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Vue d'une chaîne de montagnes.
Vue des montagnes de l'Himalaya près du parc national de Sagarmatha, au Népal. (Shutterstock)

La biodiversité des montagnes de l’Himalaya mise à mal par le changement climatique. Voici comment la préserver

La chaîne de l’Himalaya abrite une grande diversité d’espèces : 10 000 plantes vasculaires, 979 oiseaux et 300 mammifères, dont le léopard des neiges, le panda roux, le jharal et le lophophore resplendissant.

La région représente un immense système de montagnes qui s’étend sur 2 400 kilomètres situés au Népal, en Inde, au Bhoutan, au Pakistan, en Chine, au Myanmar et en Afghanistan. Elle possède différents types de climats et de zones écologiques, comprenant des écosystèmes tropicaux et alpins, ainsi que des glaces et des rochers dans les endroits les plus élevés. Chacune de ces zones écologiques est concentrée sur un écart d’altitude réduit.

L’Himalaya — et le Plateau tibétain qui lui est associé — fournit des services écosystémiques considérables et, en tant que « troisième pôle », il est la source de la plupart des grands fleuves d’Asie, ce qui lui a valu la qualification de château d’eau de la planète. Il est urgent de conserver et de protéger ses fragiles écosystèmes.

Une diversité florissante

Comment des montagnes et, plus particulièrement, l’Himalaya, peuvent-elles abriter une telle biodiversité  ? Tout simplement parce que les grandes différences d’altitude créent des plages de température exceptionnellement larges et des conditions environnementales qui favorisent la diversité de la vie.

Dans l’Himalaya central, la température moyenne varie d’environ un degré Celsius à chaque 190 mètres de dénivelé. À titre de comparaison, dans l’hémisphère nord, un changement d’un degré se produit à peu près tous les 150 kilomètres — et tous les 197 kilomètres dans l’hémisphère sud — le long d’un gradient latitudinal.

Vidéo du lophophore resplendissant.

En randonnée dans les montagnes, on peut facilement remarquer des changements de végétation sur une assez faible dénivellation. Ils sont particulièrement évidents lorsque la limite des arbres cède la place à des prairies alpines.

Au cours de notre récente étude sur le terrain au Kangchenjunga, au Népal, nous avons recensé environ 4 170 arbres appartenant à 126 espèces différentes tous les 100 mètres de dénivelé entre 80 et 4 200 mètres au-dessus du niveau de la mer. Nous avons également constaté que les altitudes moyennes, de 1 000 à 3 000 mètres au-dessus du niveau de la mer, présentaient davantage de biodiversité que le sommet et la base des montagnes.

Cette grande diversité est le résultat d’un équilibre dynamique entre des températures chaudes et des précipitations abondantes.

Les forêts, ces puits de carbone

Les arbres constituent l’un des principaux puits de carbone dans l’Himalaya, stockant environ 62 % du carbone forestier total. Les sols forestiers plus frais des biomes nordiques, notamment dans la forêt boréale et la toundra, permettent un stockage supplémentaire de carbone sous forme de matière organique non décomposée.

La biomasse représente l’ensemble du carbone stocké dans les plantes.

Notre étude a révélé que les zones comportant une grande diversité végétale produisent davantage de biomasse et, ainsi, stockent plus de carbone. Les besoins et les modes d’utilisation des ressources telles que l’eau, la lumière du soleil et les nutriments varient d’une espèce à l’autre.

Un léopard des neiges marchent dans la neige
Photo d’un léopard des neiges dans les montagnes de l’Himalaya indien. (Shutterstock)

Dans les écosystèmes riches en espèces, chacun profite davantage des ressources disponibles, ce qui conduit à une exploitation accrue et une importante accumulation de biomasse. Par exemple, là où il y a beaucoup d’espèces d’arbres, chacune peut occuper différentes parties de la canopée et utiliser différentes couches du sol pour ses racines, ce qui réduit la concurrence entre les arbres.

À une grande altitude, où le climat est rude et les nutriments rares, les espèces peuvent s’entraider au lieu de se disputer les ressources. Cette coopération, appelée facilitation, favorise les interactions positives entre les espèces et améliore la croissance et la production de biomasse.

Le dilemme

Comme d’autres régions de la Terre, l’Himalaya connaît actuellement une hausse des températures. Le taux de réchauffement dans cette région est trois fois plus élevé que la moyenne mondiale, avec une augmentation estimée à 0,6 °C par décennie.

Le réchauffement oblige de nombreuses espèces à se déplacer vers des sites plus frais, à de plus grandes altitudes. Toutefois, ce mouvement peut accroître la concurrence pour les ressources et l’espace, en particulier en altitude, entraînant des risques pour la biodiversité.

Le réchauffement climatique d’origine humaine et la déforestation croissante ont également favorisé l’invasion d’espèces non indigènes. Ainsi, l’eupatoire glanduleuse représente un risque pour les pins indiens à longues aiguilles (Pinus roxburghii).

Bourgeons de fruits et forêt
Jeunes cônes du Pinus roxburghii. (Shutterstock)

À long terme, la disparition des espèces indigènes et dominantes pourrait avoir un impact considérable sur les moyens de subsistance des populations et sur l’accumulation de biomasse dans les forêts locales.

Les communautés locales de l’Himalaya dépendent largement des ressources naturelles. Par conséquent, le fait de mettre la priorité sur la conservation de la biodiversité peut être perçu comme allant à l’encontre du développement local.

Il est essentiel d’adopter des approches qui tiennent compte des besoins écologiques des écosystèmes fragiles, mais aussi des intérêts économiques et des perspectives socioculturelles des personnes qui y vivent. Pour trouver des solutions, des intervenants représentant les intérêts mondiaux et locaux doivent mener un débat sérieux et approfondi.

L’importance de la biodiversité de l’Himalaya

L’Himalaya est un des 36 points chauds de la biodiversité, avec quelque 3 160 variétés d’espèces végétales rares, endémiques et sensibles qui possèdent des propriétés médicinales.

La conservation de sa biodiversité est essentielle au maintien d’un large éventail de services écosystémiques. Les montagnes contribuent à réduire la quantité de dioxyde de carbone dans l’atmosphère en piégeant le carbone dans la biomasse végétale et abritent une faune et une flore d’une grande beauté.

Un panda roux mange des feuilles
Panda roux en train de manger les feuilles d’un arbre. (Shutterstock)

La Convention sur la diversité biologique, une organisation internationale dédiée à la préservation de la biodiversité dans le monde, considère l’Himalaya comme une de ses priorités.

En préservant ce paysage magnifique et fragile, nous pouvons faire en sorte que les générations futures puissent profiter de sa beauté et de sa nature sauvage ainsi que des services fournis par ses écosystèmes. La conservation de la biodiversité dans l’Himalaya constitue une préoccupation pour les communautés mondiales et locales.

This article was originally published in English

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