Réconcilier les Français avec la finance : la solution !

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Depuis sa prise de fonction à Bercy, Bruno Le Maire incite les Français à prendre des risques en finance : proposition de flat tax de 30 %, création d’un ISF immobilier… L’objectif est de dynamiser le financement de l’économie française. Mais sans accompagnement pédagogique supplémentaire, le gouvernement pourrait se heurter à un écueil de taille : c’est entendu, nos concitoyens ne sont pas des cracks en finance.

Les enquêtes se suivent et se ressemblent : lorsqu’il s’agit de taux d’intérêts et d’actions, les Français ne brillent pas par leur compétence. Ils le reconnaissent d’ailleurs volontiers eux-mêmes : 80 % de la population déclare mal s'y connaître dans le domaine des placements financiers. Au-delà, les Français demeurent très méfiants vis-à-vis d’un système boursier qu’ils jugent irrationnel et peu transparent.

Or, le lien entre compréhension du fonctionnement d’un système, confiance en ce système et enfin utilisation de celui-ci est clairement établi. C’est bien d’ailleurs pour cette raison que les grandes compagnies aériennes proposent des stages anti-stress aux phobiques de l’avion : dès qu’on comprend les grands principes du vol, la confiance s’installe et l’envie de voyager n’est plus entravée.

Une éducation financière attractive

Si le gouvernement souhaite que les Français prennent des risques et se tournent plus massivement vers l’investissement de long terme en actions, il ne faut pas seulement les inciter fiscalement mais aussi faciliter leur formation en rendant l’offre d’éducation financière, notamment à destination des particuliers, plus attractive. Certes, il existe déjà plusieurs moyens d’améliorer ses connaissances.

Par exemple, très récemment, la Banque de France a créé sous l’impulsion du précédent gouvernement le site mesquestionsdargent.fr qui permet de s’informer sur le système financier. Ce site renvoie notamment vers ceux de l’Autorité des Marchés financiers (AMF) et de son émanation pédagogique la finance pour tous. Mais cette démarche est-elle suffisante ? Nous pensons que non.

Mettre à disposition du matériel de formation est sans aucun doute un premier pas important mais, sans accompagnement pédagogique réel, l’initiative pourrait manquer sa cible. Pour progresser, l’apprenant doit s’engager dans une démarche cohérente. Il doit aussi être en mesure de valider ses acquis. Sa curiosité doit être stimulée par des tests réguliers voire des jeux.

Au-delà, les difficultés qu’il peut rencontrer doivent pouvoir être surmontées par un contact fréquent avec ses pairs apprenants et/ou avec un enseignant, comme dans la salle de classe. En d’autres mots, l’apprentissage doit être stimulé, relayé, challengé afin que l’apprenant reste acteur de sa démarche.

Massifier l’éducation financière grâce aux nouvelles technologies

La prise en considération par le gouvernement du besoin évident de formation des Français en finance constituerait sans aucun doute un levier important de la réforme fiscale engagée récemment en faveur de l’investissement. Le développement de la formation digitale de masse plus connue sous le terme anglo-saxon de MOOC (massive online open course) semble offrir les fonctionnalités idéales pour cet accompagnement car ils sont un mélange dynamique de lectures, de vidéos courtes, de phases d’observations relayées par des moments plus actifs comme des tests, des jeux… et de contacts fréquents avec la communauté des apprenants. Ils donnent en particulier aux participants une grande liberté dans la gestion de leur temps. Liberté d’apprendre quand ils veulent et comme ils veulent.

Les effets de l’éducation financière

C’est naturellement dans les pays où les questions de finance personnelle sont directement intégrées dans le cursus scolaire que les populations affichent les meilleurs niveaux de compréhension des notions financières. Ainsi, alors que les jeunes Français possèdent le bagage technique pour comprendre le b a ba de la finance dès la fin du collège, leurs résultats aux tests internationaux les placent en queue de peloton car ils ne sont pas réellement formés à la finance.

Paradoxalement, ce sont les Chinois qui s’en tirent le mieux en particulier parce qu’au-delà des compétences techniques, ils sont incités à comprendre les clés de la finance personnelle dès les classes du secondaire. L’OCDE fait les mêmes observations en Australie, en Nouvelle-Zélande ou plus près de chez nous en République tchèque, pays dans lesquels des efforts de formation sont réalisés.

Sans entrer dans le débat concernant la place de la finance à l’école, il est clair qu’une démarche pédagogique à l’échelle nationale, que ce soit au lycée ou en dehors, peut porter ses fruits et par là amplifier l’effet de la réforme fiscale.

Quels sujets aborder ?

Au-delà du bagage technique minimal qui voudrait que chacun sache calculer des intérêts composés (4 % d’intérêt pendant deux ans génèrent 8,16 % et non 8 % d’intérêt), c’est véritablement la compréhension des mécanismes économiques essentiels qui font défaut à bon nombre de Français les empêchant souvent d’investir en confiance ou tout simplement de décider en citoyens éclairés.

Parmi ces mécanismes, on citera le rôle de la bourse et des marchés financiers. En particulier, le lien avec l’économie réelle qui reste peu maîtrisé comme en témoigne une enquête récente de l’observatoire des actionnaires1. Il est vrai que le traitement médiatique de la bourse, souvent unique contact du grand public avec celle-ci, peut prêter à confusion : en rapportant, plusieurs fois par jour, le « yoyo » des rentabilités boursières, en exposant donc le côté fondamentalement aléatoire du phénomène à l’échelle de quelques heures, on confronte le temps réel de l’entreprise et de l’investissement de long terme aux insignifiants soubresauts boursiers. Et c’est probablement aussi de cette manière que la déconnexion sphère réelle – sphère financière s’opère dans l’esprit du grand public.

Développer une véritable pédagogie de la finance au niveau national aurait sans aucun doute un effet de levier important sur la réforme de la fiscalité de l’investissement. Cela permettrait de donner confiance aux Français dans le système de financement de leur économie et de leur faciliter la prise de risque. Les outils de l’économie digitale sont désormais au point pour accompagner ce projet de grande ampleur : réconcilier les Français avec la finance !

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