Choix post-bac : audace ou prudence, quelle carte jouer sur Parcoursup ?

Sur Parcoursup, les « bons élèves », aux profils les plus favorisés, ont tendance à être plus prudents dans leurs vœux. © Conférence des présidents d'université – Université de Lorraine

Cet article a été co-écrit avec Feres Belghith, directeur de l’Observatoire national de la vie étudiante.


Depuis le 22 janvier, les élèves de terminale qui veulent poursuivre leurs études dans l’enseignement supérieur peuvent enregistrer leurs vœux sur le site Parcoursup. Regroupant la majorité des formations post-bac, cette plate-forme a succédé au système Admission Post-Bac, dit APB, en butte à de multiples critiques – certaines filières en tension avaient départagé des candidats par tirage au sort en 2017. Avec Parcoursup, ce recours n’est plus possible.

Surtout, les lycéennes et les lycéens n’ont plus besoin de classer les dix choix qu’ils peuvent formuler dans un premier temps, comme cela se faisait sur APB, avec les risques d’autocensure et les calculs complexes que cela entraîne. Et Parcoursup entend renforcer l’accompagnement des enseignants auprès des jeunes durant la procédure d’orientation. Reste que l’éventail des combinaisons envisageables est vaste. De la théorie au terrain, comment les jeunes ont-ils vécu ce nouveau système ?

À partir d’une enquête inédite sur le passage du secondaire au supérieur, l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE) s’est interrogé sur les représentations et l’expérience de la première génération à avoir connu Parcoursup. Si cette enquête ne permet pas de saisir les raisons du découragement de certains étudiants, elle permet néanmoins de cerner les stratégies de ceux qui ont intégré l’enseignement supérieur, et d’appréhender les inégalités sociales qui demeurent dans la construction des projets d’orientation.

La chance sourit-elle aux audacieux ?

La plupart des étudiants ont utilisé la possibilité qui leur était offerte d’émettre plusieurs vœux, voire ont rempli toute la liste – c’est le cas d’un étudiant sur cinq. Quels choix se cachent derrière ces vœux ?

Parmi les stratégies possibles, les étudiants ont été interrogés sur leur « prudence », à savoir faire au moins un choix de formation moins souhaité pour être sûr d’avoir quelque chose ; ou leur « audace » quand ils ont déclaré avoir fait un choix de formation particulièrement désiré, mais pour lequel ils estimaient avoir peu de chance d’être acceptés.

Ces deux stratégies sont prédominantes au moment de la saisie des vœux, puisque chacune d’elles a été mise en œuvre par plus de 70 % des étudiants et 55 % ont adopté les deux à la fois. Les profils des audacieux diffèrent toutefois de ceux des prudents. Paradoxalement, ce sont les « bons élèves », aux profils les plus favorisés, qui ont joué la carte de la prudence – en émettant aussi plus de choix que leurs camarades –, quand bien même leur place dans l’enseignement supérieur est davantage assurée.

À l’inverse, les bacheliers professionnels et les lycéens d’origine populaire sont plus nombreux à avoir joué la carte de l’audace. Ceci témoigne sans doute moins d’un goût du risque que de l’intériorisation, par ces étudiants, de leurs moindres chances d’accès et de réussite dans l’enseignement supérieur. Tous les choix leur apparaissent alors risqués.

L’issue de cette dernière stratégie est plutôt décevante : si plus de 50 % des étudiants disent avoir été admis sur le choix le plus souhaité, 55 % des « prudents » uniquement ont déclaré avoir eu leur premier choix, alors que c’est le cas pour 49 % des seuls « audacieux ».

Un accompagnement inégal

La saisie des vœux n’est que l’aboutissement d’un processus d’orientation qui commence bien en amont, dans la famille et dans les établissements secondaires. La loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants (loi ORE), à l’origine de la mise en place de Parcoursup, vise à renforcer l’accompagnement institutionnel des choix d’orientation.

Cette loi donne plus de poids notamment aux enseignants, incités à mettre en place des entretiens personnalisés avec les lycéens. De facto, 55 % des étudiants déclarent avoir eu au moins un entretien individualisé avec leurs professeurs principaux dans l’enquête.

Si Internet apparaît comme la première source d’information mobilisée par les étudiants, la famille demeure fortement sollicitée tout au long du processus de sélection. Près d’un quart des étudiants ont cité leurs parents ou leur fratrie parmi leurs trois premières sources d’information pour décider de leur orientation.

47 % des étudiants étaient avec un membre de leur famille au moment de la saisie des vœux et plus de 70 % des étudiants ont déclaré avoir été aidés par des proches – pour la rédaction du projet de formation motivé, la clarification de choix d’orientation ou l’aide à la rédaction du CV notamment.

La famille est particulièrement sollicitée par les étudiants les plus favorisés, qui sont également ceux qui ont le plus utilisé les ressources institutionnelles, en déclarant plus fréquemment s’être rendus à l’université en amont de leurs choix. Ce sont également ceux qui ont jugé la procédure moins stressante et plus simple.

Journées portes ouvertes à l’Université de Grenoble (France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, 2019).

Le poids du lycée d’origine

Qu’est-ce qui compte le plus, a posteriori, aux yeux des étudiants, pour obtenir une proposition satisfaisante ? Les résultats scolaires et les appréciations des enseignants sont les deux critères les plus importants, cités respectivement par 70 % et 45 % des étudiants. Viennent ensuite, par ordre décroissant de citation :

  • le projet professionnel (34 %)

  • le baccalauréat d’origine (20 % des étudiants – avec une légère surreprésentation des bacheliers généraux pour cette réponse)

  • enfin, le lycée d’origine est cité par 12 % des étudiants parmi les deux critères les plus importants.

De manière générale, plus les étudiants obtiennent les vœux souhaités et plus ils sont satisfaits de la procédure et la jugent juste. Lorsqu’ils ont été admis à tous leurs vœux, 51 % se déclarent satisfaits de la procédure et 34 % la considèrent juste. Ils ne sont respectivement que 13 % et 7 % à adopter cette position lorsqu’ils n’ont obtenu qu’un seul de leurs vœux et que celui-ci ne faisait pas partie des trois les plus souhaités.


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De même, selon les critères perçus comme importants, la procédure Parcoursup ne sera pas jugée de la même manière par les étudiants. Ainsi, les étudiants ayant cité les résultats scolaires parmi les critères importants pour obtenir une proposition satisfaisante sont davantage convaincus du caractère juste de la procédure (30 % contre 19 % parmi les étudiants ayant répondu d’autres critères). Les étudiants ayant cité le lycée d’origine sont moins convaincus de la justice du verdict (17 % la considèrent juste contre 28 % parmi les étudiants n’ayant pas cité ce critère).

Cette enquête a porté sur la première version de la plate-forme mise en place en 2018. Il faudra voir maintenant si les évolutions apportées à la procédure Parcoursup à partir sa deuxième année de mise en service ont changé la donne.

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