Si Donald Trump ne s’est pas écroulé, qui a gagné ?

Un second débat sous haute tension. Paul J. Richards/AFP

L’attente était grande autour de ce deuxième débat présidentiel entre Hillary Clinton et Donald Trump : pendant trois jours il n’avait été question que de vidéos et de propos misogynes et vulgaires. Beaucoup de leaders de son camp, des sénateurs, députés ou gouverneurs avaient alors déclaré ne plus le soutenir et la question centrale était de savoir si Donald Trump allait s’écrouler en direct, ou pas.

« Je ne suis pas fier de tout ça », a déclaré Donald Trump, réitérant des excuses proférées du bout des lèvres dans une vidéo dans laquelle il promettait pourtant aussitôt que le débat serait l’occasion de sa revanche. Et, effectivement, c’est par l’offensive tous azimuts que le milliardaire a choisi de répondre, organisant dès le début de la soirée une conférence de presse surprise où, entouré de trois femmes, il a lancé de graves accusations contre Bill Clinton.

Cela donnait le ton d’une soirée durant laquelle il est resté tout aussi combatif, menaçant même d’envoyer sa rivale en prison s’il était élu à la Maison-Blanche. Le débat a été extrêmement tendu et tout aurait pu déraper à n’importe quel moment. Les deux candidats ont toutefois gardé le contrôle d’eux-mêmes, se battant avec une violence dans les propos qui tranchait avec une attitude très calme – ce qui créait une ambiance assez extraordinaire.

« C’est le vrai Donald Trump »

Hillary Clinton n’a pas attendu pour essayer de porter le coup fatal qui lui aurait donné la victoire dans ce débat sur Trump : elle a rappelé que ses propos sur les femmes ne sont pas nouveaux, qu’il est coutumier de ce genre de chose et qu’il n’a pas hésité à s’en prendre à différentes catégories de gens – les Mexicains, les femmes, ou les handicapés, entre autres. « Le Donald que vous voyez dans la vidéo, c’est le vrai Donald », a-t-elle alors conclu.

La contre-attaque de ce dernier a été immédiate, frontale et violente : Bill Clinton a abusé de nombreuses femmes et son épouse a couvert tout cela, avant de s’en prendre directement à ces femmes qu’elle a tenté de faire taire. Il n’a donc fallu que quelques minutes pour que l’affrontement devienne très personnel et tombe dans les accusations sordides et les insultes.

Si on cherchait un répit, il fallait changer de chaîne : l’affaire des emails, celle de Benghazi, la sortie de Clinton qui a qualifié les électeurs de pitoyables : tout a été étalé sur la table et à chaque nouvelle attaque Donald Trump semblait retrouver de sa vigueur.

« Votre place est en prison »

Visiblement, les deux candidats s’étaient très bien préparés, jusque dans les attitudes à prendre lorsqu’ils parlaient, ou ne parlaient pas. Hillary Clinton est restée très souriante et Donald Trump à réussi à contenir sa nature bouillonnante, même s’il a régulièrement décrit des cercles en se déplaçant sur cette scène lorsque son opposante s’exprimait, soit parce qu’il était agacé, soit parce qu’il était impatient de reprendre sa charge.

Ses réponses étaient plus fines qu’à l’habitude et même parfois drôles : attaqué sur les impôts qu’il n’a pas payés pendant dix-huit ans, Trump a répliqué qu’il avait fait comme les donateurs du Parti démocrate. Débattant de la Syrie et d’Alep, il a voulu montrer qu’il connaissait le dossier et a suggéré que l’on s’intéresse désormais à Mossoul, donnant à des milliers d’Américains qui entendaient ce nom pour la première fois l’impression qu’il s’y connaît plus qu’eux et qu’il est un grand stratège.

Mais, toujours sur cette question, il a fait savoir qu’il avait une divergence avec son vice-président : « Je n’ai pas échangé sur ce point avec lui, a-t-il précisé, mais nous ne pensons pas la même chose ». C’est une prise de position assez inédite dans un débat présidentiel et qui a beaucoup surpris puisque les candidats cherchent plutôt, au contraire, à normalement donner une image d’unité. Or, Mike Pence, avait de son côté estimé, le 4 octobre, lors du débat des colistiers, qu’il fallait envisager des frappes contre le régime de Bachar Al-Assad pour mettre fin à l’insoutenable épreuve d’Alep.

Les coups ont plu de part et d’autre, au risque d’oublier parfois les préoccupations des électeurs. Robyb Beck/AFP

Mais l’attaque la plus féroce est arrivée subitement, alors qu’il parlait une fois de plus de l’affaire des e-mails : « Votre place est en prison », a-t-il dit en substance à Hillary Clinton, en promettant de nommer un procureur indépendant lorsqu’il serait à la Maison-Blanche.

En réplique, celle-ci l’a traité de menteur, martelant que tout ce qu’il disait était faux ou n’avait aucun sens : « Il vit dans un autre monde », a-t-elle fini par conclure.

Toujours dans le domaine international, c’est la Russie qui a, une fois de plus, donné lieu à de vifs échanges. Hillary Clinton s’en est pris avec virulence à ce pays, donnant l’impression au téléspectateur que l’on était retourné au temps de la Guerre froide. Pour Donald Trump, au contraire, la Russie est devenue un allié incontournable « puisque c’est à travers une collaboration étroite avec ce pays que les États-Unis pourront battre Daech », a-t-il affirmé.

Une tension très forte

La tension a été extrêmement forte tout au long du débat, ce qui a fait craindre un dérapage à tout moment. D’ailleurs, aucun des candidats n’avait cherché à serrer la main de l’autre en montant sur la scène et en se présentant aux électeurs. On se demandait comment un tel débat pourrait s’achever, mais un électeur a posé la question qui a détendu tout le monde : « Quelles sont les qualités que vous reconnaissez chez l’autre ? » Hillary Clinton, en grande professionnelle, n’a rien reconnu, préférant expliquer que les enfants de Trump sont ce qu’il a de mieux et développant sur son propre intérêt – depuis toujours – pour les enfants.

« Sa détermination car elle ne lâche jamais et je respecte cela, je le dis franchement », a pour sa part préféré reconnaître Donald Trump, « même si je suis en désaccord avec ses idées. »

L’humanité de cette dernière question à laquelle personne ne s’attendait, sa simplicité et l’évidence qu’il faut privilégier le « vivre ensemble » ont alors fait prendre conscience qu’aucun des deux candidats n’a réellement pensé à développer des points en rapport direct avec leurs électeurs. Peut-être à l’occasion du troisième débat ? Il commence à y avoir urgence.

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