Qui détient les clefs du marché de l’art ?

Une oeuvre de Zheng Fanzhi, artiste chinois parmi les mieux cotés. @lagiannella / Flickr, CC BY-SA

Le succès de la FIAC souligne la très grande vitalité du marché de l’art. Au-delà de ses caractéristiques propres et des émotions qu’il suscite, ce marché est la métaphore d’une économie mondiale en profonde mutation depuis 2008 : une abondante liquidité nourrit la hausse des prix des très grands œuvres tandis que la Chine s’affirme comme un acteur majeur du marché.

L’art est universel, mais son commerce n’est pas uniformément distribué. Qu’on en juge : les places fortes de la mondialisation (États-Unis, Londres, Chine) concentrent 80 % d’un marché évalué à 51 milliards d’euros, deux fois plus qu’en 2009. Les transactions de plus de 100 millions de dollars ont jalonné les cinq dernières années. Elles concernent principalement une vingtaine d’artistes du XXe siècle. Parmi les acheteurs, les grandes figures industrielles occidentales ont été rejointes par les grands musées émergents et des fortunes récentes, patrons de hedge funds et tycoons russes et chinois.

Trois forces expliquent ces évolutions :

1. La financiarisation du marché

La mondialisation de l’art n’est pas un phénomène original. La route de la soie était la voie de circulation des œuvres entre l’Asie et l’Europe. L’impressionnisme a été soutenu par les grands marchands américains. L’intérêt d’un nombre croissant d’institutions financières est en revanche un fait nouveau. Les grandes banques privées fournissent des services spécialisés tandis que le secteur de la gestion d’actifs a créé 70 fonds afin de mutualiser rendements et risques.

Pour nombre de grandes fortunes, l’art est ainsi devenu une classe d’actif visant à diversifier les portefeuilles. Cela est rendu possible par la taille et la profondeur du marché, une capacité prouvée de résilience après le choc de Lehman Brothers et enfin des rendements historiques comparables à celui du marché des actions (7 % par an entre 2003 et 2013). Le marché demeure certes opaque et imparfaitement régulé. Malgré tout, les échanges sont conduits pour moitié dans des maisons d’enchères qui fournissent un mode de formation des prix assez transparent, souvent via des plates-formes numériques.

2. La « guerre des prix » entre milliardaires

Une œuvre d’art est une pièce unique. Elle est ce que l’économiste Fred Hirsch appelait un « bien positionnel », un objet qui ne peut être possédé que par un petit nombre d’individus, comme un hôtel particulier dans le Marais, une partition originale de Mozart ou une guitare de Bob Dylan. Les prix atteints par ces biens ont beaucoup augmenté depuis le début du siècle (plus que triplé, selon The Economist), par exemple une Ferrari 250 GTO acquise sur une enchère de 38 millions de dollars en 2014.

Artprice.com

Les prix montent parce que de nouvelles fortunes ont été rapidement constituées grâce à la mondialisation et la hausse des prix des matières premières et des actifs financiers. Cette élite partage les mêmes aspirations artistiques. La valorisation des grands œuvres est aussi la conséquence d’une « guerre des prix » entre milliardaires. Quarante enchères supérieures à 100 millions de dollars ont été déposées pour Les femmes d’Alger, un tableau de Picasso finalement enlevé pour 179 millions de dollars en mai dernier.

3. Les collectionneurs et artistes chinois très en vue

Le marché de l’art devient enfin un domaine d’affirmation de la Chine. Ses collectionneurs sont de plus en plus visibles dans les ventes d’art occidental. Alan Lau achète un Warhol pour 72  millions de dollars en 2007. Wang Jianlin, homme le plus riche de Chine et propriétaire de Dalian Wanda, acquiert un Picasso pour 28 millions de dollars en 2013. L’art devient aussi une démonstration du soft power de la Chine. Zheng Fanzhi est aujourd’hui l’artiste contemporain le plus en vue dans les ventes publiques, mais il n’est pas isolé. La Chine compte également 17 artistes dans le tableau 2014-2015 des 50 plus grandes enchères dans le monde, selon Artprice. La Chine représente aujourd’hui 20 % du marché, le triple de sa position d’il y a dix ans. Un bond qui reflète parfaitement son statut de deuxième économie mondiale.

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