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Colonisation d’Internet par la censure : la Chine dégaine en Afrique

dcmaster/Flickr, CC BY-NC-SA

Censure d’Internet : le monde libre est-il prêt à brader ses valeurs contre des parts de marché ?

On ne remerciera jamais assez Google (sic) qui, au travers du projet Dragonfly est prêt à vendre les valeurs de liberté pour des parts de marché sur un territoire (la Chine) où le marché des moteurs de recherche est dominé par Baidu. Quant au discours de son PDG vantant son attachement au respect de la liberté d’expression, tout en fournissant un Google formaté pour la Chine au service de la censure. Que dire ? N’est-ce pas là une capitulation éthique et morale ? Cette stratégie se trouve d’ailleurs confrontée à une opposition forte de nombreux employés de la firme qui sont « vent debout contre ce projet ». Des organisations de défense de droits humains dénoncent elles aussi cette démarche : « Ce serait un jour noir pour la liberté du Web si Google se soumettait aux règles extrêmes de la censure chinoise pour accéder à un marché » commentait alors Patrick Poon, chercheur sur la Chine à Amnesty International » !

Dans un autre registre, on ne remerciera jamais assez (sic) les Politiques du “monde libre” qui réfléchissent actuellement à censurer Internet dans des périodes où ils se réserveraient – en France notamment – le monopole de l’Infox… (cf. projet loi fake news) et le droit de trier la vraie information de la fausse pour, naturellement… le bien de la population.

Ces dérives, ces coups de boutoir contre la liberté d’expression et un libre accès à l’information, ne sont là que deux exemples parmi d’autres. En matière de surveillance génératrice d’autocensure, de censure, les gouvernements du monde entier – quels que soient les régimes – ne manquent pas d’idées aussi improbables qu’innovantes. Bien sûr cela est préoccupant, et pourtant, mis en perspective d’avec la politique Internet que mène actuellement la Chine en Afrique, ces apprentis censeurs font figure d’amateurs !

L’appui de l’Occident à la colonisation façon chinoise de l’Internet : une première inquiétante

Tandis que ces apprentis censeurs de la liberté d’expression et d’accès à l’information s’agitent – ici pour des intérêts financiers, là pour un contrôle et une maîtrise de l’information – ils seront vraisemblablement tout du moins pour ce qui concerne la France, recadré par nos institutions (cf. conseil constitutionnel)… Les censeurs professionnels jouent eux dans une autre cour. La Chine est engagée sur d’autres combats d’envergure. Elle s’est mise au service de nombreuses gouvernances africaines et a initié la colonisation de la censure !

« En Tanzanie, au Kenya ou encore au Zimbabwe : la Chine investit massivement dans les pays africains. Et son influence va bien au-delà de la “Belt and Road Initiative”, la nouvelle “Route de la soie”. Taxes sur les réseaux sociaux ou sur les blogs, régulation de l’Internet : la méthode chinoise inspire des réformes liberticides. Mais c’est sans doute sur le terrain de la reconnaissance faciale que la Chine-Afrique est la plus inquiétante. »

Depuis l’essai d’Alain Peyrefitte paru en 1973 chez Fayard intitulé « Quand la chine s’éveillera le monde tremblera », 45 années se sont écoulées. La Chine me semble pour le moins bien réveillée. Sans vouloir paraître alarmiste, le « monde libre », plutôt que d’abonder dans son sens, celui de la censure, semble lui bien assoupi et prêt à toutes les compromissions. Il gagnerait à se réveiller, à se resaisir et à défendre ses valeurs. Parce qu’en 2018, Internet – partie intégrante de notre technomonde – a toutes les raisons de trembler.


A suivre

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