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Fact check US : L’Amérique s’est-elle appauvrie sous la présidence de Donald Trump, comme le dit Joe Biden ?

Une banque alimentaire dans le Bronx
Une banque alimentaire installée à l'entrée d'une église du Bronx, à New York. Ce quartier est l'un des plus touchés par la pandémie : le taux de mortalité y est le plus élevé de la ville et le taux de chômage y atteint officiellement 21 %. Spencer Platt/Getty Images/AFP

Lors du premier débat télévisé de la campagne présidentielle et à plusieurs reprises ces derniers mois, Joe Biden a déclaré que « les États-Unis étaient devenus plus pauvres, plus faibles et plus violents » sous la présidence de Donald Trump.

Ses propos sur la pauvreté sont basés sur une étude de chercheurs de l’université de Columbia qui analysent et modélisent le taux de pauvreté par mois de familles américaines avant, pendant et après la pandémie de Covid-19. Leurs conclusions sont que le taux de pauvreté mensuel passerait de 15 % à 16,7 % de février à septembre 2020, même dans les meilleurs scénarios. Autrement dit, la pauvreté augmenterait, et elle augmenterait considérablement comparativement au début du mandat de Donald Trump, en janvier 2017, en raison d’une situation sanitaire inédite qui fragilise toutes les nations.

Des définitions plurielles de la pauvreté

Mais il est nécessaire de rappeler que la définition de la pauvreté ne fait pas l’unanimité auprès de la communauté internationale. En effet, les deux organisations internationales majeures de lutte contre la pauvreté, la Banque mondiale (BM) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) s’accordent sur les causes de la pauvreté mais divergent sur sa définition même. La première adopte une approche monétaire de la pauvreté : elle se focalise sur le niveau de revenu nécessaire pour assurer la survie des individus. La pauvreté monétaire est caractérisée par un niveau de consommation inférieur à 1,90 dollar par jour. La deuxième, le PNUD, se réfère à trois notions : la pauvreté extrême, se matérialisant par l’absence de revenus nécessaires pour satisfaire les besoins alimentaires essentiels définis sur la base de besoins caloriques minimaux (1 800 calories par jour et par personne selon l’OMS) ; la pauvreté générale qui concerne les besoins essentiels non alimentaires ; et la pauvreté humaine qui porte sur des indicateurs tels que l’analphabétisme, la mauvaise santé maternelle, des maladies pouvant être évitées, etc.

On retiendra que le point commun entre ces définitions est l’accès aux ressources : plus il y aura de ressources, moins il y aura de pauvreté. En se basant sur ces définitions plurielles, observons donc l’évolution de la pauvreté sous le mandat de Donald Trump.

Quand Donald Trump prend ses fonctions, l’économie en phase d’expansion

Revenons d’abord sur l’état du pays quand il arrive au pouvoir. Le chômage a augmenté de façon spectaculaire pendant la crise financière de 2008, à la fin du mandat de George W. Bush et au début des mandats de Barack Obama, avant de baisser régulièrement à partir de 2012. Qui dit chômage dit diminution des ressources.

Le bilan de Barack Obama a été noirci par le renchérissement du système de santé, la montée de la pauvreté liée à la crise économique dont il héritait (3,3 millions d’individus supplémentaires sont touchés) et l’épidémie de drogues qui frappait les zones rurales. Les inégalités se sont creusées. La pauvreté a touché tous les groupes démographiques mais en particulier les Afro-Américains, dix fois plus pauvres que les Blancs américains. Et l’espérance de vie des plus pauvres a baissé (suicide, overdose, alcoolisme, banditisme, etc.).

L’évolution de la courbe du chômage après la crise de 2008. Stastita

Quand le président Trump prend ses fonctions en janvier 2017, l’économie américaine a été remise sur des rails, la reprise est là. Le pays est entré dans période d’expansion décrite comme la plus longue de son histoire. En décembre 2019, le taux de chômage est de 3,5 %, soit le plus bas depuis un demi-siècle. Malgré cela, cette même année 2019, les États-Unis sont classés au quatrième rang des pays de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) selon leur taux de pauvreté, qui y avoisine les 18 %. En parallèle, l’insécurité alimentaire touche alors plus d’un Américain sur dix et 37 millions d’Américains utilisent le programme fédéral d’aide alimentaire pour les pauvres. Cette précarité s’explique notamment par le fait que la moitié des ménages américains ne disposent pas de l’épargne suffisante pour faire face à des dépenses imprévues.

Le creusement des inégalités, à la défaveur des minorités

Dans ce contexte, quel est l’impact de la pandémie de Covid-19 ? D’après une étude de l’Urban institute, l’augmentation de la pauvreté aux États-Unis en 2020 ne toucherait pas les Américains de manière égale. Dans les ménages où au moins une personne a perdu son emploi à cause de la crise sanitaire, le taux de pauvreté entre août et décembre 2020 est estimé à 15,6 %, contre un taux annuel projeté de 9,1 %. Les familles afro-américaines et hispaniques qui auraient perdu au moins un emploi seraient touchées de manière disproportionnée. Le taux de pauvreté dans ces communautés serait proche de 20 % entre août et décembre 2020, creusant un peu plus les disparités.

En mars 2020, en raison de la crise sanitaire, le taux de chômage explose. Bureau of Labor Statistics

D’après les prévisions de Feeding America,le plus grand réseau de banques alimentaires des États-Unis, près d’une personne sur six serait victime d’insécurité alimentaire, dont 18 millions d’enfants en 2020. L’organisation rapporte que 98 % de ses points de distribution ont été davantage sollicités depuis le début de la crise sanitaire en mars 2020 et que 37 % d’entre eux déclarent faire face à un manque immédiat de ressources. L’étude sur laquelle s’est basé Joe Biden stipule également que l’augmentation des taux de pauvreté serait plus marquée pour les Afro-Américains et les Hispaniques, ainsi que pour les enfants.

Les aides et allocations de chômage prévus dans le cadre de la loi CARES, plan de relance voté en mars 2020, ont permis à plus de 18 millions de personnes de sortir de la pauvreté mensuelle en avril, mais ce nombre est tombé à environ 4 millions d’individus en août et septembre après l’expiration du supplément d’aide aux chômeurs. En raison de la non-reconduction de ces mesures, le taux de pauvreté mensuel en septembre 2020 est donc au plus haut depuis le début de l’année.

Proportionnellement à l’enrichissement qu’elle a connu au début du mandat Trump, l’Amérique est bel et bien plus pauvre en fin de mandat. Ayant rongé ses filets de sécurité sociale, le pays ne dispose pas de leviers cruciaux de lutte contre la pauvreté, au moment où une crise sanitaire sans précédent la fait flamber.


Ce Fact check a été réalisé en collaboration avec Ons Kaabia, Université de Sousse, Faculté de Médecine Farhat Hached Sousse, et avec Laura Alliche et Paul Boyer de l’École publique de journalisme de l'Université de Tours (EPJT) .

La rubrique Fact check US a reçu le soutien de Craig Newmark Philanthropies, une fondation américaine qui lutte contre la désinformation.

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