Tous hacktivistes

Dans la famille « innovation sociale », je demande… les hackers !

Theo Crazzolara/Flickr, CC BY

L’éthique hacker : une innovation sociale !

Si Steven Levy a mis en lumière six principes qui fondent l’éthique hacker dès 1984, dix-sept années plus tard Pekka Himanen philosophe finlandais allait lui donner un nouvel éclairage.

En 2001 il abordera la thématique sous trois angles qui remettront en cause des modes de fonctionnements humains et organisationnels considérés jusqu’alors comme immuables dans le monde physique. Dans son ouvrage « L’Éthique hacker et l’esprit de l’ère de l’information » il distinguera alors :

  • L’éthique du travail.

  • L’éthique de l’argent.

  • L’éthique du réseau.

Ses apports contribueront à établir l’existence d’une véritable innovation sociale, une innovation qui pourrait être reproduite hors de l’univers de la technologie.

Pekka Himanen mettra en avant le fait que pour certaines communautés hackers, la motivation n’est pas générée par l’argent. Si elle se rétribue, son unique monnaie est la curiosité et la passion !

Cette réalité est avérée notamment pour les hackers évoluant dans le monde du logiciel libre, de quoi remettre en cause quelques certitudes d’Harpagons humains.

Il mettra également en exergue un autre élément fondamental : l’absence de hiérarchie dans l’organisation du travail. Au sein de la communauté, la coopération directe prime sur toute forme d’autorité hiérarchique. Un constat d’autant plus important que l’absence d’autorité hiérarchique semblait – jusqu’à ce qu’elle soit prouvée dans les faits – inconcevable, celle-ci semblant indispensable aux hommes pour coordonner un travail quel qu’il soit, du plus simple au plus complexe.

Le rôle social des hackers

Hacker. Pixabay, CC BY

Pour les white hat, outre leur curiosité à comprendre les choses avant de les admettre comme un fait établi, il s’agit pour eux de mettre leur savoir et leur savoir-faire technologique au service des autres. Lorsqu’ils constatent d’éventuelles dérives ou des manquements d’entreprises ou d’états (volontaires ou involontaires), que de nombreux citoyens ne sont pas en mesure (par manque de savoir) d’identifier, ils interviennent pour les éclairer.

Si vous cherchez qui sont les premiers lanceurs d’alertes de notre TechnoMonde, les voilà !

Le hacker est d’abord un lanceur d’alerte par la preuve !

Tout comme un chercheur, une chercheuse, s’il (elle) est en mesure de démontrer la non-fiabilité d’un système de vote électronique par exemple, il (elle) le fait savoir.

La mission bénévole d’un white hat ne consiste pas à faire plaisir, ni à contrarier quiconque. Elle vise à porter à connaissance de façon pédagogique aux citoyens ce à quoi ils sont exposés. Dans le cas du vote électronique, que j’évoque, être pour ou contre est hors débat : Cela fonctionne, est fiable techniquement, répond à un principe démocratique essentiel : l’isonomie… ou pas !

La tentation que pourraient avoir un nombre restreint d’individus d’établir une tyrannie technologique et à imposer au plus grand nombre un nouveau mode de fonctionnement et d’interrelations au service de leurs seuls et uniques intérêts ne relève pas de l’impensable. C’est par ailleurs une tyrannie d’autant plus facile à initier dans une époque où la déesse numérique souffre difficilement la critique. Le dernier scandale Facebook, à défaut d’être réjouissant, aura peut-être eu le mérite de convaincre les plus sceptiques.

Nul ne contestera que la technologie colonise notre planète à une vitesse fulgurante, ceci étant dit, la question qui se pose est simple, tout comme la réponse : qui d’autres que ces sentinelles sont en mesure d’alerter les hommes sur des lendemains qui pourraient déchanter ?

Qui d’autres que ces antihéros, parfois injustement décriés et caricaturés, dont Pekka Himanen écrivait :

« Les hackers veulent réaliser leurs passions et ils sont prêts à accepter que la poursuite de tâches intéressantes ne soit pas toujours synonyme de bonheur absolu. »

À suivre

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