Climat : la vision court-termiste et viriliste de Trump

Le 28 mars dernier, le président américain signant un décret favorable aux énergies fossiles… dans les bureaux de l’Agence de protection de l’environnement. Jim Watson/AFP

En revenant, par un décret intitulé « Indépendance énergétique », sur le Clean Power Plan de 2015 d’Obama, qui visait une réduction d’un tiers des émissions de CO2 des centrales électriques par rapport à 2005, et en affirmant qu’il va créer « des emplois, des emplois, des emplois » (« jobs, jobs, jobs ») par la relance de l’exploitation du charbon aux États-Unis, Trump continue à faire du Trump.

Autrement dit, il nourrit le discours (qu’il espère encore) performatif de l’autorité, de la rupture avec son prédécesseur, d’une vision économique à court terme.

Virilité retrouvée

Il y a chez Trump la volonté de montrer que la destruction de l’environnement est un gage non seulement de productivité, mais aussi d’une virilité retrouvée pour l’Amérique après les années Obama, souvent qualifié de « faible », de « mou », de « président qui se couche ».

Or le Clean Power Plan n’a jamais été appliqué car il fait actuellement l’objet de blocages de certains États conservateurs devant les tribunaux.

Les photos qui illustrent, dans la presse, la signature du décret de Trump sont une fois de plus tout à fait éclairantes : on un voit un groupe d’hommes blancs (censés incarner les mineurs américains) qui entourent le président. S’y ajoutent deux autres hommes blancs : le vice-président, Mike Pence, et le chef de l’Environmental Protection Agency (EPA), le climato-sceptique Scott Pruitt.

L’Amérique de Trump, c’est décidément une Amérique blanche et masculine, fière d’exploiter la nature, et fermée sur elle-même. C’est aussi l’image qu’en ont de puissants lobbies de l’énergie et une majorité d’élus républicains qui se méfient de la science et ont du mal à admettre que le changement climatique, causé par l’Homme, est une réalité. Ou bien qui s’en moquent.

Les mineurs de Rosebud Mining pendant la signature du décret, le 28 mars. Jim Watson/AFP

La montée des résistances

Ce sera cependant encore une partie difficile pour Trump.

L’économie du charbon est en perte de vitesse dans le pays : rien ne dit que des milliers d’emplois seront sauvés ou créés avec ce nouveau décret, surtout si l’on raisonne à moyen terme.

Le monde économique lui-même est plus que jamais divisé sur le sujet du développement durable. De nombreuses multinationales perçoivent très concrètement les effets du réchauffement de la planète – beaucoup « dé-carbonisent » leur outil de production –, et il en va de même de la population qui, dans certaines régions des États-Unis, constate l’aggravation de la sécheresse, la multiplication des tempêtes et la baisse du niveau des fleuves, qui affectent son quotidien.

Même la compagnie pétrolière ExxonMobil, ainsi que son ancien leader devenu secrétaire d’État, Rex Tillerson, rappellent leur défense de l’accord de Paris sur le climat. Du côté des associations de défense de la nature comme des chercheurs, l’on craint que celui-ci ne soit invalidé de fait par ce nouveau décret. Enfin, des États comme la Californie ont fait savoir qu’elles poursuivraient leur combat contre l’exploitation des énergies fossiles.

Trump, qui ne s’arrêtera pas là dans la dérégulation écologique, qui a déjà fortement diminué les budgets de l’EPA et qui s’en prend à la recherche sur l’environnement, devra donc faire face à de nombreuses résistances. Le prix à payer de la démocratie… et de la modernité.

Found this article useful? A tax-deductible gift of $30/month helps deliver knowledge-based, ethical journalism.