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Donald Trump ou la stratégie du plébiscite

Donald Trump prononce son discours d'acceptation de l'investiture du Parti républicain lors de la dernière journée de la Convention nationale républicaine, devant la Maison Blanche à Washington, DC, le 27 août 2020. Brendan Smialowski/AFP

Un référendum pour ou contre Trump. Voilà l’alternative que le président-candidat propose à l’électorat américain le 3 novembre prochain. C’est donc un style politique et un projet de société, plus qu’un programme, qui sont soumis au vote.

La convention républicaine qui vient de s’achever a été qualifiée par le Washington Post de « moment de divertissement pour les fans » de Trump. Mais au-delà du show de téléréalité à la gloire du président en exercice, la séquence qui s’achève est riche d’enseignements sur le fond.

Le parti de Trump

D’une part, le parti républicain est en ordre de bataille derrière Trump, lequel est parvenu, en un peu plus de trois ans, à en faire une organisation plébiscitaire – ce qui n’était pas gagné en 2016. On assiste presque à un culte du chef, et les quelques voix discordantes parmi les leaders du parti sont peu audibles.

Cela ne signifie pas que l’ensemble des sympathisants républicains adhèrent à l’action et à la communication de Trump – comme l’illustre par exemple le Lincoln Project –, mais au plus haut niveau de responsabilité (sénateurs, représentants, cadres du parti, etc.), tout le monde est rentré dans le rang. En témoigne en particulier le fait que le parti n’a pas rédigé de nouvelle « plateforme », autrement dit de programme, en vue de l’élection du 3 novembre, comme c’est l’usage. Il s’est contenté de reprendre celle de 2016 en la mettant au goût du jour de la Covid-19 (« trouver un vaccin avant la fin de 2020 », « créer dix millions d’emplois en dix mois », etc.).

Trump aura donc réussi le tour de force de faire du Grand Old Party « son » parti, et il y sera parvenu non par son pouvoir de conviction quant à un agenda novateur ou visionnaire, mais par la menace et la peur. Insultes sur Twitter, campagne de dénigrement en circonscription, possibilité de se voir opposé·e, dans les primaires, un·e candidat·e plus à droite… Le risque d’être décrédibilisé·e par un président auquel n’aurait pas été assurée une loyauté totale en a dissuadé plus d’un·e de le critiquer publiquement, voire d’afficher une simple divergence.

Le président américain Donald Trump s’entretient avec le leader de la majorité républicaine au Sénat Mitch McConnell (au milieu), et le leader de la minorité républicaine à la Chambre Kevin McCarthy, dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, DC, le 20 juillet 2020. Jim Watson/AFP

D’autre part, si le programme reste évasif, le projet de société, lui, est inchangé. Comme en 2016, il fait référence avant tout à la sécurité et à l’identité menacée de la nation. Lorsque Donald Trump affirme que Joe Biden et les démocrates mettront en péril l’American way of life, il s’adresse à une partie du pays bien précise : celle qui a peur du changement démographique et de l’immigration, qui est attachée au libre port d’armes, qui rejette les régulations économiques pour préserver l’environnement et les politiques sociales (sauf Medicare car cette Amérique-là en bénéficie), qui redoute le féminisme et l’anti-racisme. Une Amérique blanche et patriarcale mythifiée, telle qu’elle a peut-être existé dans les années 1950.

L’Amérique plurielle vs l’Amérique de Trump

Mais les États-Unis de 2020 ne s’y résument pas. Les États-Unis de 2020 sont une société plus multiculturelle que jamais, sensible en grande partie (y compris chez les républicains, sans parler des indépendants) au racisme systémique et aux revendications de #MeToo, et qui vit quotidiennement les effets du dérèglement climatique (assèchement des fleuves, ouragans, sècheresse).

Parmi les seniors de plus de 65 ans, quel que soit le bord politique, la gestion de la Covid-19 par le président est jugée majoritairement mauvaise. Quant à l’électorat féminin conservateur, il s’est beaucoup détourné de Trump dès les élections de mi-mandat de novembre 2018, au point que le fossé qui sépare aujourd’hui Biden de Trump dans les enquêtes d’opinion atteint 20, voire 25 points parmi les femmes (toutes catégories sociales et origines confondues), ce qui est considérable (il est de 10 à 15 points chez les hommes, au profit de Trump).

Le vote Trump sera-t-il genré ? Sans aucun doute. Le président a construit un pouvoir viriliste dans le style, la communication et l’iconographie autant que dans l’agenda social, sanitaire, économique et diplomatique. C’est un parti pris assumé, mais risqué.

Aux attaques de Trump – qui le qualifie de « Sleepy Joe » et de marionnette des socialistes et des anarchistes –, Biden a répliqué sur Twitter en ces termes : « Donald Trump n’a pas construit de mur autour de l’Amérique, le monde a érigé un mur autour de nous. » Ou encore : « Donald Trump dit : “Vous ne serez pas en sécurité dans l’Amérique de Joe Biden”. Mais les vidéos que l’on voit aujourd’hui sont enregistrées dans l’Amérique de Donald Trump. » Il a réitéré ces propos dans son discours du 31 août, fustigeant un “président toxique” et défendant une Amérique “safe”.

Il fait allusion aux images des manifestations contre le meurtre de George Floyd et les graves blessures infligées – là aussi par un policier – à Jacob Blake, ainsi qu’à celles montrant un militant d’extrême droite de 17 ans, Kyle Rittenhouse, qui a tué deux manifestants avec sa carabine. Mais pour Trump, cette Amérique-là n’existe pas. Les Noirs sont décrits avant tout comme des délinquants menaçant la sécurité des quartiers résidentiels blancs, jamais comme les victimes de violences policières et de discriminations.

Le gardien de la civilisation occidentale

Depuis la Maison Blanche, transformée en QG de campagne le temps d’une soirée dont l’apothéose a été un feu d’artifice projetant « Trump 2020 » au-dessus du Washington Monument, le président a, devant un parterre d’invités blancs rarement masqués et ne respectant pas la distanciation sociale, une nouvelle fois fait sien le slogan de Richard Nixon victorieux en 1968, « Law and order ». Le clan Trump reste sourd aux demandes d’égalité et de dignité exprimées notamment par plusieurs équipes et sportifs célèbres ces derniers jours. Il n’a cessé de proférer mensonges et contrevérités pendant les quatre jours de la convention. Ce qui compte, pour lui, c’est d’imposer un récit alternant pessimisme et optimisme, et composé de trois séquences : l’Amérique sera « assiégée de l’intérieur » si les démocrates gagnent ; ces derniers sont des extrémistes de gauche ; Trump est le gardien de la civilisation occidentale et donc l’homme providentiel.

Comme en 2016, il se présente par ailleurs comme l’outsider de cette élection, un homme situé en dehors d’un « establishment » dont il est pourtant devenu le pilier.

À cela s’ajoute l’accusation répétée selon laquelle les démocrates vont essayer de truquer l’élection… qu’il résume à un référendum pour ou contre lui et dont le résultat risque fort de n’être pas connu le 3 novembre au soir, compte tenu des délais de réception des bulletins de vote envoyés par la poste, dont le nombre pourrait bien atteindre un record cette année. Le suspense est donc loin d’être terminé.

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