Des particules de virus Zika (en rouge) à l’intérieur de cellules de rein de singe vert africain. NIH, CC BY-NC

Virus Zika : premiers cas de transmission en France métropolitaine par le moustique tigre

Pour la première fois, des cas d’infections par le virus Zika transmises localement par des moustiques (à partir de cas importés par des voyageurs de retour de l’étranger ou des départements d’outre-mer) ont été détectés en France métropolitaine. Ces deux infections « autochtones » auraient eu lieu courant août 2019 à Hyères, dans le département du Var. Le moustique impliqué est Aedes albopictus, également connu sous le nom de moustique tigre.

Repéré pour la première fois en France en 2004, à Menton, le moustique tigre est désormais implanté dans 51 départements de la moitié sud du pays, et au-delà. On le savait à l’origine de foyers limités de transmission locale de virus, comme ceux de la dengue ou du chikungunya, à partir de cas importés, c’est-à-dire contractés hors de France métropolitaine. Cependant il n’avait pas encore été incriminé dans des cas de transmission locale du virus Zika.

Cette nouvelle n’est pas vraiment une surprise pour les spécialistes, car des expérimentations en laboratoire avaient révélé que le moustique tigre était un vecteur compétent pour la transmission du virus Zika. Il est cependant moins efficace que son cousin des régions tropicales, le moustique Aedes aegypti, qui lui n’a pas encore été repéré en métropole.

Une infection généralement bénigne

Dans la très grande majorité des cas, les infections par le virus Zika sont sans gravité. Les deux tiers d’entre elles sont asymptomatiques, et lorsque des symptômes se manifestent, ils sont bénins. Ils se traduisent par une éruption cutanée, une fièvre modérée, des douleurs articulaires, et parfois une conjonctivite. Leur durée dépasse rarement une semaine. Le diagnostic est possible en phase aiguë, grâce à une prise de sang ou un prélèvement d’urine, dans laquelle on pourra mettre en évidence le génome du virus. La recherche d’anticorps dans le sang permettra aussi de documenter une infection récente. Il existe cependant un risque de réaction croisée avec les anticorps de la dengue.

Les complications liées à l’infection par le virus Zika sont rares, mais peuvent néanmoins survenir. Il s’agit d’atteintes neurologiques telles que les syndromes de Guillain-Barré. La fréquence de ces formes sévères de paralysie des membres périphériques est heureusement limitée à 2 cas pour 10 000 infections.

Image au microscope électronique à transmission de particules du virus Zika (en rouge, fausses couleurs), souche Fortaleza, isolées à partir d’échantillons provenant d’un cas de microcéphalie au Brésil. NIH, CC BY-NC

Mais ce qui fait surtout la gravité de la maladie, ce sont les anomalies neurologiques congénitales dont sont atteints les enfants nés de mères infectées pendant la grossesse. Il s’agit notamment de microcéphalies, liées à un retard du développement du cerveau, et d’atteintes à type de crises d’épilepsie, de contractures musculaires, d’irritabilité des enfants, ainsi que d’atteintes oculaires ou auditives.

Ces complications, regroupées sous le terme de « syndrome congénital lié au virus Zika », surviennent chez moins de 5 % des enfants nés de mères infectées alors qu’elles étaient enceintes, pour la plupart quand l’infection a eu lieu durant le premier trimestre de la grossesse.

Remonter à la source de l’infection

En 2015 et 2016, lors des épidémies qui ont affecté l’Amérique latine, l’Amérique Centrale, les Antilles et l’Asie du Sud-Est, aucun cas autochtone de Zika n’avait été relevé en France, malgré les centaines de cas importés recensés à l’issue des vacances d’été.

Les deux cas avérés révélés fin octobre confirment cependant la capacité du moustique tigre à transmettre le virus Zika à partir de cas importés, et ce, alors même que la situation actuelle est bien différente de celle d’il y a quelques années. En effet, aujourd’hui la circulation du virus Zika est moins intense : on ne l’observe plus que dans quelques foyers en Amérique. Il faut toutefois souligner que le virus Zika circule également de façon endémique en Afrique, où des cas sporadiques sont régulièrement identifiés.

Pour comprendre comment les contaminations françaises ont pu se produire dans ce contexte, il faudra attendre les résultats des enquêtes épidémiologiques, qui permettront de remonter à leurs sources. Le séquençage des génomes des virus responsables de ces deux cas autochtones permettra quant à lui d’identifier le génotype du virus Zika, et donc son origine géographique.

Le moustique Aedes albopictus transmet plus efficacement les souches d’origine africaine du virus Zika que les autres. James Gathany/CDC

Il est important de déterminer quelle souche du virus a été impliquée dans les infections, car celle-ci influe notamment sur sa transmission. En infectant le moustique tigre en laboratoire avec des virus de différentes origines géographiques, les chercheurs ont découvert qu’il était dix fois plus efficace pour transmettre les virus d’Afrique de l’Ouest que pour transmettre ceux isolés lors des épidémies qui ont touché les Amériques.

Que faire pour se protéger du virus ?

Niveau de classement moustique tigre (Aedes albopictus) dans les départements de France métropolitaine. Ministère des Solidarités et de la Santé

Il n’existe aujourd’hui ni traitement, ni vaccin spécifique pour lutter contre le virus Zika. Le seul moyen de se protéger est d’éviter les piqûres de moustiques. Ceux-ci sont actifs de mai à novembre, et plus particulièrement en août-septembre. Ils attaquent plutôt le matin et en fin d’après-midi, mais mieux vaut être vigilant toute la journée. Pour se préserver, il est nécessaire de porter des vêtements couvrants, de mettre en place des moustiquaires et d’utiliser des produits répulsifs.

En parallèle de ces mesures de protection individuelles, lutter contre la maladie requiert aussi d’empêcher la prolifération des moustiques. Pour cela, tous les gîtes potentiels pour le développement des larves de moustiques doivent être éliminés. Celles-ci vivent dans les eaux stagnantes, il faut donc vider les pots de fleurs, vérifier l’écoulement des gouttières, se débarrasser des pneus usagés ou les mettre à l’abri, etc. Il est en particulier recommandé de vider les rétentions d’eau qui peuvent se trouver autour de chez soi après chaque averse.