Après les incendies, le casse-tête de la pollution des eaux

Le 15 janvier 2020, dans les environs de Budgong, en Nouvelle-Galles du Sud (Australie). SAEED KHAN/AFP

Dans une Australie ravagée par des mois de feux de brousse, les pluies récentes ont été accueillies avec soulagement, mais, très vite, l’inquiétude concernant des crues torrentielles et la contamination des eaux douces a pris le pas.

Car c’est déjà l’hécatombe pour de nombreux poissons, en raison de la présence massive de cendres et de sédiments dans les cours d’eau australiens.

Dans ce pays, les réservoirs et les sources d’approvisionnement locaux sont exposés à une telle pollution causée par ces feux que les infrastructures ne seraient plus en mesure de traiter l’eau.

Ce danger de la contamination, après des incendies et des intempéries, concerne de nombreuses autres zones dans le monde. L’eau potable, les écosystèmes aquatiques, les infrastructures et les activités récréatives sont en première ligne.

Presque aucun continent épargné

Si les forêts alimentent en eau 90 % des villes les plus peuplées au monde, ces écosystèmes sont souvent dégradés, produisant une eau de moindre qualité. Les forêts fournissent également d’autres services hydrologiques essentiels aux communautés humaines : protection contre les inondations, hydroélectricité, lieux de pêche et de loisirs aquatiques.


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Dans nos récentes analyses, réalisées à l’échelle globale, nous avons clairement montré que l’approvisionnement en eau pour l’Australie était fortement menacé par les incendies de forêt. Nous avons aussi découvert des zones exposées à des risques similaires sur tous les continents, à l’exception de l’Antarctique.

C’est notamment le cas en Amérique du Nord, où des incendies de plus en plus fréquents et intenses posent de nouveaux défis aux gestionnaires des forêts et des ressources hydriques.

L’incendie de Stouts Creek, en 2015 dans l’Oregon, a intensifié les phénomènes de ruissellement et d’érosion. (Kevin Bladon)

Les dangers liés à l’eau après un incendie

Les incendies de forêt peuvent présenter nombre d’effets néfastes pour l’approvisionnement en eau et cela pendant des décennies – pollution de l’eau potable, sédimentation des réservoirs, crues éclair ou encore réduction des fonctions récréatives des rivières. Ces conséquences constituent un danger grandissant compte tenu de la croissance démographique ; les activités humaines gagnent toujours plus sur les paysages forestiers.

Les incendies modifient la quantité d’eau en provenance des forêts ainsi que le calendrier saisonnier des débits. Ces changements compliquent l’allocation des ressources hydriques, car c’est potentiellement moins d’eau de disponible à des périodes où la demande est importante.

Lorsque de fortes pluies font suite à des incendies de grande ampleur, elles facilitent la concentration de cendres, de nutriments, de métaux lourds, de toxines et de sédiments dans les ruisseaux et les rivières. Cette contamination provoque des problèmes pour la santé des rivières et des lacs en aval, ainsi que pour la production d’eau potable.

La présence de mercure, un élément qui peut se déposer sur les feuilles des plantes puis être absorbé par celles-ci, est particulièrement préoccupante. Lors d’un incendie, le mercure peut en effet être émis en grandes quantités et se déposer sur les lacs, les zones humides ou d’autres eaux de surface, dans des quantités telles qu’il touche toute la chaîne alimentaire, dont les poissons. Nombre d’entre eux sont ensuite pêchés et consommés par les humains. Certaines communautés autochtones vivant dans les forêts canadiennes sont particulièrement exposées à ce danger.

Des risques sous-évalués

Sur le long terme, dépolluer une eau après des incendies s’avère compliqué et coûteux. Quinze ans après l’incendie Hayman, qui toucha en 2002 le Colorado, l’eau était toujours aussi difficile à traiter.

Il y a d’autre part le risque que des sous-produits de désinfection se forment. Des éléments chimiques toxiques de ce type ont, par exemple, dû être retirés avant que l’eau puisse être livrée aux 500 000 consommateurs de la ville de Denver. Aujourd’hui cependant, la plupart des régions exposées aux incendies en Amérique du Nord n’ont toujours pas conduit d’évaluation à grande échelle concernant la vulnérabilité de leurs approvisionnements.

Au Canada comme aux États-Unis, un incendie de forêt de grande ampleur pourrait ainsi augmenter le coût de la production d’eau potable de 10 à 100 millions de dollars. Dans le Sud de la Californie, par exemple, des coulées de boue causées par de fortes pluies après de grands incendies de forêt ont fait 23 morts et causé plus de 100 millions de dollars de dommages structurels en 2018.

Des rochers ont été déplacés dans la coulée de boue qui s’est produite à Montecito dans le Sud de la Californie, en 2018. WERF

L’adoption de solutions propices à réduire le risque de ces incendies catastrophiques devrait permettre de faire baisser la facture et d’assurer une meilleure protection des services hydrologiques de base. Les brûlages préventifs bien encadrés constituent l’une de ces solutions.

Protéger l’eau à la source

La santé écologique des forêts est en déclin au Canada comme aux États-Unis et cette tendance devrait se poursuivre en raison du changement climatique et de la dégradation des écosystèmes naturels, imputables aux activités humaines.

Les projections climatiques suggèrent que les incendies se produiront plus souvent et deviendront plus sévères. L’étalement urbain augmente en outre la probabilité que ces feux se produisent à proximité d’habitations.

Ces tendances, combinées à une augmentation de la quantité de pluie, compliquent la prévision des débits fluviaux ainsi que la prévision de la qualité des eaux de surface. L’approvisionnement en eau devient ainsi moins fiable.

Dans un contexte de dégradation globale de l’environnement, ce sont ici à des risques en cascade que s’exposent des pays comme le Canada et les États-Unis ; les conséquences pourraient être d’une ampleur comparable à ce qui se passe en Australie.

Les gouvernements devraient se saisir aujourd’hui des opportunités grandissantes dans le domaine de l’utilisation des données disponibles, et de la puissance croissante des ordinateurs, pour mesurer le risque d’incendie de forêt sur la ressource en eau. La protection des capacités hydriques pourrait profiter d’une stratégie de réduction des risques d’incendie élaborée sur mesure, qui servirait également à moderniser les infrastructures et la prévention des catastrophes.

Il ne fait aucun doute que nous en apprendrons davantage à mesure que nos connaissances sur les pratiques de gestion des forêts par les populations autochtones progressent. Au lieu de réinventer la roue, nous devrions désormais essayer de retenir l’eau au sein des écosystèmes forestiers par le rétablissement de zones humides, et accepter autant que faire se peut l’aide de la nature.

N’oublions pas que les forêts et les ressources en eau potable revêtent une importance capitale pour notre avenir.

This article was originally published in English

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