Qui gouverne les grands cabinets d’audit en France ?

Immeuble KPMG à Toulouse. Grégory Tonon/Flickr, CC BY-SA

L’objectif de cet article est de tenter de comprendre comment les grands cabinets d’audit en France sont gouvernés et d’identifier le profil type de leurs tops managers. Pour ce faire, nous avons conduit une étude documentaire s’appuyant sur les différents rapports de transparence et de gestion publiés par les cabinets d’audit, et effectué des entretiens auprès de cinq administrateurs de grands cabinets en France (les Big Four et Mazars).

Statuts juridiques et processus de nomination des organes de gouvernance

Comme pour les entreprises cotées, la gouvernance des grands cabinets d’audit est assurée par deux principaux organes : un Conseil d’administration (ou de Surveillance) et un Comité Exécutif.

Le Conseil d’Administration assure principalement trois rôles : tout d’abord, il définit l’orientation stratégique du cabinet. Ensuite, il assure la surveillance de l’organe exécutif. Enfin, il veille au respect du principe d’équité entre les associés.

Le Comité Exécutif assure la gestion au quotidien du cabinet et est chargé de la mise en œuvre des décisions prises par le Conseil d’Administration. Le processus de nomination des administrateurs est démocratique et se base sur une campagne électorale.

Les cabinets disposent très souvent d’une charte précisant les modalités de nomination des administrateurs et des membres du Comité Exécutif, les associés éligibles et le nombre de mandats maximum, etc.

De manière générale, le processus de nomination des administrateurs est quasi-identique même si chaque cabinet peut avoir quelques spécificités. Le processus électoral se base sur un seul organe électif : l’Assemblée Générale des associés. Les personnes éligibles à ces postes sont forcément des associés du cabinet.

Devenir associé est donc la première étape à franchir pour avoir une chance d’accéder à des responsabilités au sein des organes de gouvernance. Cette première règle est d’ailleurs associée à une règle d’ancienneté au sein du cabinet en tant qu’associé. La deuxième étape du processus est la candidature des associés désireux de devenir administrateurs. Cela peut commencer de manière informelle en abordant le sujet avec certains associés ou avec des membres de l’un des organes de gouvernance qui pourront en temps voulu appuyer la candidature. Plus formellement, l’étape la plus importante pour faire connaître sa candidature est celle face à l’Assemblée Générale des associés. Les candidats lancent alors leurs campagnes afin d’être élus. Les associés doivent alors choisir le candidat qui saura, à leur sens, le mieux les représenter au Conseil d’Administration (ou de surveillance).

La composition et le processus de nomination des membres des Comités Exécutifs sont assez disparates et varient en fonction des cabinets. En effet, les membres des comités exécutifs se composent de 5 à 12 membres. Dans certains cabinets ces membres sont désignés par le Président du Conseil d’Administration. Dans d’autres, ces membres sont élus directement par l’Assemblée générale des associés. Dans la plupart des cas, leur mandat va de pair, avec celui des membres du Conseil d’Administration. Même s’il existe des ressemblances entre les organes de gouvernance d’un cabinet d’audit et ceux d’une entreprise cotée, il subsiste, cependant, une différence centrale propre aux cabinets.

Au sein d’un grand groupe, les administrateurs sont nommés par les actionnaires, donc par des acteurs externes à l’entreprise. De ce fait, il n’existe pas d’ambiguïté dans les rapports hiérarchiques. Pour les cabinets, les administrateurs sont désignés par l’Assemblée Générale des associés, soit par des salariés occupant tous des responsabilités opérationnelles ou fonctionnelles au sein du cabinet. Les administrateurs élus peuvent, par conséquent, être à la fois des supérieurs hiérarchiques et des subordonnés à d’autres associés vu la fonction qu’ils occupent en cabinet. Un administrateur peut par exemple valider des projets soumis par le Comité Exécutif (ou la Direction Générale) et, en même temps, être soumis à l’autorité du responsable de la fonction (Audit ou autres) pour faire valider ses projets.

Les caractéristiques et le profil-type des administrateurs des grands cabinets

L’étude révèle que les tops managers des cabinets d’audit sont majoritairement des diplômés de grandes écoles de commerces, âgés de 39 à 65 ans et ayant déjà une certaine expérience. Leur âge moyen est de 53 ans et trois mois. Plus de 90 % des membres des Top Management Teams (TMT) ont plus de 20 ans d’expérience. Les organes de gouvernance de ces cabinets sont composés principalement d’hommes. La présence féminine reste limitée et ne représente, en moyenne, que 20 % du total des membres contre 80 % pour les hommes. La répartition des administrateurs entre Paris et les autres régions nous renseigne que 80 % des administrateurs occupent des responsabilités à Paris contre 20 % seulement en province.

Par ailleurs, cette étude montre aussi que pour qu’un associé accède à ces responsabilités, il doit tout d’abord faire ses preuves dans la prise en charge des projets très visibles au sein du cabinet. Il doit ensuite développer un réseau important non seulement au sein du cabinet, mais aussi à l’extérieur du cabinet. Cela peut se faire, par exemple, en s’impliquant dans l’entrepreneuriat local ou encore dans le réseau de PME locales. Il s’avère également que la personnalité, le courage et le charisme sont des traits de caractère qui déterminent l’accession à des fonctions de Top Managers. Tous ces éléments leur permettent d’être connus au sein de leurs cabinets et donc de gagner la confiance des associés susceptibles de voter pour eux.


Cet article a été co-écrit avec Véronique Pereira (Etudiante Diplômée – Majeure Audit Expertise – NEOMA Business School), il est adapté de : R. Manita, V. Pereira, « La gouvernance des grands cabinets d’audit en France et le profil type de leurs administrateurs », Revue Française de Comptabilité, Novembre 2014, No. 481, p. 2-5.