Avec 330 millions d’utilisateurs par mois dont un nombre conséquent de scientifiques et d’épidémiologistes, Twitter, notamment, a permis d’accélérer le partage du génome entier du premier séquençage du virus, 10 jours après l’annonce de la pandémie. shutterstock

Covid-19 : voici l’ère des influenceurs scientifiques sur les réseaux sociaux !

Durant la pandémie, la science a plus que jamais envahi les réseaux sociaux. Les communicateurs et « vulgarisateurs » scientifiques ont tissé progressivement leur toile sur ces réseaux grand public et se sont vus encouragés dans les revues scientifiques aussi prestigieuses que Nature.

Si certains d’entre eux étaient déjà très populaires comme Le Pharmachien, d’autres tels que Trevor Bedford et Samantha Yammine ont vu leur côte d’influence augmenter pendant la crise. Retour sur ce phénomène et les enjeux relatifs à la recherche et à la société.

Actuellement en fin de doctorat, nous sommes conscients de l’importance des réseaux sociaux pour augmenter la visibilité et diffuser l’information relative à la recherche dans nos domaines respectifs. La pandémie a souligné la puissance de ces réseaux en situation de crise et a soulevé des enjeux inhérents à leur utilisation, dont nous discutons ici.

La science sur les réseaux sociaux

Même si la pandémie a exacerbé l’engouement pour la science sur les réseaux sociaux, celle-ci y occupait déjà une place importante depuis un bon nombre d’années. Dans un sondage réalisé en 2015, 47 % des scientifiques appartenant à l’Association américaine pour l’avancement des Sciences (AAAS) déclaraient découvrir les nouvelles études scientifiques et discuter de ces dernières à travers les réseaux sociaux. À cette époque, ils utilisaient principalement les réseaux dits « professionnels » ou « spécialisés » tels que ResearchGate, LinkedIn et Academia.

Ces réseaux sociaux sont avant tout des plates-formes d’échanges entre scientifiques d’une même discipline. Au cours des dernières années, la montée en puissance de la vulgarisation scientifique, offrant visibilité et opportunités de subventions aux laboratoires, a poussé les scientifiques à coloniser les réseaux « grand public » comme Facebook et Twitter.

Cette tendance s’est progressivement élargie à d’autres plates-formes comme YouTube, Instagram et même TikTok et Snapchat. Le choix du réseau social est déterminé selon le public et la tranche d’âge ciblés.

Durant la pandémie, TikTok, réseau social très en vogue chez les adolescents, a été utilisé par divers organismes comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Croix-Rouge, ainsi que certains pouvoirs publics, pour offrir des informations scientifiques fiables sur la Covid-19 et diffuser de manière ludique les consignes sur les gestes barrières.

Un outil pour la recherche

La pandémie a illustré à la fois la nécessité d’une collaboration scientifique à l’international et la puissance des réseaux sociaux quant à la rapidité de la circulation de l’information. Même si le bilan global de cette collaboration sera évalué par la suite, une accélération de la diffusion des connaissances relatives au coronavirus a été observée durant la crise, et ce notamment, sur les réseaux sociaux.

Avec 330 millions d’utilisateurs par mois dont un nombre conséquent de scientifiques et d’épidémiologistes, Twitter a permis d’accélérer le partage du génome entier du premier séquençage du virus, pas moins de 10 jours après l’annonce de la pandémie. Ce partage de données a permis le développement de l’essai de diagnostic pour la Covid-19, dont le protocole a été diffusé quelques jours plus tard sur la même plate-forme.

L’utilisation de ces « médias de masse », fréquente à des fins d’études, de sondages ou d’enquêtes, a par ailleurs été sollicitée dans le cadre de cette crise. En avril, le centre de recherche Delphi de l’Université Carnegie Mellon a utilisé Facebook pour enquêter sur les symptômes associés à la Covid-19. Cette enquête visait à « prévoir le nombre de cas que les hôpitaux verront dans les jours à venir et à fournir un indicateur précoce de la progression de l’épidémie et de l’aplatissement réussi de la courbe », explique le fondateur de Facebook Mark Zuckerberg.

Limiter les dérives

L’occupation de la science sur les réseaux a également pour mission de diminuer l’influence des trolls et des conspirationnistes, qui colportent des théories liées à la pseudo science, semant le doute et la désinformation chez les lecteurs et, pire, essayant de les convaincre.

Entre mars et avril, Facebook a émis des alertes concernant près de 90 millions de contenus liés à la Covid-19 sur sa plate-forme, afin d’empêcher les lecteurs d’accéder au contenu original. Ces contenus étaient associés à de mauvaises informations sur le coronavirus ou à des « remèdes miracles ». L’un de ces remèdes recommandaient notamment de consommer les excréments et l’urine de vache pour se protéger de la Covid-19.

L’un des biais principalement relevés sur ces réseaux est le cherry-picking, qui consiste à extraire un élément spécifique ou partiel d’une étude scientifique – souvent hors de son contexte d’origine – afin de corroborer son propos.

L’un des nombreux exemples est la publication sur Facebook, relevée par Radio-Canada, qui affirme que la Covid-19 « n’est pas une pneumonie », mais en réalité une thrombose. Cette publication, partagée plus de 19 000 fois, aurait extrapolé les résultats d’une étude menée sur 38 patients et dont les auteurs observent que les « données appuient fortement l’hypothèse proposée par de récentes études cliniques, selon lesquelles la Covid-19 est aggravée ou liée à la coagulopathie et la thrombose ».

Face aux multiples dérives inhérentes aux réseaux sociaux, un devoir de communication a été attribué aux scientifiques. Comme le souligne Samantha Yammine, docteur en génétique moléculaire de l’Université de Toronto et communicatrice scientifique, dans la revue Nature : « Les scientifiques ont la responsabilité de communiquer efficacement et avec compassion [sur le coronavirus] ».

Les défis associés

Pendant la pandémie, les chercheurs, dont la démarche s’inscrit traditionnellement dans un processus lent plutôt que dans l’instantanéité des réseaux sociaux, ont repensé leur façon de communiquer la recherche. Bon nombre de résultats préliminaires – parfois discutables – reliés à la Covid-19 ont été mis en ligne sur des plates-formes de prépublications.

Cette nouvelle démarche, qui participe à l’effort collectif des avancées sur le virus, a néanmoins eu ses inconvénients. Certaines publications, non évaluées par des pairs et manquant de solidité, ont ainsi été relayées sur les réseaux sociaux et reprises par les médias traditionnels.

Certains scientifiques habitués des médias sociaux, comme l’écologiste Steve Midway, soulignent que la communication scientifique sur ces réseaux est une discipline exigeante qui nécessite une bonne maîtrise de l’art de vulgariser, sans altérer les faits scientifiques. Certaines plates-formes, comme Twitter, incitent à publier des textes courts pour qu’ils soient lus et repris. Néanmoins, certains propos scientifiques nécessitent de la nuance, ce qui requiert donc une grande prudence sur la manière de diffuser les contenus.

Comme cette implication ne sied pas à tous les chercheurs et qu’elle est chronophage, la majorité des institutions et personnalités scientifiques gouvernementales, tel que le Scientifique en Chef du Québec, font appel à des spécialistes en communications et relations médias, qui sont responsables de bâtir la stratégie de diffusion de l’information et de rayonnement scientifique.

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