Le cannabis peut notamment soulager les douleurs réfractaires. Rick Proctor / Unsplash

2018 : année charnière pour la légalisation du cannabis thérapeutique en France

Nicolas Authier, Université Clermont Auvergne

Angleterre, Luxembourg, Thaïlande… La liste des pays qui ont décidé d’autoriser l’usage thérapeutique du cannabis ne cesse de s’allonger. On en compte désormais plus de 35 dans le monde, dont 21 dans l’Union européenne.

Depuis le 27 décembre, la France est en passe de les rejoindre. Dans un communiqué de presse, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a en effet indiqué qu’elle souscrivait aux propositions du comité d’experts récemment constitué pour juger de la pertinence de cet usage du cannabis.

De l’inclusion du cannabis au sein d’un plan de redynamisation de la Creuse jusqu’à l’émission d’un premier avis positif par un comité scientifique soutenu par les autorités sanitaires, quels ont été les principaux faits marquants qui ont engagé la France sur la voie d’une future légalisation du cannabis à visée thérapeutique ?

Une conjoncture favorable

Comment une plante considérée comme une drogue illicite a-t-elle pu être finalement considérée comme une alternative thérapeutique ? Plusieurs raisons peuvent expliquer ce basculement.

D’une part, depuis plusieurs années le corps médical et les autorités sanitaires ont mis l’accent sur les méfaits de l’alcool et du tabac, soulignant que ces drogues, bien que légales, sont les plus problématiques en termes de santé publique. D’autre part, sur le plan international, l’usage thérapeutique du cannabis s’est progressivement normalisé. La plante est notamment autorisée depuis 2013 dans des médicaments comme le Sativex ou l’Epidiolex.

La conjonction de ces facteurs aurait rendu acceptable, pour l’opinion publique, le débat sur le recours au cannabis thérapeutique, sous couvert d’une supervision médicale, d’une maîtrise de la qualité des produits proposés et d’une réduction des risques liés à son administration.

Par ailleurs, les conséquences du développement du cannabis thérapeutique dépasseraient les limites du secteur médical. L’ouverture probable de nouvelles perspectives économiques en période de crise a emporté l’adhésion d’une partie de la classe politique.

Une motivation tant économique que médicale

Dès la fin de l’année 2017, la possibilité d’autoriser la culture de cannabis à visée thérapeutique était envisagée. Cette réflexion sur l’usage était portée tant par des considérations médicales qu’économiques.

Le milieu politique s’est en effet emparé de cette question après avoir observé la croissance de ce marché dans les pays ayant légalisé cet usage industriel. Son impact potentiel sur l’emploi, voire sur la rémunération des agriculteurs impliqués a également été évalué, en particulier par le comité de pilotage du « Plan particulier pour la Creuse », destiné à redynamiser le département.

Soutenue par des élus locaux et par la région Nouvelle-Aquitaine, la filière chanvre industriel, déjà bien développée, avait alors dans ce cadre été présentée au président de la République comme un élément de développement économique potentiel.

Les choses allaient s’accélérer en 2018.

À suivre en 2019

Cette réflexion sera poursuivie l’année prochaine. Le comité scientifique se réunira à nouveau le 30 janvier 2019 à l’ANSM. Ce rendez-vous sera suivi de quatre autres réunions avant l’été.

Celles-ci auront pour but de formuler un avis sur les modalités de prise en charge médicale (définition du type de prescripteurs, du circuit de distribution et de dispensation, des modalités d’administration et des formes pharmaceutiques, des dosages et concentrations en principes actifs) ainsi que sur les modalités de suivi des patients qui pourraient bénéficier de l’utilisation du cannabis à visée thérapeutique. Car ce n’est pas « un » cannabis mais « des » cannabis thérapeutiques qui pourraient être proposés, selon les pathologies et les malades concernés. Une véritable médecine personnalisée, dont le malade devra être l’acteur principal.

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Nicolas Authier est médecin psychiatre, professeur de pharmacologie médicale. Il est directeur de l'Observatoire Français des Médicaments Antalgiques, administrateur de la Fondation Analgesia et membre du Collège scientifique de l'OFDT. Il préside la Commission des stupéfiants et psychotropes et le Comité Scientifique Spécialisé Temporaire (CSST) sur le cannabis à visée thérapeutique de l’ANSM.

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