Malgré la présence de feux de brousse dévastateurs au moment de notre enquête, 8 % des personnes interrogées en Australie ont déclaré considérer que les changements climatiques ne sont pas du tout graves. Sr la photo : 20 000 étudiants australiens lors de la manifestation contre le changement climatique, le 15 mars 2019 à Sidney. Shutterstock

Dans quels pays se préoccupe-t-on le plus des changements climatiques ? Ce ne sont pas ceux que vous croyez…

Les résultats d’une nouvelle enquête menée dans 40 pays montrent que les changements climatiques préoccupent la plupart des gens. Dans la grande majorité des pays, moins de 3 % des personnes interrogées ont dit considérer qu’il ne s’agit pas du tout d’un problème grave.

Nous avons mené cette recherche pour le rapport annuel de l’Institut Reuters de l’Université d’Oxford sur les nouvelles numériques. Plus de 80 000 personnes ont été interrogées en ligne en janvier et en février 2020.

Près de sept personnes sur dix croient que les changements climatiques constituent « un problème très, ou extrêmement grave », mais l’on observe des différences marquées entre les pays. Le manque de préoccupation est beaucoup plus important aux États-Unis (12 %) ainsi qu’en Suède (9 %), pays d’origine de Greta Thunberg. Malgré la présence de feux de brousse dévastateurs au moment de notre enquête, 8 % des personnes interrogées en Australie ont déclaré considérer que les changements climatiques ne sont pas du tout graves. Les groupes les moins préoccupés sont généralement plus âgés et à droite.

Quatre des cinq pays avec le plus fort degré de préoccupation (de 85 à 90 %) sont situés dans l’hémisphère sud, soit le Chili, le Kenya, l’Afrique du Sud et les Philippines. Toutefois, dans les pays où le taux de pénétration d’Internet est faible, les gens plus aisés et instruits sont surreprésentés dans les échantillons de notre enquête en ligne.

Au Chili et au Kenya, presque tout le monde considère que les changements climatiques sont graves. Mais ce n’est pas le cas en Scandinavie ni aux Pays-Bas. Reuters Institute Digital News Report, Author provided

Une préoccupation en croissance

On peut être surpris de constater que les cinq pays les moins préoccupés sont situés en Europe occidentale. En Belgique, au Danemark, en Suède, en Norvège et aux Pays-Bas, seule la moitié (ou moins) des gens considère que les changements climatiques constituent un problème grave.

Comme c’est la première fois que l’on inclut des questions sur les changements climatiques dans le rapport de l’Institut Reuters, il est difficile de dégager des tendances historiques. Cependant, les résultats de 2015 du Pew Research Center basés sur des enquêtes menées dans 40 pays (avec des questions et des pays différents de ceux de notre étude) ont montré que 54 % des personnes interrogées pensaient que les changements climatiques étaient un problème « très grave ».

Il semble donc que les préoccupations relatives aux changements climatiques sont en croissance à l’échelle mondiale. Il y a certainement de fortes indications d’une augmentation dans certains pays. Aux États-Unis, en novembre 2019, deux Américains sur trois (66 %) se disaient au moins « quelque peu inquiets » du réchauffement climatique, soit une hausse de 10 points de pourcentage au cours des cinq dernières années.

Au Royaume-Uni, les données du centre CAST de l’Université de Cardiff montrent que la « préoccupation » concernant les changements climatiques a atteint son niveau le plus élevé enregistré en 2019. Les personnes interrogées ont mentionné les événements météorologiques extrêmes, les reportages des médias et une publicité accrue pour expliquer l’augmentation de leur inquiétude.

Dans notre enquête, tous pays et marchés confondus, ceux qui se disent de gauche ont tendance à se déclarer plus préoccupés. Ce résultat est davantage visible dans les sociétés très polarisées comme les États-Unis, où 89 % des personnes qui s’identifient comme étant de gauche affirment que les changements climatiques sont graves, contre seulement 18 % de celles qui se disent de droite.

Les gens de droite ont tendance à prendre moins au sérieux les changements climatiques, en particulier aux États-Unis et en Suède. Reuters Institute Digital News Report, Author provided

On retrouve un clivage semblable en Suède. Comme ce pays est largement considéré comme l’un des plus progressistes au monde, ces résultats nous ont étonnés, et nous avons demandé à Martin Hultman, chercheur en climatonégationnisme à l’Université Chalmers de Göteborg, ce qu’il en pensait.

« Ces données ne me surprennent pas, nous a-t-il écrit par courriel. Depuis 2010, la direction du parti politique les Démocrates de Suède, d’extrême droite, est opposée à toute politique de lutte contre les changements climatiques, y compris l’Accord de Paris.

Et nous savons que la diffusion d’idées et de discours négationnistes sur les changements climatiques est très répandue en Suède — notamment avec les médias numériques d’extrême droite qui publient des théories conspirationnistes au sujet de Greta Thunberg. »

Les informations télévisées en tête

Dans tous les pays, les gens disent accorder plus d’attention aux informations sur le climat diffusées à la télévision (35 %). Les sites d’information en ligne des grands organes de presse sont la deuxième source la plus populaire (15 %), suivie des médias spécialisés dans les questions climatiques (13 %), puis d’autres sources telles que les médias sociaux et les blogues (9 %).

Les données du Royaume-Uni, des États-Unis et de l’Australie correspondent en gros à ces préférences. Les journaux imprimés et la radio se trouvent loin au bas de la liste, avec environ 5 % des personnes interrogées qui ont déclaré que l’un d’eux était la source où ils puisaient le plus d’information. Au Chili, où le niveau de préoccupation est élevé, les médias spécialisés qui couvrent les questions climatiques (24 %) ainsi que les sources alternatives telles que les médias sociaux (17 %) sont presque aussi populaires que la télévision (26 %).

On remarque aussi des différences entre les groupes d’âge en ce qui concerne la consultation de nouvelles sur le climat. Les jeunes, particulièrement ceux de la génération Z (18-24 ans), ont davantage tendance à avoir recours à des sources alternatives (17 %) pour les informations sur les changements climatiques ainsi qu’à la télévision (23 %) et aux sites d’information en ligne des grands organes de presse (16 %). Les gens plus âgés, en revanche, dépendent surtout à la télévision (42 %) et utilisent moins les sites d’information en ligne (12 %) ou les sources telles que les médias sociaux (5 %).

Les personnes interrogées des deux côtés de l’échiquier politique critiquent les médias pour leur couverture des changements climatiques, la disant soit trop alarmiste, soit pas assez audacieuse. Cela dit, notre enquête montre que près de la moitié des sondés (47 %) pensent que les médias d’information font généralement un bon travail sur les changements climatiques, alors que 19 % pensent le contraire.

Cependant, ceux qui sont peu préoccupés sont beaucoup plus enclins à affirmer que les médias font du mauvais travail (46 %). Cela pourrait indiquer un manque de confiance dans la couverture des changements climatiques ou une perte de confiance plus générale dans les médias d’information.

This article was originally published in English

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