Une scène à l'aéroport Pierre-Eliott-Trudeau, à Montréal. Les annonces du Canada concernant sa frontière tend à insécuriser les étudiants étrangers. Shutterstock

Coronavirus : la grande insécurité des étudiants étrangers au Canada

Les annonces de fermeture de la frontière canadienne ont plongé des étudiants étrangers et d’autres ressortissants dans une inquiétude en montagnes russes qui met en danger leur bien-être et leur sécurité.

Depuis l’interdiction de voyager imposée par le président américain Donald Trump aux citoyens des pays à forte population musulmane en 2017, le Canada a renforcé sa position de pays d’accueil pour les étudiants internationaux. En 2017, près de 500 000 d’entre eux sont venus étudier au Canada.

Cependant, le 16 mars, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé que le Canada prendrait des mesures plus contraignantes pour limiter la propagation du Covid-19. Il a déclaré que le gouvernement refuserait « l’entrée au Canada à des personnes qui ne sont pas des citoyens canadiens ou des résidents permanents », à l’exception des Américains.

Cette annonce a soulevé des inquiétudes quant aux raisons pour lesquelles le Canada a choisi de garder sa frontière ouverte aux Américains. Les États-Unis sont la principale source de touristes internationaux au Canada : en 2015, plus de 22 millions d’Américains ont séjourné au Canada.

Puis, deux jours plus tard, le 18 mars, Trudeau a annoncé que les voyageurs américains ne seraient plus autorisés non plus à traverser la frontière pour « loisirs et tourisme », affirmant que dans les deux pays, les citoyens sont encouragés à rester chez eux.

Au milieu d’une vague de messages inquiets sur les médias sociaux par des résidents étrangers, y compris de nombreux étudiants, le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a déclaré que les étudiants internationaux, les travailleurs avec visa et les travailleurs étrangers temporaires seront autorisés à entrer au Canada mais devront s’auto-isoler pendant 14 jours.

Cependant, à court terme, il est loin d’être clair que les annonces faites par le gouvernement canadien offriront aux étudiants internationaux ou aux travailleurs étrangers temporaires un sentiment de sécurité.

Certains étudiants étrangers ou résidents temporaires à la frontière ont été empêchés de revenir au Canada lundi, a rapporté Radio-Canada.

Le 18 mars, le gouvernement du Canada a officiellement publié une liste des personnes exemptées par cette mesure. Cependant, cette liste n’a pas explicitement mentionné que les étudiants étrangers ou les travailleurs temporaires seraient autorisés à retourner au Canada s’ils se trouvaient actuellement à l’étranger.

Le 20 mars, le gouvernement du Canada a publié une nouvelle liste exemptant les étudiants internationaux, les travailleurs et d’autres résidents temporaires des restrictions de voyage annoncées par le premier ministre en début de semaine.

Ces messages changeants en peu de temps indiquent-ils que les étudiants internationaux doivent se préoccuper à l’avenir de leur mobilité et de leurs études ? Le bien-être de ces étudiants et d’autres résidents temporaires au Canada peut être affecté par l’incertitude quant à savoir si la frontière pourrait leur être éventuellement fermée.

Conséquences potentielles

Il est important de comprendre comment les résidents temporaires, comme les étudiants internationaux, les travailleurs et les autres au statut précaire, qui vivent légalement, étudient et travaillent au Canada depuis des mois ou des années, ont été touchés par ces annonces.

Mes recherches sur le statut précaire des migrants et demandeurs d’asile en situation de résidence temporaire mettent en évidence les répercussions socio-psychologiques de leur statut précaire sur leur vie post-migratoire dans leur pays d’accueil.

D’autres recherches en sciences sociales montrent qu’il est important de porter une attention particulière sur le fait que vivre avec un statut juridique précaire peut avoir une incidence sur le bien-être et les sentiments d’appartenance et de soutien social des enfants et des familles.

Vivre avec un statut précaire, notamment en raison de l’évolution des nouvelles et des messages, peut avoir un impact sur le bien-être des enfants et des familles. (Shutterstock)

Les résidents temporaires sont-ils devenus des étrangers à usage unique dans le cadre de la pandémie de la COVID-19 ? En effet, comme ils n’ont pas été abordés dans l’annonce initiale de Justin Trudeau, ils se demandent peut-être si leur statut mérite la considération et la protection de l’État canadien, ou s’il s’agit d’un élément qui peut être éliminé en temps de crise.

Il est compréhensible que les mesures du gouvernement fédéral visent à protéger les Canadiens et les résidents permanents du Canada. Il est également clair que « nous traversons une période assez critique » pour ralentir la propagation du COVID-19, comme l’a dit la Dre Theresa Tam, chef de l’Agence de santé publique du Canada.

Et il est plus que clair que nous devons suivre les recommandations du gouvernement fédéral et, dans le cas du Québec, celles du premier ministre François Legault, en matière de distanciation sociale pour limiter la propagation du virus.

Cependant, pour ceux qui ont vécu, étudié et travaillé au Canada pendant des mois ou des années, ces annonces de fermeture des frontières soulèvent des préoccupations quant à la façon dont nous devrions nous entraider en pleine pandémie de la COVID-19 tout en respectant les droits humains et la dignité.

Respect des droits de la personne

Comme l’a recommandé le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, les États ont bien entendu le droit de prendre des mesures pour déterminer et gérer les risques pour la santé publique, y compris ceux qui pourraient survenir en cas d’arrivée de non-ressortissants à leurs frontières. Ces mesures doivent être non discriminatoires ainsi que nécessaires, proportionnées et raisonnables dans le but de protéger la santé publique.

La fermeture de la frontière du Canada a contredit les recommandations de l’OMS. En effet, l’OMS exhorte tous les pays à « trouver un juste équilibre entre la protection de la santé, la réduction des perturbations économiques et sociales et le respect des droits humains ». Les mesures canadiennes visant à fermer la frontière aux étudiants internationaux, travailleurs temporaires et à d’autres résidents temporaires le 16 mars dernier ont empêché ces personnes qui vivent, étudient et travaillent au Canada depuis des mois ou des années d’exercer leurs droits pour rejoindre leurs familles et domiciles au Canada.

La Corée du Sud, par exemple, est reconnue pour avoir mis en œuvre des mesures de test, de quarantaine et de suivi efficaces pour ralentir la propagation du COVID-19 sans mettre en œuvre un verrouillage.

Mesures de secours ?

Quelles mesures de protection et de secours les étudiants et les travailleurs étrangers temporaires peuvent-ils attendre du gouvernement fédéral ?

Après tout, Ottawa a annoncé qu’aucun Canadien ne devrait s’inquiéter du paiement du loyer, de l’épicerie et des services de garde supplémentaires pendant la pandémie de COVID-19.

Les étudiants internationaux sont clairement préoccupés par leur situation précaire. Le Canada offrira-t-il également des mesures d’aide ou de soutien officiel aux étudiants étrangers, comme l’allégement du loyer ?

De nombreux étudiants étrangers sont inquiets quant à l’avenir de leurs études au Canada. (Shutterstock)

Statut précaire et bien-être

L’annonce par le premier ministre de la fermeture de la frontière canadienne à tous les étrangers peut avoir un impact significatif sur la santé mentale et physique des étudiants internationaux qui sont des résidents temporaires au Canada et qui vivent et travaillent au pays.

La santé et le bien-être des étudiants peuvent avoir été affectés par le fait de savoir que s’ils quittaient le pays, ils n’auraient pas pu y revenir pour poursuivre leurs études, leurs recherches ou leur travail. Cela pourrait également avoir une incidence sur l’économie canadienne dans l’avenir.

En 2015 et 2016, respectivement, les étudiants étrangers au Canada ont dépensé environ 12,8 milliards de dollars et 15,5 milliards de dollars en frais de scolarité, d’hébergement et de dépenses discrétionnaires. Comment l’évolution des messages du gouvernement fédéral sur l’accueil des étudiants étrangers au Canada affectera-t-elle l’économie ?

La compassion canadienne

Au milieu de la pandémie du COVID-19, le Canada a fait preuve de compassion envers les personnes les plus vulnérables. Par exemple, le gouvernement fédéral a mis fin aux expulsions d’étrangers de statut précaire, à l’exception de cas graves pendant trois semaines.

Cependant, le manque de considération initial du Canada pour les étudiants internationaux et les autres résidents temporaires lorsqu’il a annoncé qu’il fermait la frontière semble étrangement mal conçu et insensible compte tenu des efforts constants du pays pour recruter des étudiants internationaux afin de continuer à améliorer l’économie et la réputation internationale du Canada.

Même si elles ont été corrigées quatre jours plus tard, les décisions et les messages du Canada nous incitent à réfléchir à la façon dont nous devrions appliquer des mesures de distanciation sociale qui ne soient pas nuisibles aux autres et qui protègent toujours la dignité humaine. Nous devons répondre aux préoccupations populaires tout en restant attentifs, réfléchis et accueillants les uns envers les autres.

This article was originally published in English

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