Les expériences d'apprentissage intégré au travail offrent aux jeunes des occasions pratiques d'appliquer les concepts appris en classe dans le monde réel. Bruce Mars/Unsplash, CC BY-NC-ND

Des bancs d'école au marché du travail: comment favoriser la transition

Les exigences en matière d’expérience de travail dont font mention les employeurs dans leurs affichages de postes sont difficiles à satisfaire ! Elles demeurent la grande impasse de la recherche d’emploi en début de carrière.

En effet, de nombreux employeurs à la recherche de candidats requièrent que ces derniers possèdent de l’expérience. Or, il est impossible d’acquérir de l’expérience si personne ne nous embauche.

Dans le cadre de mes recherches et de mes travaux connexes sur l’apprentissage informel en milieu de travail, l’obtention de qualifications et les carrières du 21e siècle, de même qu’au cours de la supervision de plus de 60 stages, j’ai pu constater la frustration et l’anxiété qu’éprouvent les étudiants qui tentent d’entrer dans le marché du travail ou de réorienter leur carrière.

Heureusement, de nombreux établissements d’enseignement postsecondaire offrent à leurs étudiants des programmes optionnels d’apprentissage en milieu de travail. La plupart de ces initiatives permettent d’acquérir une expérience utile qu’on peut ensuite inscrire dans un curriculum vitæ ou un portfolio. Des possibilités d’apprentissage similaires sont offertes par l’entremise de centres de services sociaux aux personnes qui ne fréquentent pas l’école.

Les expériences d’apprentissage en milieu de travail proposent aux stagiaires des occasions de mettre en pratique – en situation réelle – les concepts et les processus appris en classe. Ces expériences permettent en outre d’acquérir d’autres compétences, moins souvent traitées à l’école, mais tout aussi essentielles en milieu de travail, comme la communication interpersonnelle et la collaboration.

Le regretté Michael Eraut – chercheur britannique spécialiste des sciences de l’éducation – s’est intéressé à la façon dont les gens opèrent la transition entre l’école et le travail ainsi qu’à l’acquisition de compétences professionnelles. Il a noté que l’apprentissage réalisé dans le cadre d’un emploi complémente la matière apprise en classe.

La formation en milieu de travail permet aux apprentis de se familiariser avec le type de décisions qu’on doit prendre en situation professionnelle. Il leur permet en outre de côtoyer des employés chevronnés qui peuvent les conseiller à cet égard, tout en leur offrant la possibilité d’observer l’impact de la prise de telles décisions.

Les expériences d’apprentissage en milieu de travail

L’ampleur des possibilités et du soutien offert en milieu de travail varie d’un programme à l’autre. Les établissements d’enseignement jumellent étudiants et employeurs ; de nombreux établissements permettent en outre à leurs étudiants de leur proposer des stages, pourvu que ceux-ci répondent aux critères de l’établissement. Des universités et des collèges peuvent offrir une ou plusieurs catégories d’initiatives d’apprentissage en milieu de travail.

1. Stage

Le stage est un emploi temporaire qui offre la possibilité d’acquérir une expérience de travail, idéalement sous étroite supervision. Les établissements d’enseignement supérieur offrent deux types de stages.

Le stage d’observation consiste principalement à observer des professionnels faire leur travail, puis à faire un compte rendu de cette expérience. Par exemple, des étudiants en médecine peuvent accompagner des médecins dans leurs rondes auprès des patients ou encore, des étudiants de troisième année en enseignement primaire peuvent observer des professeurs dans leur classe.

Ce type de stage offre aux étudiants la possibilité de se familiariser avec le milieu de travail dans lequel ils sont appelés à évoluer, de prendre connaissance des défis quotidiens qu’ils devront relever et de discuter avec des professionnels de leur domaine. Les stagiaires obtiennent des crédits (dont l’octroi est habituellement conditionnel à la lecture de certains ouvrages et à la rédaction d’un compte rendu de leurs observations), mais ne sont pas rémunérés, étant donné qu’ils n’accomplissent aucune tâche productive.

Dans le cadre du stage pratique, les étudiants travaillent à des projets réels pour le compte de vraies entreprises, où ils ont l’occasion d’appliquer les compétences acquises en classe. Les étudiants obtiennent généralement des crédits dont l’octroi est conditionnel à la lecture de certains ouvrages et à la rédaction d’un compte rendu de leurs apprentissages. Vu que ces stagiaires exécutent des tâches productives dont tire profit l’employeur, ils sont alors rémunérés pour leur travail.

2. Programme d’apprentissage

Dans un programme d’apprentissage, un nouvel employé travaille en compagnie d’un employé plus expérimenté. En général, le programme d’apprentissage est plus long que le stage, certains programmes pouvant durer de un à quatre ans. Plus fréquente en contexte de formation professionnelle que de parcours universitaire, cette forme d’apprentissage en milieu de travail présente des caractéristiques propres aux deux types de stages décrits plus haut.

Au cours des premières étapes du programme, l’apprenti observe l’employé expérimenté faire son travail. Puis, il se voit progressivement confier des tâches jusqu’à assumer l’entière responsabilité du travail. L’apprenti est généralement rémunéré, mais à salaire moindre en raison de son statut.

L’apprenti observe d’abord l’employé expérimenté faire son travail, puis se voit peu à peu confier des tâches jusqu’à assumer l’entière responsabilité du travail. (Shutterstock)

3. Enseignement coopératif

L’enseignement coopératif est une expérience d’apprentissage en milieu de travail au cours de laquelle les étudiants ont généralement la possibilité de prolonger sur deux ans leur dernière année d’études au premier cycle et d’alterner entre trimestres d’études et de stage.

Certains étudiants travaillent pour le même employeur durant tous leurs trimestres de stage, alors que d’autres ont un employeur différent à chaque stage. Bien que l’enseignement coopératif soit populaire en génie et en gestion depuis de nombreuses années, des formules de ce type sont maintenant offertes aux étudiants dans nombre de domaines, y compris la rédaction professionnelle et la gestion des arts.

Étant donné que l’étudiant qui participe à une initiative coop est considéré comme un employé productif, son travail est rémunéré. Toutefois, puisque l’étudiant – d’un point de vue technique – n’est inscrit à aucun cours durant son trimestre de stage, il ne reçoit aucun crédit. Son expérience coop figure alors sur un relevé d’activités parascolaires et de cours non crédités.

4. Apprentissage par le service

L’apprentissage par le service donne aux étudiants la possibilité de travailler à des projets réels dans le cadre de leurs cours réguliers, habituellement pour des organismes à but non lucratif (OBNL).

Dans les établissements d’enseignement qui soutiennent l’apprentissage par le service, c’est aux enseignants de décider d’inclure ou non une expérience d’apprentissage communautaire dans leur cours et, le cas échéant, de la forme que prendra cette composante. Les initiatives d’apprentissage par le service font partie intégrante des cours et, par conséquent, donne droit à des crédits. Les enseignants décident de la proportion dans laquelle le volet apprentissage contribue à la note finale.

Étant donné que les étudiants œuvrent à des projets pour le compte d’OBNL, ils ne sont généralement pas rémunérés, mais peuvent inclure cette expérience de travail dans leur curriculum vitæ ou leur portfolio pour le présenter à de futurs employeurs.

Tirer profit de l’apprentissage en milieu de travail

Il est recommandé aux étudiants de :

  1. Demander une rétroaction au superviseur et y répondre. Ces commentaires permettent aux stagiaires d’obtenir de l’information importante sur leur rendement et les aspects qu’ils doivent améliorer.

  2. Tenir un registre d’apprentissage (peu importe la forme) et tenter de tirer un avantage véritable de la rédaction des comptes rendus à produire dans le cadre de la formation. Quelles sont les leçons à tirer de cette expérience ? Quelles questions demeurent en suspens ? De quelle manière des situations similaires pourraient-elles être gérées à l’avenir ?

  3. Lire la documentation spécialisée, telle que les nouvelles sur l’industrie, les revues et les journaux spécialisés dans leur discipline, étant donné que ces ressources clarifient les expériences vécues en milieu de travail et procurent une meilleure vue d’ensemble.

  4. Maintenir un comportement exemplaire : les possibilités d’embauche sont réelles. Les stages, les programmes d’apprentissage et les initiatives d’enseignement coopératif permettent aux employeurs de mettre des candidats à l’essai avant de s’engager à plus long terme.

De l’aveu général, certains employeurs ne sont pas en mesure de poursuivre la relation une fois l’expérience d’apprentissage terminée. Mais beaucoup le sont, et décident de présenter une offre aux stagiaires ou aux étudiants. De tous les stagiaires que j’ai supervisés entre 2003 et 2019, plus de la moitié ont reçu une offre de l’employeur où leur stage s’est déroulé. Les autres ont trouvé un emploi à peine un ou deux mois après avoir terminé leur programme.

L’apprentissage en milieu de travail permet d’acquérir une première expérience professionnelle précieuse qu’il est possible d’ajouter à son curriculum vitæ, tout en facilitant la transition de l’école au travail.

This article was originally published in English

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