IRM d’un poumon d’un ex fumeur de tabac et de cannabis illustrant la faiblesse de ses fonctions pulmonaires ainsi que son arbre respiratoire tronqué. (Parraga lab)

Vapotage: des effets dévastateurs à craindre pour les poumons

Le vapotage cause de graves maladies chez de jeunes adultes et adolescents par ailleurs en bonne santé. Il provoque une toxicité et des lésions susceptibles de raccourcir l’espérance de vie et parfois même de tuer. Ses dégâts semblent irréversibles et inguérissables.

Un récent rapport, publié dans le New England Journal of Medicine, confirme que c’est bien le cas : 53 patients hospitalisés souffraient d’une grave toxicité pulmonaire et de lésions. L’âge moyen de ces patients était de 19 ans.

Dans sa brève histoire, le vapotage a mené à des hospitalisations, des semaines passées aux soins intensifs, des défaillances pulmonaires, un besoin urgent d’un appareil de pontage cardiopulmonaire et, après l’échec de toutes ces interventions, le décès tragique de ces jeunes par ailleurs en bonne santé.

Le Canada n'est pas à l'abris: un jeune de la région de London, en Ontario, pourrait être le premier patient canadien atteint d'une maladie pulmonaire causée par le vapotage, a indiqué le bureau de la santé publique de la région, mercredi.

En tant qu’expert scientifique en imagerie pulmonaire, je développe de nouvelles techniques afin de de pouvoir visualiser l’intérieur de la poitrine de façon à mesurer et surveiller aisément les anomalies pulmonaires des patients. Je constate les effets dévastateurs sur les poumons de fumeurs de cigarette et de cannabis. Je vois aussi la façon dont les bronches sont détruites et comment des millions de sacs alvéolaires paraissent abîmés ou même totalement détruits, résultant en de graves difficultés respiratoires, une piètre qualité de vie, puis la mort.

En raison des connaissances que j’ai acquises en développant de nouvelles techniques d’imagerie pulmonaire, et compte tenu de l’impact de l’inhalation du tabac et des gaz sur la santé pulmonaire, je suis préoccupée par le fait que les gouvernements et autres instances réglementaires aient choisi de se distancier des risques posés par la cigarette électronique.

Je suis très inquiète car le marketing de la cigarette électronique est à la fois persuasif, envahissant et répandu, en particulier quand il vise les enfants et les adolescents dont la croissance et le développement pulmonaires ne sont pas encore terminés.


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Des substances huileuses à l’intérieur des poumons

Selon quelques rapports récents de patients souffrant de toxicité pulmonaire liée au vapotage, des substances huileuses ont été découvertes dans leurs globules blancs, leur tissu pulmonaire et leurs bronches.

S’il est possible que ces substances proviennent du mélange de nicotine et de THC contenu dans les cigarettes électroniques utilisé par ces patients il est encore difficile de comprendre et d’établir comment l’usage de la cigarette électronique induit ces maladies pulmonaires potentiellement mortelles.

Un patient avant une résonance magnétique pulmonaire. (Parraga lab), Author provided

Pour vous aider à visualiser les effets de la cigarette électronique, imaginez que l’on fait fondre une livre de beurre et qu’on la réchauffe ensuite à haute température. Le beurre se transforme en gaz vaporeux que l’on peut inhaler. Ce beurre vaporisé, délicieux sur du maïs soufflé, redevient solide une fois ingéré dans les poumons et c’est ainsi qu’il devient l’initiateur toxique de l’inflammation et de la défaillance pulmonaire.

Un quart des étudiants du secondaire vapotent

Mises en marché comme produit sécuritaire, une alternative « cool » aux cigarettes, ce n’est pas étonnant que les cigarettes électroniques soient devenues populaires auprès des enfants et adolescents. Entre 2017 et 2018, le taux de pénétration de la cigarette électronique chez les étudiants du secondaire aux États-Unis a doublé pour atteindre 21 pour cent, ce qui est supérieur au nombre de fumeurs, enfants ou adultes. On estime qu’en 2019, ce pourcentage atteindra 25 pour cent.

Les instruments de vapotage sont d’une grande souplesse d’utilisation. Il est facile de combiner des ingrédients, des huiles ou des cartouches. Ce qui veut dire que ces produits sont promus auprès de jeunes qui ont le temps et l’énergie d’inventer de nouveaux mélanges, qui sont inconscients des risques qu’ils encourent et sensibles à la pression exercée par leurs pairs.

Qu’est-ce qui pourrait clocher? Pourquoi sommes-nous surpris de la situation actuelle?

Un marketing agressif combiné à un manque de tests de sécurité

Cela fait des décennies que nous savons que l’exposition aux produits chimiques dans les professions à risque ainsi que l’inhalation systématique de gaz et de fumée provoquent des dégâts pulmonaires. Alors je me demande pourquoi supposerait-on que la cigarette électronique n’est pas tout aussi dangereuse?

Pourquoi le marketing conquérant et agressif de la cigarette électronique est-il acceptable à l’épicerie du coin et dans les stations-service alors que les cigarettes sont cachées dans des étagères fermées à clef dans ces mêmes commerces? Pire encore, les petites « officines de vapotage » offrent gratuitement des produits de substitution et ce, sans aucun test de sécurité. Cette pratique doit être dénoncée, faire l’objet d’une enquête, et interdite.

Les cigarettes électroniques parfumées doivent être interdites

Pour toutes ces raisons, il faut réévaluer la réglementation des produits de vapotage, leur publicité, et leur disponibilité en magasin, et resserrer leur contrôle comme on l’a fait avec le tabac. Les produits électroniques aux goûts amusants dont la promotion est faite directement aux enfants doivent être interdits. Le personnel médical et la communauté scientifique se doivent d’en décrier haut et fort les risques, au-delà de leurs cabinets, laboratoires et cliniques - et ce, jusqu’à ce que les choses changent.

Les multinationales comme « Big Vape », « Big Cannabis » et « Big Tobacco » savent depuis toujours comment trouver de nouvelles manières habiles de tirer profit des décisions tragiques, des dépendances et des incompréhensions relatives aux produits inhalés. Et elles continueront de le faire, que ce soit auprès des adultes, des adolescents ou des enfants.

C’est l’histoire qui se répète, comme avec la cigarette.

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This article was originally published in English