« She as he », genre et politique

Une jeune motarde tunisienne, lors d'un rallye organisé à Tunis en décembre 2015. FethiI Belaïd/AFP

Quelle est la place de la femme en France, en Europe, dans le monde arabe ? Beaucoup de travaux ont pu être réalisés sur la problématique du genre en politique. Le caractère transversal et transdisciplinaire des études de genre font que nombre de disciplines pourraient être mobilisées dans ces études. Pour Pascale Boistard, Secrétaire d’État chargée des droits des femmes : « Il y a sur notre territoire des zones où les femmes ne sont pas acceptées ». Il y aurait, donc, une forme de « morale mal placée » qui conduit à ce que l’espace public, censé appartenir autant aux hommes qu’aux femmes, se retrouverait restreint pour les femmes. Et, donc, « nous, au secrétariat d’État, nous en avons fait un objectif central. Nous avons commencé par agir sur le harcèlement dans les transports, puis nous allons ouvrir la question à un champ plus large ».

Sur le plan de l’égalité des sexes, on pourrait citer le site Internet des « Outils pour l’égalité entre les filles et les garçons » qui a pour objectif de rappeler les grands enjeux de la transmission, à l’école et par l’école, d’une culture de l’égalité entre les filles et les garçons, entre les femmes et les hommes.

Rappelons, enfin, qu’établir une égalité réelle entre femmes et hommes dans la recherche et l’enseignement supérieur est un défi majeur que l’Europe cherche à relever depuis déjà plusieurs années. Dans cette optique, elle soutient notamment des projets visant à des changements structurels dans la recherche en matière d’égalité femmes-hommes : c’est le cas du projet EGERA.

« On ne naît pas femme… »

Revenons sur la violence à l’égard des femmes et parlons à présent d’une enquête à l’échelle de l’Union européenne (datant de mars 2014) qui publie des résultats édifiants. Ces résultats dressent en effet un réquisitoire d’abus graves qui touchent la vie de nombreuses femmes, mais dont le signalement aux autorités reste faible : l’envergure de la violence envers les femmes n’est pas reflétée par les données officielles.

La notion de « genre » a pu investir le champ politique et déborder sur l’espace public : « On ne naît pas femme, mais on le devient » (Simone de Beauvoir, 1949). De nombreuses publications et émissions ont été consacrées à la place des femmes dans les espaces publics et privés, et aux violences qu’elles peuvent y subir. Les géographes y ont apporté leurs contributions…(Cologne…). Dès que l’on adopte les lunettes du genre pour étudier la ville, par exemple, celle-ci apparaît inégalitaire entre femmes et hommes. Et la ville durable ne ferait qu’empirer les choses, selon l’analyse du géographe Yves Raibaud.

De même, les comportements de santé, au sens large, seraient façonnés et influencés par un très grand nombre de déterminants, au rang desquelles des normes (collectives et individuelles) et des interactions sociales qui sont façonnés par des rapports de genre. Le genre resterait, donc, largement sous-étudié en épidémiologie sociale, même s’il est tout à fait admis qu’il est un déterminant social de la santé.

La femme, avenir du monde arabe ?

Pour la journaliste Mona Eltahawy, qui ne cesse de s’attaquer à la misogynie et à l’obsession du contrôle du corps et de la sexualité des femmes dans les sociétés arabes, il s’agit de « déconstruire ce triangle de l’oppression que représentent l’État, la rue et la maison ». Ces lieux où se perpétuent les clichés et les ressorts de l’oppression, pas seulement du fait des hommes. Elle nous interpelle donc : « Les mères élèvent leurs enfants pour qu’ils survivent dans un environnement misogyne ».

Interrogée sur le port du voile, Mona Eltahawy rappelle que les raisons pour lesquelles une femme se voile peuvent être extrêmement différentes. Mais, pour elle, la vraie question est ailleurs : pourquoi le corps des femmes devrait-il être la toile sur laquelle s’inscrivent la politique et l’idéologie ? Et ce débat (philosophique) reste monopolisé par les racistes et l’extrême droite, sans que jamais les femmes musulmanes n’aient la parole, regrette la journaliste. Elle ajoute : « Quand les gens bougent, c’est une émeute ; lorsque les femmes les rejoignent, cela devient une révolution » et « sans égalité politique pour les femmes, nos révolutions échoueront ».

Parlons aussi d’un roman : avec « Ahlam »,Marc Trévidic, juge antiterroriste de 2006 à 2015, livre un récit aux personnages attachants et à la trame originale. L’art va défier le fanatisme religieux. Issam et Ahlam,« rêvent », offrent un hommage au combat de toutes les femmes qui se lèvent contre l’obscurantisme. Et l’auteur d’ajouter : « Défendre le statut des femmes est un enjeu majeur dans la lutte contre l’islam radical… La capacité qu’ont les femmes à refuser la violence et la régression de leurs droits est un frein essentiel pour éviter la propagation du fanatisme religieux ».

« Quand on touche à la femme, on touche au sacré »

Des évolutions ? Oui, mais, attention aux changements ! Les femmes occupent une place croissante dans la République islamique. Trente-six ans après la Révolution en Iran, et en dépit d’une législation qui leur accorde moins de droits qu’aux hommes, elles pourraient bien y jouer un rôle majeur en Iran.

« Quand on touche à la femme, on touche au sacré », rappelle Aicha Ech Enna, présidente de l’association marocaine Solidarité féminine. Grâce à elle, de nombreux enfants, qui ont eu une enfance difficile et qui ont vécu leur jeunesse dans la misère, ont pu gravir les échelons de la société.

Et l’on peut citer encore Harass Map, qui a créé un site Internet et une application pour téléphone mobile pour combattre le harcèlement sexuel. Cet outil numérique cherche tout autant à motiver les victimes, à sortir du silence, se lever et à dénoncer les faits de violence aux femmes.

Pourtant, « si le monde du travail est de plus en plus investi par les femmes arabes et si un gain de liberté devait en découler, même si, de façon contradictoire, c’est parfois grâce au port du voile qu’elles peuvent y accéder, il convient de rester mesuré quant aux progrès accomplis. La pression de l’islamisme n’a jamais été aussi forte et des régressions sont toujours possibles ».

S’habiller comme un homme

Laissons, donc, pour conclure la parole aux femmes et dévoilons ce qui a incité le titre de cet exposé, une citation de la photographe égyptienne Sima Diab :

L’Égypte est une société dominée par les hommes où les femmes ont souvent du mal à trouver leur voix, la liberté, l’espace. Le harcèlement sexuel pousse beaucoup de femmes à s’habiller comme les hommes afin d’accéder à un autre monde de liberté et d’être protégées voire d’avoir des moyens de subsistance.

Et saluons, aussi, le Fonds arabe pour les Arts et la Culture (AFAC), créé en 2007, une initiative indépendante qui finance les travaux individuels et les organisations dans les domaines du cinéma, des arts du spectacle, de la littérature, de la musique et des arts visuels, tout en facilitant les échanges culturels, la recherche et la coopération dans le monde arabe et dans le monde. Leur impact pourrait être considérable pour aider les pays déchirés par la guerre comme l’Irak, la Syrie, etc.. Et pour partager des récits contemporains sur ces régions avec l’opinion mondiale.

À cet égard, il convient de rendre hommage à Leila Alaoui qui, par son travail, a exploré les identités, les diversités culturelles et la migration dans l’espace méditerranéen.