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Voyage spatial dans les œuvres de Fred Biesmans

« Star port Iranoor » (2016). Sculpture en céramique de Fred Biesmans (vue de détail). Y Gachet/Ville de Colomiers

Voyage spatial dans les œuvres de Fred Biesmans

« Star port Iranoor » (2016). Sculpture en céramique de Fred Biesmans (vue de détail). Y Gachet/Ville de Colomiers

Cet article est publié à l’occasion de la manifestation sur les « Imaginaires stellaires », qui se tient jusqu’à ce samedi 13 mai au Pavillon Blanc Henri Molina à Colomiers. Conçue autour des représentations cosmiques, cette initiative convoque une série d’événements à la croisée de l’art et de l’astronomie avec des conférences, des ateliers, des lectures, une exposition et un planétarium. Un événement dont The Conversation et le Quai des Savoirs – Toulouse Métropole sont partenaires.


Le sculpteur belge Fred Biesmans, un des artistes dont on peut découvrir les œuvres à Colomiers dans le cadre de l’exposition « Imaginaires stellaires », nous invite avec ses sculptures dans un voyage spatial imaginaire et, peut-être, à venir. Ces représentations qui empruntent à la science-fiction interpellent l’exobiologiste que je suis. J’aide les scientifiques à rechercher une deuxième forme de vie dans la partie de l’univers qui nous est explorable. Nous pensons micro-organismes, Fred Biesmans nous entraîne, lui vers des civilisations de voyageurs ou sur les traces d’explorateurs perdus…

Rejoindre Mars

Fred Biesman, « Star Port Iranoor »

« Star port Iranoor » (2016). Sculpture en céramique (vue de détail). Fred Biesmans

C’est ici une ville futuriste, matérialisant les mégapoles qui peuplent notre imaginaire abreuvé de livres et d’œuvre cinématographiques de science-fiction. Cette ville, très parallélépipédique, s’imagine tant en destination qu’en point de départ pour aller encore plus loin. On ne sait pas où elle se situe, mais elle est imaginée sur une planète habitable improbable. Elle se veut une cité finie sans croissance possible. Elle se fixe une frontière spatiale et ne communique pas avec son environnement proche. Les seules relations qui apparaissent sont vers l’espace cosmique. Cet objet n’a de connexions qu’avec l’immensité et le vide spatial. Il semble organisé, très organisé ; trop organisée pour laisser une place à l’imprévu, au fortuit, au bonheur.

Tout semble bien droit, les lignes parallèles, les angles bien rectangles. Les trois dimensions sont utilisées pour se déplacer au sein de la méga-cité. Ces rectitudes évoquent les bastides, les villes garnisons construites d’un coup, sans histoire, sans venelles, sans cheminements tortueux, sans fleuve central ou point de défense sur un piton. C’est une ville d’urbaniste-ingénieur orientée vers un but que l’on ignore. Une ville qui pourrait illustrer les propos des oracles qui nous promettent l’impossible colonisation de Mars. L’homme explorera probablement un jour cette planète. Il y installera une infrastructure légère comme celle qui est installée en Antarctique, au Dome C. Un endroit que des équipages visitent de temps à autre ou dans lequel ils se succèdent, à l’infrastructure limitée, essentiellement fonctionnelle. Ce lieu restera probablement plus village que cité. Ces espaces sont très métalliques, impersonnels. L’imagination autorise toutes les visions ; parfois elles restent illusions, parfois elles sont prémonitoires…

Quitter le berceau

Fred Biesman, « Embarquement »

« Embarquement » (2016). Sculpture en céramique (vue de détail). Fred Biesmans

Le détail de cette ville-escale évoque le voyage spatial. Les lilliputiens qui, j’imagine, embarquent, donnent l’échelle et rendent le vaisseau spatial colossal. Ce gigantisme, tout comme le mode d’embarquement, évoque une opération routinière loin des balbutiements de l’exploration humaine de la Lune ou de l’utilisation actuelle de l’orbite terrestre. Nous dépassons de très loin l’exploration humaine de l’espace que nous pratiquons aujourd’hui, restant à 300 kilomètres de la surface de notre Terre.

Vingt-six humains seulement se sont aventurés plus loin, jusqu’à 384 000 km de la Terre, jusqu’à la Lune. Un saut de puce à l’échelle de ce qu’évoque cette sculpture. Imaginons que les figures évoquent des terriens. Nous retrouvons des humains ou au moins des humanoïdes en train de quitter une cité improbable pour une destination forcément éloignée de ce point singulier. Le vaisseau ne ressemble pas à une navette pour le cabotage. Pour paraphraser Tsiolkovsky, l’un des pères, russe, de l’astronautique : « L’homme a enfin quitté son berceau… » ! C’est un rêve, ce n’est qu’un rêve et à mes yeux cela le restera… Mais rêvons, cela fait tant de bien.

Se perdre dans l’espace

« LEM GPS FAIL » (2016). Sculpture céramique. Marc Domage

La silhouette est familière aux passionnés d’espace et d’exploration spatiale. Elle symbolise à elle seule, pour ceux qui ont suivi cet exploit en 1969, le premier pas d’un homme sur la Lune. Mais là, les astronautes ont pris le chemin des écoliers. Ce n’est pas dans la mer de la Tranquillité désertique que l’Aigle s’est posé, mais sur une planète qui héberge la vie, un peu comme nous la connaissons.

Les feuilles évoquent des végétaux qui puisent leur énergie à la lumière d’un soleil. Les quadrupèdes laissent penser qu’une évolution proche de celle que nous connaissons sur Terre est à l’œuvre. Le LEM (Lunar Excursion Module en anglais) s’est perdu, très, très loin de son objectif. Les astronautes ne sont pas repartis puisque le module de montée est encore là, posé sur le module de descente. On peut tout imaginer sur leur devenir, mais la porte est ouverte et l’échelle est déployée. En tout cas, ce vaisseau abandonné qui se transforme en ruine restera le témoignage invisible et ignoré, probablement pour des siècles ou des millénaires, de cette aventure humaine qu’est l’exploration spatiale.