Trousses à maquillage : gare aux infections !

file allgst. IVASHstudio/Shutterstock

Afin de détecter d’éventuelles contaminations bactériennes et fongiques, nous avons testé 467 produits de maquillage qui nous ont été fournis par des habitants du Royaume-Uni. Nos travaux ont démontré que 90 % de ces cosmétiques, dont des rouges à lèvres et des mascaras, contenaient des germes potentiellement mortels. Ce qui signifie qu’ils pourraient constituer une menace pour la santé de leurs utilisatrices…

Nous avons notamment mis en évidence la présence, dans de l’eyeliner et du mascara entamés, de bactéries Escherichia coli et Staphylococcus. Celles-ci peuvent causer irritations et conjonctivites. Si les symptômes de cette dernière affection sont généralement relativement bénins – démangeaisons et larmoiements – dans certains cas extrêmes, elle peut entraîner une perte de la vue. Par ailleurs, les germes responsables de la conjonctivite sont capables de se propager à d’autres parties du corps et de déclencher une infection secondaire plus grave.

Les rouges à lèvres et le gloss de notre échantillon contenaient également des staphylocoques et diverses bactéries habituellement associées aux matières fécales. Ces micro-organismes peuvent causer des rougeurs, des gonflements et des inflammations des lèvres. Les antibiotiques ou les crèmes antibactériennes en viennent généralement à bout, cependant si ces germes se propagent dans le sang ou atteignent des tissus plus profonds de l’organisme, l’infection peut, là encore, devenir mortelle.

En outre, certaines souches de staphylocoque, comme le staphylocoque doré (Staphylococcus aureus), sont devenues résistantes aux antibiotiques. Or S. aureus est particulièrement contagieux, et peut causer des infections de la peau telle que l’impetigo.

Nous avons examiné divers produits et accessoires de maquillage : rouge à lèvres, gloss, eyeliners, mascaras et beauty blenders (éponges à maquillage). Si la plupart d’entre eux étaient contaminés par 100 à 1000 bactéries, le nombre de ces dernières explosait sur les beauty blenders : nous en avons dénombré un million en moyenne ! Or, on sait qu’une centaine de bactéries suffisent à provoquer une infection…

Le maquillage contaminé peut provoquer des conjonctivites. Sergey Granev/Shutterstock

Méfiez-vous des beauty blenders

Des études antérieures portant sur la contamination microbienne du maquillage avaient déjà été menées dans d’autres pays, tels que Iran, l’Arabie saoudite et l’Italie. Ces travaux avaient également mis en évidence des niveaux élevés de bactéries pathogènes, dont E. coli, Salmonella, Klebsiella et Citrobacter. En revanche, peu de recherches avaient jusqu’à présent été menées au Royaume-Uni.

Notre étude est la première à s’intéresser aux beauty blenders, ces populaires éponges à fond de teint utilisées pour le contouring. Depuis 2007, Rea.deeming Beauty, qui commercialise la marque Beauty blender, en a vendu plus de 6,5 millions dans le monde. Nous avons constaté que ces produits sont particulièrement sensibles à la contamination, car ils restent souvent humides après utilisation, ce qui crée un terrain propice à la prolifération des bactéries nocives. En outre, la plupart (93 %) des beauty blenders que nous avons testés n’avaient jamais été nettoyés, malgré le fait que les deux tiers (64 %) des personnes interrogées ont reconnu les avoir laissé tomber sur le sol à un moment ou un autre de leur utilisation.

Il est pourtant facile d’éviter les risques d’infection microbienne lorsqu’on utilise des cosmétiques. Il suffit par exemple de nettoyer les beauty blenders avec de l’eau chaude et du savon. En ce qui concerne le rouge à lèvres, il faut simplement en faire sortir une petite partie du tube, l’essuyer avec un mouchoir en papier puis verser dessus une petite quantité d’alcool avant de la tremper pendant 30 secondes dans un volume d’alcool plus important. Pour finir, il faut essuyer l’alcool délicatement et laisser sécher le rouge à lèvres. Ceci n’affectera pas sa qualité, mais améliorera sa propreté.

Les pots de mascara peuvent eux aussi contenir des bactéries, mais ils ne sont pas nettoyables. Il est donc préférable de remplacer votre mascara tous les mois, ou d’utiliser des bâtonnets jetables.

Vérifiez les dates de péremption

Les cosmétiques sont fabriqués selon des normes strictes, pour éviter que les microbes ne les contaminent et ne s’y développent. Ils contiennent notamment des conservateurs à cet effet. Cependant, leur durée de conservation est limitée. Tous les cosmétiques ont des dates de péremption, qui sont calculées en fonction de la durée pendant laquelle les agents de conservation présents dans le produit sont capables de maintenir sous contrôle les contaminations.

Si la date de péremption est imprimée sur l’emballage, elle est affichée sous la forme d’un symbole ressemblant à un pot ouvert comportant la mention 3m, 6m, 12m, 18m, 24m, ou 36m, qui correspond au nombre de mois pendant lesquels le produit peut être utilisé. La plupart des cosmétiques ont une date de péremption comprise entre trois et 12 mois (à condition que la personne qui les utilise n’ait pas eu d’infection, comme une conjonctivite, durant cette période). Mais notre étude montre que les gens emploient des produits dont la date de péremption est dépassée, ce qui favorise la progression des contaminations microbiennes.

Pour éviter les problèmes, assurez-vous de jeter tout maquillage dont la date de péremption est dépassée. Ne vous maquillez pas si vous avez une infection ou une peau abîmée, ne partagez jamais vos cosmétiques avec vos ami·e·s, et évitez définitivement d’utiliser les échantillons de maquillage mis à disposition en magasin.

This article was originally published in English