D’une COP à l’autre, l’important c’est le timing !

Le site de la COP23 à Bonn en Allemagne. Patrik Stollarz/AFP

« Même heure l’année prochaine ». La récente COP23 s’est achevée en nous laissant sur notre faim. À Bonn, le programme fut chargé, tant et si bien qu’une grande partie des questions qui devaient être débattues ne l’ont pas été. Rendez-vous à la COP24 !

Un bilan très mitigé, donc, voire décevant pour certains, les deux grands sujets à l’ordre du jour – le financement de l’adaptation et les « pertes et dommages » – n’ayant pas été tranchés. Mais la présidence de la COP23 a tenu a conclure sur une note d’espoir en rappelant que « Nous sommes tous dans le même bateau ».

Ce bateau, qui doit nous emmener en Pologne en 2018 pour la COP24, arrivera-t-il à bon port ? Ou s’agit-il plutôt d’une barque qui risque de couler en plein voyage ?

La logique des rendez-vous

L’Accord de Paris, conclu à la COP21 en décembre 2015, puise sa force et son succès dans le timing qu’il établit en s’appuyant sur des rendez-vous réguliers.

Ces rencontres successives « obligent » les pays signataires à se revoir et à témoigner de leurs efforts pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et ainsi tenter de limiter la hausse globale des températures sous la barre des 2 °C d’ici à 2100. L’obligation étayée par ces rendez-vous est bien là, faisant office d’une « nouvelle normativité ».

Mais on assiste aussi à un certain « atermoiement » face à des décisions climatiques politiquement fortes ; cela s’explique pour deux raisons. Premièrement, avant fin 2018, rien n’oblige juridiquement les signataires à agir. En second lieu, il existe une certaine forme de « procrastination », les agendas politiques des États correspondant assez rarement à ceux du climat. Pour autant, des avancées ont été réalisées à Bonn.

Des avancées

Parmi ces avancées, citons l’accord conclu autour d’un texte posant les règles à suivre pour la mise en œuvre effective de l’Accord de Paris ; et c’est ce texte qui structure le « Dialogue de Talanoa » (mot traditionnel venant du fidjien tala, « raconter » et noa, « librement », « pour désigner un processus de dialogue, inclusif, participatif et transparent »). Approuvé au petit matin du 18 novembre par plus de deux cents pays, ce nouveau texte a été salué par le premier ministre fidjien comme le moment Bula (« bonjour » en fidjien) de la COP.

Les pays en voie de développement auront également réussi à ce que le Fonds d’adaptation prévu par le Protocole de Kyoto soit maintenu au sein de l’Accord de Paris. Ils ont également obtenu que les pays développés présentent un rapport transparent et détaillé relatif aux sommes d’argent qu’ils comptent apporter jusqu’en 2020 pour soutenir l’adaptation des zones les plus vulnérables face aux changements climatiques.

Les pays du Sud voulaient s’assurer ainsi que le principe des « responsabilités communes mais différenciées », pierre angulaire du système normatif climatique international depuis la Convention-cadre de Rio en 1992, serait toujours respecté et deviendrait enfin opérationnel.

Ce que les pays en voie de développent avaient obtenu avec l’Accord de Paris, c’est qu’une « justice climatique » soit instaurée et que les principaux responsables du changement climatique remplissent leurs engagements dans la seconde phase du Protocole de Kyoto, jusqu’en 2020. Cela fait, ces pays pourraient alors tenir leurs propres engagements à partir de 2020, rendant ainsi l’Accord de Paris effectif. La COP23 a entériné ce timing.

La COP23 avait également dans ses cartons le « Dialogue de Talanoa » dont l’objectif est que les pays rendent des comptes lors de la prochaine conférence climatique sur la manière dont ils vont revoir à la hausse leurs ambitions concernant leurs engagements nationaux de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Les dernières études montrent en effet que l’objectif des 2 °C paraît de plus en plus éloigné. Ce dialogue, fondé sur le « partage d’histoires et expériences », vise à construire une confiance mutuelle dans le respect. La question est de savoir si ces bonnes intentions lancées par les petites îles pourront relancer la dynamique de l’Accord de Paris.

Cap sur la COP24

Avec la COP24 en vue, 2018 sera une année intense en travail avec deux chantiers au programme. Le mécanisme de « pertes et dommages » et le financement des pays développés pour aider les pays en voie de développement. À la question de savoir qui paiera, combien et comment, la COP23 n’a pas su, pu ou voulu répondre ; En 2018, il faudra trouver des réponses.

On pourrait légitimement se demander pourquoi la question du financement n’a pas pu être résolue à Bonn. Les pays en voie de développement ont exigé tout le long de la COP23 que les pays développés indiquent, deux ans avant l’échéance de 2020, à quelle hauteur ils pourraient contribuer au financement et à quelles échéances.

L’Union européenne n’est pas tant à blâmer que les États-Unis, l’Australie ou le Japon. Et l’on peut aisément comprendre pourquoi ces pays ont été incapables de s’engager au-delà de 2020. La sortie des États-Unis de l’Accord de Paris, annoncé par Washington en juin 2017, a créé un climat de défiance, pour ne pas dire de véritable incertitude, chez ses partenaires commerciaux. Avec cette sortie, on note un certain ralentissement des négociations.

De nouveaux acteurs

La COP23 marque malgré tout un incontestable changement de paradigme ; celui-ci concerne de « nouvelles forces émergentes » négociatrices. La conférence a en effet permis aux acteurs de la société civile, qui ne participaient pas aux négociations, d’être présents… dans un pavillon beaucoup plus vivant et attractif que le pavillon des négociateurs !

Le pavillon « Bonn » a ainsi rassemblé, deux semaines durant, des forces propositionnelles remarquables. Villes, ONG, mais aussi chercheurs et entreprises se sont retrouvés pour échanger, proposer, montrant ainsi aux négociateurs que la construction d’un régime climatique ne pourrait pas se faire sans seuls.

L’énergie de ces acteurs non-négociateurs montre bien que le modèle « ancien » des négociations internationales climatiques est en train de changer et que, pour le prochain rendez-vous de en 2018 en Pologne, il faudra les inclure en tenant compte de leurs attentes, de plus en plus globales, de plus en plus sociales.

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