Revitaliser les commerces de centre-ville : en finir avec le « no parking, no business »

Centre-ville et boutiques. Se garer ou marcher ? Cellule Communication Verviers / Flickr, CC BY-SA

Les habitants souhaitent se garer au pied de chez eux mais ne veulent pas de la voiture en ville. De même, les commerçants souhaitent que l’on offre des places de stationnement dans les centres-ville – sans quoi leurs clients ne viendraient pas – mais plaident pour plus de mobilités douces dans les centres urbains.

L’automobiliste schizophrène

Premièrement, plus de stationnements ne signifient pas nécessairement un plus grand succès commercial. Des recherches académiques récentes ont révélé que les espaces disponibles sont souvent utilisés par les résidents et travailleurs pendulaires à proximité et non par les acheteurs, et que les acheteurs disposant d’espaces libres ont tendance à rester pendant de longues périodes, laissant un nombre de places limitées pour les nouveaux visiteurs. Une des raisons vient du fait que les tarifs résidents, lorsqu’ils sont trop faibles, contribuent à saturer le stationnement en voirie et dissuader de stationner dans des parkings souterrains.

Par exemple, à Levallois-Perret, le tarif mensuel pour les résidents était de 50 € par mois en 2014, alors que l’abonnement mensuel en ouvrage était alors de 110 €. À Évreux, si le forfait mensuel pour les résidents est à 11 €, les tarifs d’abonnement mensuel débutent à partir de 41 €.

Notons également que la saturation des capacités de stationnement génère un surcroît de trafic du fait de la recherche de places de stationnement par les automobilistes. D’après une étude de l’Institute for Transportation and Development Policy (ITDP) de 2010, la recherche de places de parking peut représenter jusqu’à 40 % du trafic urbain aux États-Unis.

Montgomery County Planning Commission/Flickr, CC BY-SA

Dans ce contexte, un parc de stationnement plus restreint mais bien géré, où des espaces « turn over » sont mis en place, peut aider à augmenter le nombre de visiteurs venant dans le centre-ville et ainsi aider les entreprises. Alors que certains plaident pour des places de parking gratuites (pour faire la même chose que les centres commerciaux en périphérie), une étude néerlandaise menée en 2012 auprès de 80 centres commerciaux urbains a révélé que les prix de stationnement plus élevés ont entraîné une augmentation du roulement des places et donc un potentiel de vente plus élevé.

Par ailleurs, le rapport annuel de la Cour des comptes (2016) rappelle que, dans un contexte de réduction des concours financiers de l’État, les droits de stationnement peuvent constituer une ressource d’appoint, parfois non négligeable pour les collectivités territoriales. Affectant directement leur pouvoir d’achat, trouver l’équilibre entre gratuité totale et stationnement payant n’est pas évident. Dans tous les cas, ajouter des places de parking engendre une augmentation de la congestion et participe à rendre les hypercentres répulsifs de par les embouteillages interminables.

Enfin, n’oublions pas que les centres commerciaux en périphérie ne sont pas la panacée. Bien que ces derniers proposent des parkings gratuits, les usagers doivent parcourir parfois une longue distance entre leur voiture et l’entrée du magasin (du fait de l’étendue des parkings), et la déambulation sur ces parkings n’est bien souvent pas sécurisée. De ce point de vue, les centres-ville n’ont pas à rougir car ils offrent une piétonnisation sécurisée et totale.

Deuxièmement, il existe un décalage entre la perception des commerçants et la réalité des consommateurs. Les commerçants surestiment constamment la part de leurs clients venant en voiture. Si vous leur demandez pourquoi ils veulent un stationnement gratuit, ils répondront que la plupart des clients viennent à eux en voiture. Or, la part modale de la voiture en Europe comparée aux transports publics, à la marche à pied ou au vélo ne cesse de baisser. Parmi les villes de plus de 100 000 habitants, on en retrouve de plus en plus où la voiture occupe moins de 50 % des déplacements en centre-ville.

Ramblas à Barcelone. Alain Rouiller/Flickr, CC BY-SA

Parallèlement, le concept de marchabilité fait son chemin et une étude menée dans le centre de Londres montre que les marcheurs ont dépensé en moyenne 150 € de plus par mois dans les commerces que ceux qui se déplacent en voiture. Comparativement à 2004, les dépenses des usagers des transports en commun et des marcheurs ont augmenté alors que celles des usagers de voitures ont diminué.

Vers un apaisement des villes

Aujourd’hui, les habitants ont un besoin de déambulation, d’espaces publics sécurisés et agrémentés. Un exemple concret est celui de Strasbourg qui, en piétonnisant l’hypercentre et en favorisant les modes de déplacements doux, a permis de maintenir une vitalité commerciale. Au-delà de la piétonnisation, la généralisation de zones 30 km/h constitue une autre solution. L’expérience menée à Arras comme dans d’autres villes semble concluante. De tels dispositifs ont entraîné un passage progressif vers les mobilités douces.

Apaiser les hypercentres constitue un enjeu important. Alors que les consommateurs se rendant en voiture en centre-ville ont tendance à réaliser de plus gros achats et à remplir leur coffre, les clients à pied ou à vélo viennent plus fréquemment dans les commerces et sont plus fidèles. Les boutiques à vendre, la vacance commerciale et la fermeture des services de proximité n’est pas une conséquence de la volonté de sortir la voiture du centre-ville. Une mixité commerciale et de services et un environnement de qualité sont quelques-uns des facteurs les plus importants pour attirer les visiteurs dans les centres-villes.

Si les deux sont insuffisants, alors les changements dans la politique de stationnement ou d’accessibilité restreinte aux voitures sont peu susceptibles de rendre le centre-ville plus attrayant. Non, le développement des mobilités douces ne tuera pas le petit commerce. Comme l’a plusieurs fois expliqué Laurent Davezies, pour qu’une ville soit riche, ses habitants doivent consommer sur place. C’est ce que l’on appelle l’économie présentielle. En reprenant l’argument de cet économiste, il est donc essentiel de proposer un centre-ville attractif commercialement et agréable à pratiquer pour donner l’envie aux populations de s’y rendre et d’y rester le plus longtemps possible.

Il n’existe pas de solution miracle mais plusieurs initiatives innovantes voient le jour. C’est le cas de la ville de Metz qui offre la gratuité du parking en centre-ville via une carte à puces. Les chalands cumulent de l’argent lorsqu’ils achètent dans une boutique du centre-ville qu’ils pourront ensuite dépenser dans ces mêmes commerces messins. Dans le même temps, les commerçants participant à cette opération prennent à leur charge la gratuité du parking (charges relatives à l’entretien du stationnement). Mais cette solution ne fait pas sortir la voiture du centre-ville.

Parmi les leviers sur lesquels il faut appuyer pour redynamiser les cœurs de ville, il est rappelé que dans le palmarès PROCOS des centres-villes commerçants sorti en janvier 2017, l’accessibilité multimodale et le bon partage de l’espace public entre voitures et piétons jouent un rôle important. À ce titre, une solution qui gagnerait à être généralisée consiste en la création de parkings-relais, situés en dehors des centres. Ces derniers sont nécessaires mais pas suffisants. Ils nécessitent de mettre en place des navettes très régulières détaillant les temps de trajet (« en 10 minutes en centre-ville ») et en évoquant quelques arguments (« 30 minutes pour trouver une place ? » ; « Marre de tourner en rond pour chercher une place » ; « Le parking est trop cher ? », etc.) pour rassurer les futurs clients des boutiques de l’hypercentre.

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