Un Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées pas si rose…

Carole Delga, l'une des rares femmes qui dirigera une région à l'issue du scrutin de décembre. Pascal Guyot/AFP

Au soir du deuxième tour de scrutin, la nouvelle région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées (LRMP) a, comme cela était annoncé, fait partie des régions conservées par le PS et ses alliés. Cette issue n’était pourtant pas si évidente. Bien que la liste de Carole Delga l’ait emporté avec 44,8 %, contre 33,8 % pour Louis Aliot (FN) et 21,3 % pour Dominique Reynié (LR), il s’agit là de résultats agglomérés. La fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées masque des disparités régionales fortes : en termes de participation, mais surtout de résultats électoraux.

Le clivage entre les deux anciennes régions, nettement visibles sur la carte du premier tour, qui faisait apparaître un Languedoc-Roussillon plutôt brun et un Midi-Pyrénées rose, s’est maintenu le 13 décembre. Sans la fusion des deux régions, le Languedoc-Roussillon aurait pu être emporté par le FN puisqu’il devance très légèrement Carole Delga avec 40,43 % des suffrages (contre 40,12 %). Le second tour semble ainsi, pour le Languedoc-Roussillon, confirmer la tendance à un vote FN très fort, que la gauche paraît avoir du mal à endiguer. Inversement, en Midi-Pyrénées, la vague rose s’est amplifiée par rapport au premier tour, Carole Delga recueillant 48,7 % et distançant ainsi de 20 points le FN.

Critères démographiques

Si la naissance de la grande région a eu un impact sur le résultat final, elle s’accompagne également de changements en ce qui concerne la détermination des élus. Lors de l’élaboration de la loi du 16 janvier 2015 relative à la délimitation des régions, le nombre de candidats par section départementale a été recalculé en fonction des critères démographiques. Cela a conduit, notamment, à re-répartir le nombre de candidats en ôtant des places aux départements les moins peuplés pour les allouer aux plus peuplés.

De cette manière, le Gard, mais surtout l’Hérault et la Haute-Garonne ont gagné des candidats supplémentaires tandis que l’Ariège, le Gers, le Tarn et les autres départements « ruraux » ont perdu des élus. Si cette réattribution des sièges permet de corriger les déséquilibres en matière de représentation et d’abaisser le ratio nombre d’électeurs par élu, elle a pu aussi contribuer à conforter l’assise de la gauche, les départements « urbains » pouvant être plus enclins à voter pour la gauche.

Moins de femmes, moins de diversité

Outre une « sur-représentation » par rapport à 2010 des départements les plus peuplés, la réforme des régions et la fusion ont, pour le Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, conduit à envoyer siéger à Toulouse en majorité les têtes de section départementales et les candidats majoritairement issus du haut des listes. C’est-à-dire le plus souvent des élus plus dotés que les autres candidats – que ce soit professionnellement ou en termes de ressources électives.

En effet, une fois déterminé le nombre de sièges emportés par chaque liste, encore faut-il calculer le nombre d’élus qu’elle obtient par département. Or, la grande région LRMP est composée de 13 départements, ce qui conduit à un émiettement assez conséquent de la portée de la représentation proportionnelle. Par exemple, une liste qui emporterait 40 sièges, au lieu de les répartir entre 5 départements doit désormais les partager entre 13. Ce qui signifie que dans chaque « sous-liste » départementale, le nombre d’élus est moins élevé.

Il y a donc non seulement moins de diversité dans le profil des élus, mais aussi moins de femmes. Alors que la loi sur la parité s’applique pour les élections régionales, il n’y a aucune obligation en ce sens au niveau des têtes de sections départementales. Ainsi, les listes dans le LRMP ne comportaient pas 158 noms d’un seul tenant, mais 6 pour l’Ariège, 12 pour l’Aude et ainsi de suite…

Le nombre de femmes têtes de section départementales, c’est-à-dire n°1 dans chaque département varie ainsi considérablement d’une liste à une autre : il est de 7 (sur 13) pour Carole Delga, 1 pour Louis Aliot et aucune pour la liste de Dominique Reynié. Cette faible féminisation des sections départementales a ainsi une répercussion sur l’ensemble du conseil régional puisque celui-ci ne compte que 44 % d’élues.

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