Voici pourquoi les États-Unis se sont opposés à une résolution de l'ONU contre le viol

Amal Clooney prend la parole lors d'une rencontre du Conseil de sécurité de l'ONU, la semaine dernière, au côté de Nadia Murat. Une résolution de l'ONU visant à punir ceux qui utilisent le viol comme arme de guerre et aider les survivants de telles atrocités a été édulcorée en raison de l'opposition américaine. (AP/Seth Wenig)

Voici pourquoi les États-Unis se sont opposés à une résolution de l'ONU contre le viol

La semaine dernière, les États-Unis ont utilisé la menace de leur droit de veto et leur grande influence pour affaiblir une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui dénonçait le viol comme arme de guerre. La version édulcorée, adoptée le 23 avril, exclut toute référence à la santé sexuelle et reproductive.

Le problème, apparemment, était que la résolution mentionnait les cliniques de planification familiale. Pour les extrémistes anti-avortement de l'administration Donald Trump, comme le vice-président Mike Pence, l'inquiétude est qu'une femme en zone de guerre puisse choisir d'interrompre une grossesse survenue après un viol.

Le président américain Donald Trump et son vice-président, Mike Pence. @TrumpPence16

Cela n'est pas étonnant venant de la droite religieuse américaine. Depuis qu'ils se sont imposés comme une force majeure au sein du Parti républicain dans les années 1980,les évangéliques conservateurs se sont opposés à tout ce que les mouvements de défense des droits civils et des droits des femmes des années 1960 et 1970 avaient acquis. Au Canada et à l'étranger, ils s'opposent aux droits des LGBTQ, à l’éducation sexuelle et au contrôle des naissances ainsi que l'avortement.

Leurs chefs prétendent être des hommes de foi, et ils sont convaincus que Dieu est de leur côté. C'est pourquoi ils n'hésiteraient pas à dire à une femme traumatisée de mettre au monde un enfant conçu à la suite d'un viol.

Leurs points de vue ont une plus grande écoute dans l'Amérique de Trump, même provenant de ceux - comme Trump lui-même - qui ne sont pas pieux. Pourquoi se comprennent-ils si bien ? La politique contemporaine mise à part, la réponse est liée à un type particulier de nationalisme religieux profondément enraciné dans l'histoire américaine.

Le droit international et la vengeance américaine

Dans l'ensemble, les dirigeants révolutionnaires des années 1770 et 1780 n'étaient pas des nationalistes religieux. Les États-Unis voulaient être reconnus comme un pays neutre qui respectait les traités et le droit international. Mais la Révolution française et les guerres napoléoniennes ont rapidement appris aux Américains que des nations plus fortes, comme la Grande-Bretagne, avaient établi leurs propres règles.

Le respect des Pères fondateurs pour la communauté internationale a ainsi nourri un sentiment de trahison et de victimisation. « Jamais auparavant une nation n'a porté autant de poids que nous en avons porté », a écrit Thomas Jefferson à la veille de la guerre de 1812.

Pendant une grande partie du 19è siècle et au début du 20è siècle, la plupart des Américains rechignaient encore à l'idée que leur pays était un empire, même s'il agissait de la sorte avec les peuples autochtones et les pays plus faibles.

Le bien contre le mal

La longue lutte contre la Grande-Bretagne a façonné la première génération d'Américains. La grande bataille contre l'Union soviétique a donné un sens particulier au mandat divin dans les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Une fois de plus, de nombreux Américains voyaient leur pays comme le « lieutenant de Dieu », avec le droit et le devoir de juger et de punir les autres pays.

Une foule manifeste contre le communisme à Des Moines, Iowa, 1959. Iowa Department of Cultural Affairs, CC BY

Les États-Unis menaient une bataille épique « pour le bien et contre le mal », a déclaré Ronald Reagan à la National Association of Evangelicals en 1983. Son pouvoir venait directement du Tout-Puissant et « doit terrifier et finalement triompher » sur ses ennemis

Reagan n'était pas particulièrement religieux , mais cela n'avait pas d'importance - sa conviction que l'Amérique seule pouvait détruire le mal résonnait avec la nouvelle droite évangélique, avec ses convictions absolues divisant le monde entre «sauvés» et «damnés». À l'opposée de ces croyances, le droit international semblait non seulement faible mais aussi corrompu. Il offrait un spectacle jugé affligeant de diplomatie, de compromis et de coexistence.

On peut dire à peu près la même chose de Trump, un libertin vulgaire qui bénéficie d'un soutien écrasant des évangéliques. Leur alliance n'est pas seulement un mariage de convenance, mais une croyance commune en la domination de l'Amérique sur un monde en perdition, un besoin insatiable d'infliger leurs notions du bien et du mal à toute la Création.

Dans le cas présent, les évangéliques réclament l'interdiction totale de tout soutien américain aux associations qui pratiquent des avortements, où que ce soit dans le monde. L'administration américaine obtempère, car elle dédaigne toute forme de réglementation internationale. Plus tôt cette année, les États-Unis se sont joints à la Russie et à la Chine pour s'opposer à la création d'un organisme de surveillance des atrocités sexuelles.

Ainsi, une résolution de l'ONU qui devait passer comme lettre à la poste se retrouve compromise par le véto américain.

Pour combattre cette façon de penser, les Américains comme moi doivent se rappeler des vérités simples : les États-Unis sont un État parmi tant d'autres. C'est une entité politique et juridique, pas une vérité transcendante. Le pays n'a pas le monopole des desseins de Dieu, qui, aussi mystérieux soient-ils, chercheraient sûrement à aider les victimes de viol.

This article was originally published in English