Le stress chronique peut causer de l’inflammation et engendrer des symptômes physiques ainsi que des problèmes de santé mentale. Shutterstock

Étranges symptômes durant la pandémie ? C’est le stress, pas la Covid-19 !

Depuis les débuts de la pandémie de Covid-19, vous êtes-vous demandé pourquoi vous aviez plus souvent mal à la tête ? Ou au ventre ? Des démangeaisons ou des boutons ? Pourquoi vos règles sont-elles irrégulières ou plus douloureuses que d’habitude ? Des recherches scientifiques récentes indiquent qu’il pourrait s’agir de réactions biologiques du corps au stress.

Notre système biologique de réponse au stress — l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS) — a évolué il y a des centaines de millions d’années pour aider nos ancêtres vertébrés à mobiliser rapidement de l’énergie pour faire face à des événements mettant leur vie en danger, comme des attaques de prédateurs. À court terme, ce système est d’une efficacité redoutable et s’avère essentiel pour la survie.

Le problème de notre situation actuelle est qu’elle dure depuis des mois et qu’on n’en entrevoit toujours pas la fin. Le stress chronique place l’axe HHS en hyperactivité, avec des effets qui se répercutent dans tout le corps. Ses symptômes peuvent même rajouter une source de stress. En comprenant pourquoi notre organisme réagit de cette manière, on pourra élaborer des stratégies pour empêcher le stress de s’installer.

La réponse biologique au stress

Lorsque les animaux perçoivent une menace dans leur environnement, l’axe HHS stimule leurs glandes surrénales pour qu’elles libèrent une hormone appelée cortisol. Le cortisol contribue, avec l’adrénaline, à pomper l’oxygène vers les muscles les plus importants pour permettre à l’animal de combattre ou de fuir.

La réponse au stress chez l’humain est censée aider à faire face aux menaces à court terme, comme les attaques de prédateurs, et non au stress chronique engendré par des événements comme la pandémie de Covid-19. Shutterstock

La réaction « de lutte ou de fuite » produit des symptômes physiques tels que des palpitations cardiaques et une oppression thoracique (le cœur pompe de l’oxygène vers les principaux muscles) ainsi que des papillons dans l’estomac, des nausées et des picotements (le sang quitte l’estomac et les extrémités pour atteindre les muscles plus importants).

L’axe HHS interagit également avec le système immunitaire pour gérer la suite des choses. Le cortisol est un puissant anti-inflammatoire qui se lie à un grand nombre de récepteurs de la peau afin d’aider à réparer les blessures et à combattre les infections.

L’axe HHS ne voit pas de différence entre la menace mortelle que représente l’attaque d’un prédateur et les facteurs de stress modernes. Ainsi, au début de la pandémie, si votre estomac tressaillait ou que vous sentiez votre cœur battre la chamade en lisant les informations sur l’augmentation des cas de Covid-19, votre corps faisait ce pour quoi il a été programmé même si, à ce moment-là, vous n’étiez pas devant un danger physique imminent.

Le problème du stress chronique

Le stress chronique peut entraîner de l’inflammation, qui à son tour peut engendrer des symptômes physiques aussi bien que des symptômes psychologiques. Piqsels

L’attaque d’un prédateur est limitée dans le temps. La pandémie de Covid-19, pour sa part, dure depuis des semaines et peut causer de l’isolement social, de l’insécurité professionnelle ou financière ainsi qu’une augmentation des responsabilités familiales. Malheureusement, tout ce que fait l’axe HHS, c’est de sécréter des hormones de stress lorsqu’on perçoit une menace dans son environnement. Ainsi, si l’on se croit devant une menace constante, l’axe HHS produira continuellement ces substances.

L’un des effets les plus importants de la libération prolongée de cortisol est la résistance aux glucocorticoïdes. Les cellules du système immunitaire deviennent alors moins sensibles aux effets anti-inflammatoires du cortisol. En conséquence, le cortisol engendre une augmentation de l’inflammation dans le corps et le cerveau.

Vos démangeaisons et vos éruptions cutanées ? Il est possible que les récepteurs de cortisol de votre peau ne soient plus réceptifs aux effets anti-inflammatoires du cortisol et que soient produites des substances chimiques qui enflamment la peau.

Vos maux de tête ou d’estomac ? Vos règles douloureuses ? Tous ces symptômes peuvent également être le résultat d’une inflammation de systèmes d’organes causée par une activation chronique de l’axe HHS.

Même des symptômes psychologiques, tels que les sentiments de dépression ou de solitude, peuvent être liés à la libération de substances chimiques pro-inflammatoires engendrée par le stress chronique.

Contrôler sa réponse au stress

Une bonne partie de ce qui est perçu comme stressant au quotidien n’est pas liée au risque de contracter le virus de la Covid-19, mais plutôt aux changements que nous avons dû apporter à notre vie. Le travail à domicile, ou la perte de travail, a perturbé nos horaires de sommeil, d’alimentation et d’activité qui régulent notre horloge circadienne interne. Le fait de rester à l’intérieur diminue notre niveau d’activité et d’exercices. De nombreuses personnes, en particulier celles qui vivent seules, se sont retrouvées isolées de leurs amis et de leurs proches.

La perturbation de la routine circadienne, le manque d’exercice et l’isolement social sont considérés comme liés à la dysrégulation des systèmes de stress et immunitaires de l’organisme, ainsi qu’à la libération de substances pro-inflammatoires dans le corps et le cerveau.

La distanciation physique pendant la pandémie ne devrait pas engendrer une perte de contact avec les proches. Unsplash

Heureusement, il suffit de petits changements positifs pour obtenir une grande réduction du stress. Le fait de maintenir une routine en allant au lit, en se levant et en mangeant à des heures régulières chaque jour favorise un fonctionnement sain de l’axe HHS et du système immunitaire, ce qui est lié à une meilleure santé générale. Il suffit d’une vingtaine de minutes d’exercices modérés, ce qui peut inclure des vidéos d’entraînement dans la maison ou du jogging dans le quartier, pour réduire l’inflammation et améliorer son humeur.

Enfin, parler régulièrement avec des proches, même à quelques mètres de distance ou à l’aide d’un appareil de communication, est excellent pour se protéger des effets biologiques et psychologiques du stress. N’oubliez pas que nous sommes tous dans le même bateau !

This article was originally published in English

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