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Des ouvriers traversent un haut échafaudage sur un chantier de construction. La crise actuelle fait ressortir l’importance des aspects sociaux et environnementaux liés à tout grand projet d’infrastructures. La Presse Canadienne/Paul Chiasson

Il faudra penser autrement les infrastructures dans l’après-Covid

Le gouvernement québécois envisage la relance économique post Covid-19 par des investissements importants dans les infrastructures. Celles-ci sont essentielles à notre prospérité économique, mais la crise de la Covid-19 a aussi révélé leur fragilité.

Notre groupe de recherche, Kheops, a comme mission de développer un savoir de pointe sur la gouvernance des grands projets. Nos travaux en cours sur l’intégration des bénéfices non financiers soulignent l’importance d’inclure des préoccupations sociales et environnementales dans tout projet d’infrastructure.

La relance par les infrastructures

Le Plan québécois des infrastructures du gouvernement du Québec prévoit des dépenses qui totaliseront 130 milliards de dollars sur 10 ans. Les secteurs concernés sont très variés : infrastructures de la santé, évidemment, mais aussi infrastructures numériques, de transport collectif, routières et autres. Les premières initiatives de déconfinement leur ont donné à juste titre priorité, ciblant les chantiers comme premier secteur économique à réouvrir.

Le Québec n’est pas le seul à miser sur des investissements importants dans les infrastructures. Nombres de pays dans le monde, pour ne citer que l’Allemagne et les États-Unis, en font autant.

Des projets au service des communautés

Cependant, la crise actuelle a fait ressortir l’importance des aspects sociaux et environnementaux liés à tout grand projet d’infrastructures. La lutte contre le ralentissement économique exacerbe l’importance des bénéfices autres que financiers inhérents à ces projets, qu’ils soient environnementaux, sociaux, sociétaux ou sanitaires.

Par exemple, on constate que plusieurs infrastructures qui accueillent nos aînées sont désuètes. Les investissements pour mettre à niveau ces infrastructures doivent permettre également de créer un environnement sécuritaire qui prévoit une mobilité fonctionnelle des résidents et des employés. Aux indicateurs financiers de performance doivent s’ajouter des mesures de l’efficacité du bâtiment, du nombre adéquat de personnels soignants, de l’efficacité du chauffage, de la climatisation et des systèmes d’aération. Ces indicateurs peuvent faire une différence dans la qualité de vie et la sécurité des aînés.


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Selon un article de Marie-Claude Élie-Morin publié dans la Revue Nouveau Projet, « La résilience renvoie à l’aptitude des individus à traverser les crises et à en ressortir plus forts, et à la capacité des systèmes – nos villes et infrastructures, par exemple – à maintenir leurs principales fonctions malgré les chocs, même si cela implique une réorganisation interne ».

Les infrastructures doivent être résilientes et la prise en compte des bénéfices non financiers est essentielle pour ce faire. Un changement de paradigme est en opération quant à la valorisation des infrastructures. Mais accepterons-nous la transformation requise pour que nos infrastructures répondent mieux au bien-être de la société ?

Tenir compte des bénéfices non financiers

Une profonde remise en question de la gouvernance, de la conception et de l’exécution de nos grands projets doit être amorcée du côté des décideurs et des acteurs clés du secteur des infrastructures. Il importe de saisir cette occasion pour penser autrement nos grands projets.

Avec la pandémie, une sécurité sanitaire additionnelle est requise sur les chantiers et des dimensions sociales doivent être davantage prises en compte, exigeant de revoir les coûts et les délais de livraison des projets. Ceci implique nécessairement d’intégrer des changements pour une meilleure gouvernance et une meilleure gestion des impacts environnementaux et sociaux de ces projets. Cependant, il est parfois difficile de réconcilier ces enjeux économiques avec des enjeux de santé et sociaux.

C’est pourquoi il faut changer le modèle traditionnel d’évaluation du succès d’un projet et passer du « Bien faire un projet » (coûts, délais, qualité) à « Faire le bon projet » (comportant des gains sociaux, environnementaux ou en matière de santé). Pour cela, un effort concerté de l’ensemble des partenaires d’un projet d’infrastructure, et non seulement des promoteurs, est nécessaire.

Les gens se déplacent sur l'avenue Mont-Royal qui a été transformée en voie piétonne pour faciliter la distanciation sociale en raison de la pandémie de Covid-19, le 23 septembre à Montréal. La Presse Canadienne/Ryan Remiorz

Gouvernance et résilience

Allons-nous apprendre et changer ? Allons-nous pouvoir nous réorganiser pour assurer que nos infrastructures répondent mieux au bien-être de la société ?

Prenons à nouveau l’exemple de la construction anticipée par le Premier Ministre Legault, de maisons des aînées. Comment pourrons-nous réellement assurer que ces unités de vie soient sécuritaires, répondent aux besoins en soins, soient des environnements de travail accueillants et qui résistent mieux aux crises sanitaires futures ?

Les récents résultats de nos travaux de recherche sur la gouvernance des grands projets d’infrastructure nous invitent à formuler un appel aux décideurs, aux communautés responsables de la conception, de la réfection et de la réalisation de nos infrastructures de demain : un changement de paradigme est nécessaire. Et il doit inclure dans la gouvernance des projets les « bons » paramètres de la résilience.

En cela, les infrastructures ne peuvent plus être pensées uniquement en fonction des bénéfices financiers qu’elles pourront générer. Les bénéfices non financiers doivent tout autant faire partie de l’équation. Bien-être de la population, recyclage et réutilisation de matériaux, création d’environnements de travail favorables et sécuritaires, amélioration des services à la clientèle par l’innovation, voici quelques exemples de bénéfices non financiers à intégrer à la gouvernance et à la gestion de nos grands projets d’infrastructure, selon nos recherches.

Favoriser la santé collective

Les infrastructures sont des biens communs, c’est-à-dire des services essentiels qui favorisent l’accès à la santé, à l’éducation, à l’énergie, dans certains cas à l’eau potable, à l’hygiène, à l’égalité des genres.

Elles ont un rôle clé à jouer dans la résolution des problèmes liés au développement durable (DD) ou à la lutte contre les changements climatiques par une meilleure sensibilité au bien-être commun dans leur conception et leur réalisation.

Jamais l’humain n’a été aussi responsabilisé dans son rapport à autrui et à l’environnement que depuis le début de cette pandémie. De quelle façon les infrastructures seront-elles en mesure de nous supporter dans cette nouvelle prise de conscience ? En proposant des alternatives plus responsables, plus innovantes et plus résilientes. L’aménagement de nouvelles pistes cyclables est un simple exemple qui fait un pas vers une plus grande responsabilité environnementale, tout en favorisant la santé individuelle et collective.

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