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femme dans une allée de supermarché qui porte un masque
La pandémie a eu un impact à la fois sain et malsain sur nos relations avec la nourriture. (Shutterstock)

La Covid-19 a remodelé notre façon d’acheter, de préparer et de consommer les aliments

Au début de l’année 2020, alors que les provinces canadiennes déclaraient tour à tour l’état d’urgence et que diverses restrictions sanitaires entraient en vigueur, nos sorties routinières à l’épicerie ont été grandement bouleversées.

Devant l’incertitude causée par la Covid-19, plusieurs personnes au Canada et à travers le monde ont fait des réserves de nourriture et d’autres produits.

Ce fut le début d’une série d’impacts de la pandémie sur nos expériences avec la nourriture.

Pour mieux comprendre les décisions liées à l’alimentation durant la pandémie, notre équipe de recherche a mené une étude en ligne auprès d’un échantillon d’adultes vivant au Québec. Cette étude a couvert trois périodes différentes entre le confinement initial au printemps 2020 et le couvre-feu instauré dans la province à l’hiver 2021.

Achats d’aliments : comment et pourquoi ?

Notre étude a montré qu’au début de la pandémie, les gens ont réduit la fréquence avec laquelle ils achetaient des aliments en magasin. Cette diminution s’est produite en parallèle avec une augmentation de l’utilisation des services de cueillette et de livraison d’épicerie. Cette hausse générale de la popularité des méthodes d’épicerie sans contact a également été observée ailleurs dans le monde, et était probablement due au fait que les gens tentaient de limiter leur exposition au virus.

Une personne portant un t-shirt rouge met des denrées dans le coffre d’une voiture noire
La popularité de la cueillette d’épicerie et de la livraison à domicile a augmenté pendant les périodes de confinement, alors que moins d’individus faisaient leur épicerie en magasin. (Shutterstock)

Notre étude suggère que la fréquence des achats en magasin est revenue à son niveau prépandémique au milieu de l’année 2020. Toutefois, il est attendu que l’utilisation des méthodes d’épicerie sans contact persiste dans le temps chez une portion considérable de la population.

La pandémie a non seulement changé notre façon d’acheter les aliments, mais également les motivations derrière ces achats. Tel qu’indiqué dans un article qui sera publié prochainement, plus des trois quarts de nos répondants ont exprimé que leur désir de soutenir les commerces alimentaires locaux avait augmenté par rapport à 2019. De plus, 68 % d’entre eux ont affirmé accorder une importance plus grande au pays d’origine des aliments.

Les répondants ont également rapporté que leurs décisions d’achat étaient motivées par la sécurité et le prix des produits, ainsi que par leur impact environnemental et éthique.

Davantage de repas faits maison

Les changements sociétaux majeurs comme la fermeture des restaurants, l’école à domicile et le télétravail ont été accompagnés par une augmentation de la fréquence de la cuisine maison ainsi qu’une augmentation des compétences en matière d’alimentation telles que les aptitudes de cuisine et de planification des repas. De nombreux Canadiens ont appris de nouvelles recettes, et l’augmentation très médiatisée de la popularité de la boulangerie est corroborée par une augmentation spectaculaire des recherches de recettes de pain en ligne au cours des premières semaines de la pandémie (recherches qui sont demeurées plus nombreuses qu’avant la pandémie pour bonne partie de 2021).

Popularité des recherches Google pour le terme « recette de pain » (ou son équivalent anglais « bread recipe ») en 2019, 2020 et 2021 au Canada. Les recherches ont atteint un sommet en avril 2020, pendant le premier confinement pandémique. (Google Trends), Fourni par l’auteur

L’amélioration des compétences liées à l’alimentation était particulièrement prononcée chez les familles, ce qui est probablement dû à une augmentation de la participation des enfants aux activités culinaires pendant les confinements. En outre, plus du tiers des personnes interrogées dans le cadre de notre étude ont indiqué que l’amélioration des compétences au sein de leur ménage était due à une augmentation du temps et de la motivation pour cuisiner, du réconfort et du plaisir tirés de la nourriture, et de l’intérêt pour la nourriture.

Bien que l’amélioration des compétences culinaires et l’augmentation de la fréquence de la cuisine maison puissent être considérées comme bénéfiques, il y a un revers à cette médaille. Certaines personnes ont semblé se fatiguer de préparer des repas au fil du temps, ce qui s’est traduit par une augmentation des commandes à emporter ou des livraisons d’aliments préparés au début de 2021 par rapport à 2020.

Tentation et santé

L’effet de la pandémie sur les comportements alimentaires était variable d’un individu à l’autre. D’une part, la nourriture semble avoir été utilisée comme une source de réconfort et une façon d’éviter l’ennui pendant les confinements. Plus du quart de nos répondants ont rapporté une augmentation de leur désir de manger pendant la pandémie comparativement à la période prépandémique. Selon leurs dires, cette augmentation est due au fait qu’ils étaient toujours à la maison et entourés de nourriture.

D’autre part, une faible proportion de répondants ont rapporté que leur désir de manger avait diminué. Les principales raisons invoquées pour expliquer ce changement sont des sentiments de stress et d’anxiété ainsi qu’une diminution de la motivation à cuisiner.

Les confinements ont également eu des effets mitigés sur le caractère sain des choix alimentaires. Une étude résumant des données recueillies à travers le monde a révélé que, de façon générale, les gens ont déclaré avoir consommé davantage d’aliments malsains tels que des grignotines et des sucreries pendant les périodes de confinement.

Toutefois, certains individus semblent également avoir profité des confinements pandémiques pour faire des choix alimentaires plus sains. Les changements malsains pourraient donc avoir été compensés par une consommation accrue d’aliments plus nutritifs tels que les fruits et légumes, les légumineuses et les céréales.

Un homme confus regardant des produits dans les rayons d’une épicerie
La pandémie a eu des résultats mitigés sur nos choix alimentaires. Les gens ont déclaré avoir consommé davantage d’aliments malsains tels que des grignotines et des sucreries pendant les périodes de confinement. (Shutterstock)

La grande variabilité des changements liés à l’alimentation peut en partie s’expliquer par les impacts variés de la pandémie sur la situation personnelle des individus. Davantage de changements dans les comportements alimentaires ont probablement été observés chez les individus dont les conditions de travail ont été perturbées par la pandémie, en raison notamment de la perte d’un emploi ou d’une transition vers le télétravail.

De plus, compte tenu de la survenue inattendue de la Covid-19, la plupart des études ont dû comparer les habitudes alimentaires des participants pendant les confinements avec les souvenirs qu’avaient ces participants de leurs habitudes prépandémiques. Ces souvenirs ne correspondent toutefois pas toujours à la réalité.

Plus de recherches sont nécessaires

Les groupes vulnérables ont probablement été sous-représentés dans la plupart des études à propos des impacts de la pandémie sur l’alimentation. De plus amples recherches sont nécessaires afin de comprendre comment les changements d’habitudes alimentaires induits par la pandémie évolueront au fil du temps en fonction du groupe d’âge des individus, de leur statut socio-économique, et de la structure du ménage dans lequel ils vivent.

Le temps nous dira si les changements dans nos valeurs et dans nos compétences liées à l’alimentation seront permanents ou s’ils se dissiperont à mesure que nous retournerons à nos vies prépandémiques. La pandémie a possiblement apporté quelques changements positifs dans nos relations avec la nourriture et nos compétences alimentaires.

Un soutien continu aux produits alimentaires locaux pourrait contribuer à promouvoir une alimentation saine ainsi que la durabilité de notre système alimentaire.

This article was originally published in English

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