Le chef du Bloc Québécois, Yves-François Blanchet, la chef du Parti Vert, Elizabeth May, et Jagmeet Singh du NPD pourraient tous jouer un rôle si le Canada optait pour un gouvernement de coalition. La Presse Canadienne/Graham Hughes/Chris Wattie/Nathan Denette

Voici pourquoi le Canada devrait adopter une coalition nouveau genre pour lutter contre l'hégémonie du PC et du PLC

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a récemment enfreint une règle cardinale de la politique canadienne en laissant tomber le mot « c » - pour « coalition ». Bien que les coalitions soient saines, démocratiques et très répandues dans le monde, les deux plus grands partis politiques du Canada s'en servent comme d'un objet contondant pour effrayer les électeurs.

Le Canada a été gouverné par des libéraux ou des conservateurs pendant ses 152 ans d'histoire. Et pendant tout ce temps, aucun des deux partis n'a sérieusement apporté au système électoral des changements qui refléteraient ce que le souhait des électeurs.

Il est difficile de lâcher le pouvoir, surtout quand on se permet de croire qu'il s'agit d'un droit divin. C'est l'essence même des dictatures, cependant, et elles ne devraient pas avoir de rôle dans une démocratie.

Trudeau et Singh discutent à la suite d'un récent débat des chefs. THE CANADIAN PRESS

La promesse était claire dans le Discours du Trône de 2015: le système électoral désuet du Canada allait enfin connaître une refonte dont nous avons tant besoin. Le système uninominal majoritaire à un tour signifie que, dans chaque circonscription, le candidat qui obtient le plus grand nombre de votes l'emporte. Le vainqueur n'a pas besoin d'une majorité absolue, ni de plus de 50 pour cent des voix.

Mais l'attrait du pouvoir total que le système uninominal majoritaire à un tour offre aux partis politiques gagnant, même s'il a obtenu moins de 40 pour cent des voix, est apparemment trop séduisant. Alors, nous y revoilà.

Nous sommes coincés avec le système majoritaire uninominal à un tour au Canada. C'est ainsi que Justin Trudeau et Andrew Scheer veulent que nous comprenions les gouvernements minoritaires, parce qu'ils ont tous deux soif de majorités absolues.

Nous pouvons travailler de façon créative à un renouveau démocratique, mais cela exige un engagement ferme de la part des principaux partis d'opposition comme le NPD, les Verts et même le Bloc Québécois.

S'inspirer de Trinité-et-Tobago

Ma proposition est simple : faire ce que Trinité-et-Tobago a fait lors des élections de 2010. Confrontés à un puissant parti en place et au désir de changer leur système uninominal majoritaire à un tour en quelque chose qui traduise mieux les votes en sièges, les partis d'opposition ont formé le People’s Partnership. Chaque membre a maintenu la spécificité de son parti, mais s'est réuni sur plusieurs intérêts communs.

La première ministre élue de Trinité-et-Tobago, Kamla Persad-Bissessar, salue ses partisans au siège de son parti le soir des élections générales de 2010, après que sa coalition de cinq partis ait remporté le scrutin. (AP Photo)

Ce n'était pas un gouvernement de coalition traditionnel. Contrairement aux gouvernements de coalition qui sont bricolés ensemble lorsqu'un seul parti ne remporte pas la majorité des sièges, un tel arrangement est soigneusement négocié avant les élections et offert aux citoyens afin qu'ils aient un véritable choix avant de voter.

Les candidats se présenteraient aux élections sous la bannière de leur parti - vert, néo-démocrate, bloquiste ou indépendant - en sachant bien qu'ils ont l'intention de travailler avec leurs collègues, comme promis avant le vote.

Cela conduirait à beaucoup plus de sièges pour tous ces partis. Et donnerait aux électeurs la responsabilité de désigner un gouvernement pour quatre ans, plutôt que de laisser les différents partis s'engager dans un marchandage partisan à la suite d'une élection minoritaire.

La loyauté envers le parti

Une communauté de partis maintient le caractère distinctif du parti et établit une base temporaire d'unité jusqu'à ce que les objectifs soient atteints. La formation d'un nouveau parti ou le changement de modèle électoral ne remédiera pas aux défaillances démocratiques fondamentales de notre système et de la culture politique qui y est associée, en particulier la façon dont il exige la loyauté.

Jody Wilson-Raybould, ancienne ministre libérale de la Justice et procureure générale, a récemment déclaré à The Current que ces limites nuisent à la capacité des députés de faire ce qu'ils estiment justes. Cela a motivé sa décision de se présenter comme indépendante.

Si le NPD, les verts, le BQ et des indépendants influents comme Wilson-Raybould et Jane Philpott formaient un genre de société en commandite - un gouvernement d'un mandat collaborant dans des domaines d'intérêt qui se chevauchent - ils pourraient gagner les élections ou, à tout le moins, offrir une perspective constructive sur des enjeux auxquels le prochain Parlement devra faire face.

Une telle fraternité représenterait, par extension, une majorité réelle d'électeurs.

En fin de compte, c'est à eux qu'il appartiendrait de déterminer leurs priorités. D'après mon interprétation des points d'entente non litigieux au Canada, et ce dont les partis ont parlé publiquement, cela comprendrait :

1) S'engager à être un gouvernement à mandat unique, sans ambition de se faire réélire. Cela protégera ceux qui dirigent la fraternité contre l'attrait du pouvoir qui a contaminé Justin Trudeau et l'ancienne première ministre de Trinité-et-Tobago, Kamla Persad-Bissesser, qui ont tous deux eu la frousse au moment d'agir sur la réforme électorale. Cela a coûté à Persad-Bissesser son poste et la chance d'un renouveau démocratique.

Le Partenariat populaire de Trinité-et-Tobago a accompli beaucoup de choses au cours de son mandat, mais n'a pas réussi à surmonter l'ivresse d'un pouvoir majoritaire. Nous devons tirer des leçons de cette erreur au Canada.

2) Travailler au renouveau démocratique, notamment en abaissant l'âge du droit de vote de 18 à 16 ans. Tous les partis ont beaucoup fait à ce sujet au cours de la dernière législature, et il faudrait poursuivre en ce sens. Les adolescents sont plus engagés politiquement que jamais, et si des jeunes de 16 ans peuvent conduire, porter une arme à feu dans l'Armée canadienne et donner leur consentement sexuel, ils devraient pouvoir voter.

3) Aborder la question de l'urgence climatique et ses implications générales, y compris la souveraineté autochtone et les juridictions provinciales.

4) Élargir le régime national d'assurance-médicaments et les services de garde à la petite enfance dans tout le pays.

5) Augmenter les impôts des plus riches.

6) Établir des relations de nation à nation avec les peuples autochtones à travers le pays au lieu de réduire leurs préoccupations aux pipelines. Cela comprend l'enchâssement des principes de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones dans le droit canadien.

Ce n'est pas parfait, mais c'est un début.

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This article was originally published in English