abrite les stades de vie immatures et non reproductifs.

Nematode. Wikipedia, CC BY

Il existe un autre type d’hôte, appelé hôte accidentel, que le parasite peut infecter mais qui ne fait pas partie de son cycle de vie normal. Par exemple, les humains sont des hôtes accidentels pour les vers des yeux du bétail.

De l’animal à l’homme

La transmission des parasites d’un hôte à un autre peut se produire par plusieurs voies, selon l’endroit où le parasite réside dans l’hôte et comment il est excrété, par exemple par les excréments, le sang ou d’autres sécrétions corporelles. Le contact direct, la consommation d’eau ou d’aliments contaminés, ou un vecteur comme une tique ou un moustique sont autant de moyens d’infection.

Auparavant, on pensait que des changements évolutifs étaient nécessaires pour qu’un parasite puisse changer d’hôte. Bien que ce soit vrai dans la plupart des cas, ce n’est pas indispensable. Des recherches ont montré que les mécanismes que les parasites utilisent pour envahir, survivre et se reproduire avec succès au sein d’un hôte peuvent être applicables à une large gamme d’êtres vivants.

Ce processus, appelé adaptation écologique, signifie que le changement peut se produire plus rapidement sans avoir besoin de développer de nouveaux mécanismes.

Les humains ont accéléré ces processus en contribuant à des changements écologiques majeurs, et par conséquent, au cours du siècle dernier, nous avons vu l’émergence rapide de maladies zoonotiques.

Le rythme alarmant des changements écologiques

En écologie des maladies, nous réfléchissons de manière globale, en examinant les interactions de l’agent pathogène avec ses hôtes mais aussi les conditions environnementales dans lesquelles la maladie se produit.

Les changements écologiques globaux induits par l’homme ont modifié l’équilibre de nombreux systèmes pathologiques – entraînant le déplacement de nouvelles maladies ou de pathologies anciennes vers d’autres zones ou de nouveaux hôtes.

Le changement climatique rend certains endroits plus adaptés à des espèces, en particulier dans les zones tempérées et à des altitudes plus élevées. Au fur et à mesure que l’aire de répartition d’une espèce s’élargit, la gamme de ses parasites peut également s’étendre, offrant un nouveau potentiel de transmission aux espèces indigènes de la région.

La mondialisation et l’augmentation des voyages internationaux facilitent les déplacements rapides des humains et des animaux dans le monde entier. De nouvelles espèces peuvent s’établir dans une zone et contribuer à la transmission d’agents pathogènes, de plus les espèces indigènes dans ces zones n’ont aucune immunité préalable.

Prenons l’exemple de l’angiostrongylose humaine causée par un ver nématode, hôte du rat : Angliostrongylus cantonensis. Plusieurs pays auparavant indemnes de cette maladie ont connu des flambées de cas dues à l’introduction de l’hôte intermédiaire, l’escargot géant africain, dans des conteneurs destinés à l’export.

Escargots géants d’Afrique à Miami en 2011. (AP Photo/J Pat Carter)

L’urbanisation et la privation d’habitat de la faune ont contribué à accroître le contact entre les humains et les animaux, offrant plus de possibilités de transmission d’agents infectieux, comme les parasites.

La Malaisie a, par exemple, connu une augmentation significative des cas de paludisme. Le pathogène identifié est Plasmodium knowlesi, présent naturellement chez les macaques et transmissible à l’homme via les moustiques. La déforestation et le développement économique rapide de cette région ont rapproché les humains de ces primates.

D’autres évolutions du paysage peuvent modifier de façon spectaculaire la faune d’un écosystème. La dégradation des pâturages au Tibet a coïncidé avec une augmentation spectaculaire des cas d’échinococcose alvéolaire. Les petits mammifères qui agissent comme hôtes intermédiaires du parasite ont prospéré dans cet environnement, facilitant ainsi le cycle de transmission.

Ces processus n’accélèrent pas seulement la transmission de maladies des animaux vers les humains. Il existe des preuves de l’introduction de parasites dans les populations d’animaux sauvages en raison de l’activité humaine.

Cela peut être particulièrement préjudiciable pour les espèces vulnérables, déjà menacées par les changements écologiques en cours. Les flambées de toxoplasmose chez les loutres de mer en Californie et les marsupiaux en Australie seraient dues à la contamination de l’eau par des excréments des chats domestiques.

Une loutre de mer. (AP Photo/Audrey McAvoy)

Collaborer pour lutter

Nous savons que l’émergence d’infections parasitaires zoonotiques est une question complexe. Non seulement cela concerne la santé humaine, mais aussi animale et environnementale. Cela signifie que des efforts de collaboration entre les disciplines sont nécessaires pour comprendre, contrôler et prévenir ces maladies, et nous devons nous unir pour nous attaquer aux changements écologiques qui pourraient avoir d’importantes répercussions sur la santé humaine et animale à l’avenir.

À l’heure actuelle, il est difficile de savoir si le ver de l’œil du bétail Thelazia gulosa deviendra un problème pour les humains. L’histoire regorge d’exemples d’étranges transmissions de pathogènes qui ne se voient plus ou ne réapparaissent que rarement.

Mais il est important qu’Abby Beckley raconte son histoire, car cela nous permet de rester vigilants face aux risques potentiels.

This article was originally published in English