Viols, meurtres, mariages arrangés : à défaut d’éducation, la vie des filles en zone de conflit

EAP/Armee nigerienne

Bien que l’éducation soit cruciale pour l’avenir de la jeunesse, elle est systématiquement négligée en cas de crise humanitaire, et aujourd’hui plus que jamais. Il suffit, pour s’en convaincre, de voir que le budget qui lui est alloué ne représente que 2% du montant global de l’aide humanitaire. Ceci a des répercussions sur la vie de toute une génération qui ne reprendra jamais ses études.

L’idée selon laquelle l’éducation fait partie intégrante de la réponse humanitaire progresse trop lentement, et la crise ne cesse de s’aggraver, privant des millions d’enfants et d’adolescents de toute chance d’aller à l’école. Les populations déplacées n’ont jamais été aussi nombreuses et près de la moitié des réfugiés sont des enfants.

Tandis que les médias se focalisent sur la détresse des familles dont la vie a été détruite par le conflit syrien, des millions de civils errent depuis des années dans d’autres parties du monde. Dadaab, au nord du Kenya, abrite ainsi le plus grand camp de réfugiés au monde depuis plus de 23 ans. Il est frappant de constater qu’il accueille plus de 10 000 réfugiés de troisième génération, nés de parents eux-mêmes nés dans le camp. Pourtant, alors que les réfugiés ont bien compris que l’instruction était la seule chose qu’ils possédaient, il n’existait jusqu’à récemment aucune possibilité d’études secondaires pour la grande majorité des jeunes.

Les adolescentes sont les principales victimes des zones de conflit. Université de Cambridge

Pour le bien des générations actuelles et futures, le Sommet humanitaire mondial d’Istanbul devra marquer un tournant décisif dans la primauté accordée à l’instruction de ces populations.

Ce sont les adolescentes qui souffrent le plus

Quatre obstacles majeurs se dressent sur le parcours scolaire des adolescentes, comme le montre notre nouvelle infographie. D’abord, la part des fonds alloués à l’éducation secondaire par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ne représente que 13% de son minuscule budget de l’Education. Par conséquent, 4% à peine des filles les plus défavorisées terminent leurs études secondaires dans les zones de conflit, où les adolescentes ont 90% de chances supplémentaires d’être déscolarisée.

Les filles ont un accès limité à l’enseignement secondaire. Université de Cambridge.

En plus d’être des victimes invisibles, ces filles sont souvent prises pour cible. Entre le trajet dangereux et les attaques directes visant les bâtiments, aller à l’école équivaut à risquer sa vie pour de nombreuses filles, dont la plus connue est Malala Yousafzai.

Les attaques ont non seulement été multipliées par 17 entre 2000 et 2014, mais les écoles pour filles ont été trois fois plus visées que les autres ces dernières années. S’il suffit d’une journée pour détruire une école, il faut des années pour la reconstruire. Rien qu’en Syrie, 25% des écoles ont été détruites, endommagées ou occupées depuis le début du conflit.

Les écoles ne sont pas sûres pour les filles. Université de Cambridge

Le simple fait de se rendre à l’école expose les jeunes filles à des violences physiques et sexuelles. En République démocratique du Congo (RDC), plus de 50% des adolescentes disent avoir subi des violences physiques. Alors que les 51 pays touchés par les conflits depuis 1985 font état de violences sexuelles contre des adolescentes, moins de 4% des fonds réclamés par les organisations humanitaires sont consacrés à la lutte contre ces violences. Dans ces circonstances, l’assistance passe nécessairement par l’éducation.

Les filles vivent sous la menace de violences sexuelles. Université de Cambridge

Opportunités limitées

Compte tenu des très faibles chances de mener des études à leur terme, et du danger des trajets pour se rendre à l’école, le mariage précoce constitue fréquemment une alternative à l’éducation. Plus de la moitié des 30 pays qui enregistrent les taux de mariage précoces les plus élevés sont fragilisés ou en zone de conflit. L’évolution peut être fulgurante : en 2013, il y a eu 18 fois plus de mariages précoces parmi les réfugiés syriens en Jordanie qu’en 2011.

Éducation ou mariage ? Université de Cambridge

L’absence d’instruction peut aussi conduire à l’embrigadement des filles dans les forces armées. Si les chiffres sont difficiles à obtenir, on estime qu’environ 40% des enfants soldats sont des filles. Une fois recrutées, leur vie ne vaut plus rien : dans certains pays d’Afrique de l’Ouest, trois quarts des attentats suicides sont commis par des adolescentes. Elles courent aussi le risque de se faire enlever par les organisations militaires et terroristes. A Chibok, au nord du Nigéria, Boko Haram a enlevé au moins 276 filles, dont 219 sont toujours portées disparues.

Des filles soldats. Université de Cambridge

L’éducation ne peut pas attendre

Il est urgent d’éliminer les obstacles que rencontrent les adolescentes sur le chemin de l’école. Les statistiques alarmantes citées ici prouvent clairement l’existence d’un problème qu’on ne peut ignorer plus longtemps. Il est donc impératif de passer à l’action.

La création du fonds Education Cannot Wait (« L’Éducation ne peut pas attendre ») au Sommet humanitaire mondial qui s’est tenu les 23 et 24 mai donne aux dirigeants du monde entier une occasion en or pour s’engager à transformer la vie de ces jeunes filles.

Mais il faudra davantage que de grands discours et des sommets internationaux pour changer concrètement les choses. Comme le montrent les engagements que nous avons pris avec d’autres dans le cadre de l’initiative de Michelle Obama, le changement doit s’opérer sur le terrain. Il est nécessaire de collaborer avec les populations locales pour améliorer l’avenir des adolescentes et leur garantir l’éducation à laquelle elles ont droit.

Traduit par Catherine Biros et Bamiyan Shiff pour Fast for Word.

This article was originally published in English

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