Quel lien entre les attentats et l’accueil des réfugiés ?

La plupart des réfugiés syriens sont des familles, plutôt éduquées, qui tentent de refaire leur vie en Europe. Robert Atanasovski/AFP

Les récents massacres à Paris commis par des terroristes islamistes ont suivi, dans l’actualité, un débat sur l’accueil des réfugiés de Syrie, d’Irak et de la Corne de l’Afrique, entamé depuis l’été 2015. Ces évènements peuvent conduire à un ensemble de contradictions sur l’ouverture ou la fermeture des frontières de l’Union européenne (UE) et à des positions éthiques sur l’attitude à adopter à l’égard de l’islam et des réfugiés. En effet, des courants d’opinion hostiles à l’accueil de ces réfugiés avaient fait courir le bruit que le risque était de faciliter l’entrée de terroristes syriens sur le territoire de l’UE, alors que la plupart d’entre eux fuyaient Daech et le régime de Bachar al-Assad.

C’est d’ailleurs pour cette raison que, parmi les quatre millions de Syriens ayant quitté leur pays, la plupart des pays voisins – la Turquie, le Liban et la Jordanie – les ont accueillis et que la France a décidé de pratiquer à leur égard une procédure accélérée d’accès au régime de réfugiés, comme d’autres pays européens, dont l’Allemagne.

« Prima facie »

Certains terroristes ont-ils « profité » de l’occasion pour pénétrer légalement sur le territoire français ? En réalité, même si une carte d’identité syrienne a été trouvée sur l’un des lieux du massacre, il y a peu de chances que l’accueil des réfugiés soit une porte ouverte à la pénétration des terroristes sur le territoire national, et ceci pour plusieurs raisons.

La première est que la plupart des terroristes avaient la nationalité française, donc résidaient légalement sur le territoire national, leurs commanditaires ne prenant pas le risque d’attirer l’attention des forces de l’ordre sur l’entrée irrégulière d’un étranger venu pour commettre son forfait. Il en est allé ainsi du 13 novembre 2015, comme de l’attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015 ou de l’affaire Merah en mars 2012. En revanche, certains ont pu voler des papiers syriens pour brouiller les pistes quant à leur présence sur le territoire.

La seconde est que la reconnaissance du statut de réfugié, y compris par une voie accélérée comme celle dite « prima facie » réservée aux Syriens, se fait après un ou plusieurs entretiens à l’OFPRA (office français de protection des réfugiés et apatrides) auprès d’officiers de protection spécialisés sur les régions de départ des demandeurs d’asile et dont ils savent déjouer les mensonges et fausses preuves. Les cas douteux ne reçoivent pas le statut et la France reste stricte sur ce registre. Pour les autres cas, 30 % environ des demandeurs d’asile sont reconnus comme réfugiés, toutes voies de recours effectuées, contre 80 % en Allemagne.

Profils diamétralement opposés

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne a rappelé après les attentats de Paris que le drame ne remettait en rien le principe de l’accueil des réfugiés dans lequel il compte engager la solidarité des pays européens. Ce qui semble être une position éthique ferme de sa part n’a pas été remis en cause par les États européens qui « partagent le fardeau » des 160 000 demandeurs d’asile que l’Europe s’est dit prête à accueillir. Ni l’Allemagne, ni la France, ni les pays nordiques, ni l’Italie n’ont formulé aucun doute sur l’éventualité d’une porte ouverte au terrorisme par la voie de l’accueil des réfugiés.

Rappelons une évidence : le profil des demandeurs d’asile syriens est assez différent de celui des adeptes de Daech. D’un côté, il s’agit d’une classe moyenne ayant pu payer un passeur pour accéder aux frontières de l’Union européenne – soit par la voie maritime (les îles grecques), soit par la voie terrestre (la frontière gréco-turque et la route des Balkans). Beaucoup sont qualifiés et prêts à entrer sur le marché du travail européen, y compris au prix d’une déqualification.

Ils arrivent en famille, dans l’espoir de trouver une issue à la guerre, cherchant en Europe la paix et une insertion professionnelle. Bien insérées dans leur pays d’origine, ces familles ne l’auraient pas quitté s’il leur avait semblé possible de continuer à vivre en Syrie. Elles y étaient insérées sur le plan social, professionnel et économique. Et elles sont plus âgées que les terroristes, installées dans la vie avec enfants.

Beaucoup espèrent d’ailleurs pouvoir retourner dans leur pays, une fois le conflit terminé. Mais personne ne sait combien de temps va durer le régime de Bachar al-Assad, comme personne n’imaginait d’ailleurs qu’il allait se prolonger après les révolutions arabes.

Faible connaissance de l’islam

De l’autre côté, des jeunes Français issus de l’immigration maghrébine, ayant vécu en banlieue et ayant à un moment de leur vie eu le sentiment qu’il n’y avait pas de place pour eux ici, du fait de l’échec scolaire, d’éventuelles discriminations, du chômage, de condamnations. Certains ont été atteints par la propagande islamiste radicale sur Internetqui leur proposait d’exister en héros à travers une « guerre sainte », y compris au sacrifice de leur propre vie.

Beaucoup sont allés rejoindre Daech en Syrie, et la plupart n’avaient au préalable qu’une faible connaissance et pratique de l’islam. Ils se sont radicalisés par mode, par mimétisme, par rejet d’un monde qui ne leur faisait, à leurs yeux, aucune place et qui les avait rejetés ou marginalisés.

Il est donc plus que jamais nécessaire de raison garder et de ne pas céder aux sirènes qui font de l’amalgame le terreau de leurs argumentations politiques.