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Un crâne et des os humains gisent sur le sol.
Reconstruction virtuelle de la position de Mtoto dans la fosse mortuaire. (Jorge González/Elena Santos)

Comment nous avons découvert la plus ancienne sépulture humaine d'Afrique – et ce qu'elle nous révèle sur nos ancêtres

Comment les caractéristiques humaines se sont-elles développées chez nos ancêtres, nous différenciant des autres animaux ? C'est une question à laquelle s'intéressent de nombreux archéologues qui étudient les premières traces d'art, du langage, d'ornements, de symboles et de préparation de nourriture.

La façon dont nos ancêtres traitaient les morts et les pleuraient peut également fournir d'importants indices pour déterminer à quel moment nous avons développé la pensée abstraite nécessaire afin de saisir pleinement le concept de la mort.

Nous avons découvert une sépulture humaine vieille de 78 000 ans dans une grotte de la côte tropicale de l'Afrique de l'Est. Cette découverte nous offre des informations intrigantes sur la manière dont nos ancêtres s'occupaient des morts. Dans notre nouvelle étude, publiée dans Nature, nous décrivons la sépulture d'un enfant âgé de 2 ans et demi à 3 ans, qu'on a surnommé Mtoto (mot swahili pour «enfant»), découverte dans le site archéologique de Panga ya Saidi, au Kenya. Il s'agit de la plus ancienne sépulture d'Homo sapiens jamais trouvée en Afrique.

Les fouilles ont commencé en 2010. Jusqu'à présent, elles ont permis de conclure à une occupation humaine datant d'il y a 78 000 à il y a 500 ans, couvrant les périodes de l'âge de pierre moyen et de l'âge de pierre tardif de l'archéologie africaine. La sépulture de Mtoto se trouvait vers le fond du site de fouilles et a d'abord été remarquée parce qu'elle contenait des sédiments d'une couleur différente de ceux qui l'entouraient.

Image d'une grotte
Site de la grotte de Panga ya Saidi. Mohammad Javad Shoaee

L'examen initial a révélé des os très dégradés. Nous avons rapidement constaté que le matériel était si fragile que les techniques d'excavation habituelles ne convenaient pas. Nous avons donc décidé de récupérer la tombe dans son bloc de sédiments et de l'envoyer au Centre national de recherche sur l'évolution humaine (CENIEH) à Burgos, en Espagne.

Plusieurs mois de fouilles minutieuses en laboratoire ont permis de découvrir Mtoto, couché sur le côté droit et les genoux ramenés contre la poitrine. Le squelette était relativement intact, ce qui, avec l'analyse détaillée des sédiments qui entouraient le corps, indique que celui-ci s'est décomposé dans une tombe remplie. Le déplacement de certains os laisse penser que la partie supérieure du corps de Mtoto pourrait avoir été enveloppée dans un matériau périssable, sans doute de la peau ou un tissu végétal, ou que la tombe a été densément remplie de sédiments pendant l'enterrement.

Des éléments semblent aussi démontrer que la tête de Mtoto aurait été soutenue par des matériaux périssables dans la tombe. Elle était tournée par rapport au corps, un phénomène courant lorsque les oreillers laissent un vide en se décomposant. Il est évident que Mtoto a été installé avec soins dans une tombe, probablement avec le haut du corps enveloppé et la tête déposée sur un coussin. Tout porte à croire que le corps de Mtoto a été enterré intentionnellement, avec une forme de participation de la communauté ou de rite funéraire. Le corps n'a certainement pas été abandonné ou enseveli accidentellement par des processus géologiques tels qu'une inondation.

Un cas unique ?

Qu'est-ce que cela peut nous apprendre sur nos ancêtres ? En Eurasie, les Homo Sapiens et les Néandertaliens enterraient couramment leurs morts dans des sites résidentiels depuis au moins 120 000 ans. Pourquoi l'inhumation la plus ancienne trouvée en Afrique s'est-elle produite si tard, compte tenu de la place centrale qu'occupe ce continent dans l'émergence du «comportement humain moderne» ? Une des hypothèses est qu'il y a plus de 78 000 ans, les populations africaines traitaient leurs morts d'une manière différente.

Il semble que les populations africaines plus anciennes retiraient la chair de certaines parties importantes du corps, notamment du crâne, pour n'en conserver que les os. Ce processus se nomme excarnation. Des marques d'incisions et de polissage sur trois crânes vieux de 150 000 ans découverts à Herto, en Éthiopie, confirment cette hypothèse. Il est possible que ce traitement particulier des morts ait été associé à la perte ou au deuil.

Image de l'excavation de la tranchée
La sépulture humaine a été trouvée au fond de cette tranchée excavée. Mohammad Javad Shoaee

Il se peut également que nous ne cherchions pas au bon endroit les anciens vestiges humains. La plupart des fouilles archéologiques ont lieu sur des sites résidentiels. Si les cultures plus anciennes se débarrassaient des corps à l'extérieur de ces zones, les archéologues risquent de ne pas les trouver. Les corps pourraient avoir été déposés dans des endroits naturels tels que des fissures ou des creux dans des grottes, une pratique connue sous le nom de «mise en cache funéraire».

La signification culturelle précise de la mise en cache funéraire n'est pas claire, mais la pratique semble être très ancienne. Une grande concentration d'ossements d'homininés datant d'il y a 430 000 ans a été découverte à la Sima de los Huesos (le gouffre aux ossements) à Atapuerca, en Espagne.

Avant la découverte de Mtoto, les plus anciennes sépultures africaines connues étaient celles de Taramsa, en Égypte (datant d'il y a 69 000 ans) et de Border Cave, en Afrique du Sud (datant d'il y a 74 000 ans). L'enfant de Taramsa a été trouvé dans une fosse, initialement creusée pour extraire de la roche afin de fabriquer des outils en pierre. Ce site pourrait être considéré comme un exemple tardif de mise en cache funéraire. Le bébé de Border Cave a été exhumé en 1941 et, contrairement à Mtoto, on n'a aucune information dans ce cas sur la position des restes. Il est donc impossible de conclure que ce qui a été découvert à Border Cave est une sépulture.

Mais, prises dans leur ensemble, les découvertes pourraient suggérer que les pratiques funéraires africaines ont changé au fil du temps. Il pourrait y avoir eu un passage, quelque part entre il y a 150 000 et il y a 80 000 ans, de l'excarnation observée à Herto à la mise en cache et aux inhumations de Panga ya Saidi, Taramsa et Border Cave. Il est également frappant de constater que tous ces sites contiennent des individus jeunes. Peut-être que les corps des enfants faisaient l'objet d'un traitement particulier à cette époque ancienne.

This article was originally published in English

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