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« Too international to fail » : la BCE garde-fou du système bancaire européen ?

La BCE à Francfort. Dinu Dominic Manns/Flickr, CC BY

« Too international to fail » : la BCE garde-fou du système bancaire européen ?

La BCE à Francfort. Dinu Dominic Manns/Flickr, CC BY

« Too international to fail ? » Cette question revient au-devant de l’actualité en 2016 où les banques européennes sont soumises à nouveau à de fortes turbulences. Avec Lucyna Anna Górnicka (Fonds Monétaire International), nous nous sommes posés cette question dès 2013, alors que nous préparions nos thèses de doctorat, avec la perspective de l’entrée en vigueur de l’Union bancaire européenne, et notamment du Mécanisme de résolution unique (MRU), au 1er janvier 2016. Dans notre étude « Too International to Fail ? Supranational Bank Resolution and Market Discipline », publiée en avril 2016 par le Journal of Banking and Finance, nous testons en avant-première l’efficacité de l’Union bancaire européenne.

L’Europe se protège contre le risque systémique. Depuis le 1er janvier 2016, avec l’entrée en vigueur du Mécanisme de résolution unique (MRU), deuxième pilier de l’Union bancaire européenne, ce n’est plus la banque centrale d’un pays de la zone euro ou le gouvernement de ce pays qui décide de sauver une de ses banques nationales en défaut mais la Banque centrale européenne (BCE).

Un système vertueux…

Aujourd’hui, si la banque d’un pays membre de l’Union bancaire européenne fait défaut, elle n’est plus laissée au bon vouloir des États ou de ses actionnaires et créanciers. Désormais, c’est à la BCE que revient la capacité d’y injecter des liquidités pour éviter le risque de contagion d’un pays à l’autre. Elle joue ainsi le rôle de super-régulateur européen en lieu et place des régulateurs nationaux que sont les banques centrales nationales.

Chaque acteur est censé avoir un comportement stratégique et analyser le risque de ses décisions, en prenant en compte les décisions des autres.

Pour comparer les deux hypothèses de résolution de crise – avec le superviseur européen ou avec des régulateurs nationaux – nous avons développé un modèle mathématique qui simule le comportement de deux pays avec chacun une banque. Basé sur la théorie des jeux, ce modèle simule l’interaction stratégique de la banque X et de la banque Y, dans le cadre d’un système à 2 régulateurs nationaux et 4 joueurs (les 2 régulateurs + les 2 banques), ou d’un système à 1 super-régulateur et 3 joueurs (le super-régulateur + les 2 banques). Chaque joueur est censé avoir un comportement stratégique et analyser le risque de ses décisions, en prenant en compte les décisions des autres.

… Mais un effet pervers

Nous avons fait tourner notre modèle sur le logiciel de calcul formel Mathematica. Il apparaît alors que le superviseur européen, par ses interventions appropriées, remplit bien sa fonction de régulateur du système bancaire en cas de crise. Sa limite est que certaines banques, s’estimant bien protégées par ce filet de sécurité, adoptent un comportement non stratégique, non respectueux des standards prudentiels, en prenant des positions sur des actifs opaques et complexes tels que des produits structurés ou dérivés. C’est un effet pervers du MRU qu’il ne faut pas sous-estimer.

Too international to fail ? Le seul Mécanisme de résolution unique, s’il avait existé fin 2015, n’aurait pas empêché plusieurs banques italiennes, positionnées sur des produits douteux, de se trouver au bord de la faillite. C’est pourquoi nous prônons un système hybride où coexisteraient un mécanisme de résolution européen et des régulateurs nationaux. Leur combinaison préviendrait le risque d’insolvabilité tout en ne créant pas d’incitations à la prise de risque.

Notre modèle met en évidence le rôle stabilisateur d’un superviseur supranational. Il permet de définir des standards de comportement stratégique et de vérifier que les banques ne s’exposent pas de manière inconsidérée aux risques. Il peut également s’avérer utile pour décider des contributions des différents pays à l’Union bancaire européenne.