Sur les questions internationales, Trump crée la surprise en résistant à Clinton

La candidate démocrate, le 8 septembre à New York, sur le gril des questions de Matt Lauer (NBC). Justin Sullivan / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Le Forum sur le Sécurité, qui était organisé à New York mercredi soir, était un petit évènement en soi : il s’agissait de la première confrontation directe entre Hillary Clinton et Donald Trump depuis leurs investitures respectives à la fin juillet. Ce n’était pas un débat direct, car pour cela il faudra attendre le 16 septembre. Cependant il s’agissait bien d’un premier tour de chauffe dans lequel on attendait surtout Donald Trump, que sa challenger juge incapable d’occuper le Bureau ovale, alors qu’elle-même est réputée être chevronnée sur la scène internationale. On s’attendait donc à une domination forte de la part de la démocrate. Mais les choses en ont été autrement.

La malédiction des e-mails

Dès les premiers mots, Hillary Clinton a voulu frapper fort en insistant sur les qualités nécessaires pour faire un bon Président : « Il faut non seulement du tempérament, a-t-elle affirmé, mais également du jugement ». Visiblement, la stratégie était de mettre KO d’entrée le milliardaire new-yorkais en mettant l’accent sur son incompétence. Matt Lauer (journaliste vedette de NBC), qui l’interrogeait, était toutefois plus intéressé par l’affaire des e-mails, cette question qui empoisonne la campagne du camp démocrate depuis plus d’un an. Cela a particulièrement gêné Hillary Clinton qui, encore une fois, a donc dû se justifier sur l’utilisation d’une messagerie personnelle lorsqu’elle était Secrétaire d’État.

Cette question est devenue une véritable malédiction pour la candidate qui se trouve constamment en position de devoir rassurer des électeurs dont l’inquiétude ne faiblit pas. La confiance est entamée et beaucoup estiment aux États-Unis que l’ancienne Secrétaire d’État a agi très légèrement et n’a pas respecté des lois qui s’imposent pourtant à tous. Enfin, et ce n’est pas le moins grave, il s’agit de savoir si l’utilisation d’une boîte e-mail non sécurisée n’a pas mis en danger la sécurité de la nation. Et, sur ce point précis, Hillary Clinton peine à convaincre. Elle continue donc à marteler que les données classifiées étaient traitées dans un « système complètement différent » mais semble prêcher dans le désert. Il n’y a aucun doute que cette question sera posée à nouveau et plusieurs fois d’ici le vote du 8 novembre.

Déstabilisée, Hillary Clinton a eu ensuite à s’expliquer sur son soutien à George Bush à propos de la guerre en Irak, en 2003, une erreur qu’elle avait corrigée plus tard par un vote contraire, en 2007. Pour sa défense, elle a indiqué que Donald Trump avait également soutenu le 43e Président dans cette démarche, mais il n’était pas un élu à ce moment-là et il a eu beau jeu de simplement nier cette allégation « J’ai été totalement contre », a-t-il affirmé.

Le cadeau mexicain

Si l’épreuve a été moins facile que prévu pour la candidate démocrate, elle a, en revanche été moins difficile qu’escompté pour le Républicain. Comme il devait s’y attendre, c’est son caractère bouillant qui a été mis sur la sellette. Donald Trump a esquivé l’attaque en reconnaissant que son tempérament n’est pas d’être calme, mais qu’il savait se contenir. Pour illustrer sa dimension internationale et diplomatique, il a pris en exemple son récent déplacement au Mexique, durant lequel il a eu un entretien avec le président Enrique Peña Nieto.

Cette rencontre surprise est en effet un véritable cadeau que le président mexicain a fait au candidat républicain qui, dans la foulée et à peine deux heures plus tard, montrait sa détermination en réaffirmant qu’il construirait un mur entre les États-Unis et le Mexique. « Je suis déterminé et j’ai un bon jugement », a alors insisté Donald Trump.

Aucun argument nouveau n’a été dévoilé lors de cet exercice par l’un ou l’autre des candidats. Hillary Clinton a encore tenté de mettre en avant sa connaissance du terrain et sa compétence à l’international en développant des positions plus spécifiques : sa préférence pour une non-intervention avec des troupes au sol pour combattre Daech et son soutien à l’acquisition du nucléaire par l’Iran. Donald Trump a expliqué qu’il veut rebâtir la défense nationale et qu’il augmentera très largement le budget de l’armée. Et pour ceux qui dotent de ses capacités, il rassure en affirmant qu’il se fera conseiller par les généraux les plus compétents.

Mais ce ne sont traditionnellement pas des sujets qui passionnent les Américains et sont de nature à influencer profondément leur vote. La posture est ici plus importante : l’un et l’autre sont-ils crédibles à l’international ? On doit reconnaître que Donald Trump, s’il n’a pas convaincu sur le fond, n’a pas raté l’exercice sur la forme. Un match nul sous forme de victoire pour lui ?