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jeune femme travaille sur son ordinateur et son chat regarde par la fenêtre
Dans un contexte où plusieurs étudiants internationaux arrivent au Canada sans avoir un réseau d’entraide (amis ou famille), la pandémie a amplifié le sentiment de solitude et l’anxiété. (Shutterstock)

Isolés pendant la pandémie : quel usage des TIC ont fait les étudiants internationaux ?

Dans le contexte de la pandémie liée à la Covid-19, plusieurs recherches se sont penchées sur l’état de la population. Mais elles ont eu tendance à laisser de côté les étudiants internationaux (ÉI). Pourtant, ils constituent une population vulnérable en raison de leur statut migratoire précaire et des divers défis liés à leur adaptation aux nouveaux environnements.

De plus, dans les universités canadiennes et québécoises, ils constituent une bonne proportion des effectifs étudiants, qui a tendance à augmenter à travers le temps.

Dans le cadre d’un projet de recherche en partenariat avec le Carrefour jeunesse-emploi-Saguenay, mes collègues et moi avons documenté l’expérience du confinement chez les ÉI inscrits dans des universités québécoises. Nous avons analysé les usages des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans ce contexte ainsi que les répercussions sur la qualité de vie des ÉI.

Des entrevues menées en ligne auprès de quarante ÉI ont permis d’explorer diverses thématiques. Ici, nous présentons quelques éléments relatifs aux TIC et une partie de l’expérience des ÉI.

La pandémie a eu des impacts réels

Dans un contexte où plusieurs ÉI arrivent au Canada sans avoir un réseau d’entraide (amis ou famille), la pandémie a amplifié le sentiment de solitude et l’anxiété. Les participants à l’étude ont rapporté une perte de motivation, une baisse de la qualité du sommeil et de l’anhédonie (l’incapacité à éprouver du plaisir particulièrement lors de situations antérieurement considérées plaisantes). Ces données permettent d’avancer que leur santé mentale a été affectée pendant cette période, mais aussi leur qualité de vie. Ce dernier paramètre a été impacté par un niveau de sédentarité élevé (diminution de la diversité des loisirs) et une diminution des occasions pour socialiser (occasions de rencontre, diversité des relations, etc.).

L’usage intensif des TIC contribue à une fatigue physique et à une saturation psychologique. (Shutterstock)

L’apparition de symptômes physiques est mentionnée (maux de tête, douleurs musculaires) à la suite de l’exposition prolongée à l’écran de l’ordinateur. Une « fatigue numérique », qui n’est pas rapportée comme tel dans les études internationales sur les étudiants, mais qui commence à faire l’objet d’études dans le champ de la cyberpsychologie, est également rapportée.

Les ajustements en contexte de pandémie touchent plusieurs aspects de la vie, en particulier les relations avec les colocataires, avec qui les enjeux semblent augmenter. Parmi les effets directs de la pandémie, il y a eu aussi des répercussions significatives sur les finances des ÉI avec des dépenses imprévues (mise à niveau de l’accès Internet ; achats d’appareils informatiques ; parfois l’achat de mobilier comme des chaises ou bureaux ; et une augmentation de la consommation d’électricité). Ces dépenses ont grevé leur budget, déjà réduit par les coupures de salaire ou d’aide financière, ce qui a augmenté leur précarité et constitué une source de stress supplémentaire. Plusieurs d’entre eux ont dû réorganiser leur budget et faire des sacrifices dans leur style de vie.

Le caractère pratique des TIC

Les conditions d’enseignement et d’apprentissage ont été affectées et une détérioration des résultats scolaires est rapportée. Pour la très grande majorité des ÉI, le suivi des cours s’est effectué à l’aide de l’ordinateur portable, mais quelques-uns d’entre eux ont utilisé leur tablette ou leur téléphone à cet effet.

Les accommodements aux nouvelles contraintes pédagogiques sont passés essentiellement par l’appropriation des fonctionnalités des plates-formes de visioconférences imposées par les universités, en particulier Zoom et Teams, et dans certains cas Moodle. Ce passage à de nouvelles plates-formes ne semble pas avoir constitué un stresseur important, contrairement aux résultats d’autres études. Leur facilité d’usage et l’aide en ligne fournie par les universités ou les ressources disponibles sur Internet ont en effet permis l’apprentissage de nouvelles compétences informatiques.

Les TIC ont servi à plusieurs fonctions (communication avec l’entourage familial et amical, quête d’informations en particulier sur la Covid-19, participation à des activités en visioconférence, divertissement, achats en ligne), et ce, sur des supports logiciels variés. Il est intéressant de remarquer que WhatsApp et Messenger étaient les deux applications les plus utilisées afin de communiquer avec leurs famille et amis.

Des conditions d’apprentissage difficile

Comme dans d’autres études, l’un des avantages essentiels du recours aux TIC renvoie à la possibilité de continuer la formation universitaire dans un environnement relativement favorable. Les gains de temps, la flexibilité et l’accès au contenu des cours enregistrés ou des capsules constituent des atouts relevés par plusieurs ÉI. Ces derniers soulignent aussi l’adaptation d’une grande proportion des professeurs à ces nouvelles conditions pour permettre la mise en place d’un environnement académique adéquat (approches, ressources pédagogiques et évaluations).

À l’inverse, les divers désavantages de l’enseignement en ligne recoupent les conclusions d’autres travaux menés parmi les étudiants : le maintien de la communication (connexion, coupures, qualité du son) et le transfert des travaux de fin de session. À ces difficultés s’ajoutent les contraintes pédagogiques liées aux incompétences technologiques de plusieurs professeurs et à l’arbitraire dans les stratégies de cours.

Les ÉI relèvent aussi l’absence d’interactions soutenues avec les professeurs et leurs collègues de cours. Ces conditions affectent la transmission des savoirs, les échanges et les communications asynchrones entre professeurs et ÉI et elles contribuent à une atmosphère globale menant à l’apathie. À ces limites s’ajoutent l’absence d’accès aux ressources bibliographiques, la disparition des cours en laboratoire dans plusieurs programmes, ce qui affecte l’acquisition de compétences jugées essentielles et produit le sentiment d’une formation incomplète.

Si l’ensemble de ces caractéristiques peuvent être appliquées aux étudiants québécois, leurs effets semblent plus grands chez les ÉI en situation d’absence de réseau d’entraide ou d’un réseau réduit.

Une question de résilience

Les résultats de notre recherche illustrent l’importance de l’environnement technologique dans une situation de confinement. Un double effet sur la qualité de vie a été observé : d’une part, ces pratiques ont contribué à améliorer la qualité de vie en période de confinement, en atténuant les effets de la distanciation et d’isolement par l’accès à un support social et à des ressources diverses. D’autre part, les TIC concourent, avec l’augmentation du temps passé en ligne, à une dépendance rapportée par près de la moitié des ÉI, et à des niveaux de stress et d’anxiété relevés par plusieurs.

L’usage intensif des TIC contribue aussi à une fatigue physique et à une saturation psychologique. Ces répercussions peuvent entraîner un abandon des TIC pour certains d’entre eux, un effet rapporté dans d’autres études en cyberpsychologie en période de confinement.

À ces quelques éléments s’ajoute le statut migratoire des ÉI, résultant en un portrait plus complexe de la situation. Mais il va sans dire que la résilience des ÉI illustre clairement leur agentivité (la capacité d’action et d’influence sur le monde – évènements et êtres).


Je tiens à souligner la contribution de M. Serge Tremblay (intervenant en intégration pour les immigrants au Carrefour jeunesse-emploi-Saguenay) pour la relecture de cet article.

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