Le fait de garder les travailleurs âgés au travail après 65 ans pourrait aider à résoudre la pénurie de main-d'oeuvre qualifiée au Canada. Shutterstock

La population active canadienne vieillit… et il faut la garder au travail!

La population active du Canada est en pleine métamorphose. Nous vieillissons et partons à la retraite en nombre record.

Le départ d’un si grand nombre de travailleurs et le nombre insuffisant d'employés sur le marché pour les remplacer laissent présager un ralentissement de l’économie. La réduction de la main-d’œuvre se traduira par celle de l’assiette fiscale, tandis que le vieillissement de la population augmentera le fardeau financier imposé à notre système de soins de santé.

Inciter les personnes âgées à continuer de travailler après 65 ans atténuerait nombre de ces problèmes. Notre gouvernement actuel a toutefois choisi d’ignorer cette solution des plus évidentes.

En fait, non seulement le Canada se rebiffe-t-il contre la tendance mondiale au recul de l’âge de la retraite à 67 ans, mais le point de vue du gouvernement sur la main-d’œuvre vieillissante est archaïque et dépassé – tout comme notre système de régime de retraite, qui ne reflète pas la réalité du vieillissement et du travail au 21ème siècle.

Lorsque Justin Trudeau est devenu premier ministre il y a quatre ans, il a déclaré que le plan de Stephen Harper visant à repousser l’âge de la retraite à 67 ans constituait « une grave erreur », soulignant « l’importance de prendre soin des membres les plus vulnérables de notre société ».


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Si une telle déclaration implique qu’une personne de 65 ans est physiquement et cognitivement incapable de travailler au-delà de l’âge habituel de la retraite, elle nie également la valeur de l’expérience et notre reconnaissance de l’expertise.

Nous vivons plus vieux

Au siècle dernier, les innovations technologiques et les progrès de la médecine ont donné lieu à l’un des plus grands miracles de notre époque : la révolution de la longévité. Nous vivons à présent plus longtemps et en meilleure santé. La population active est composée en grande partie de travailleurs du savoir, ce qui banalise la notion de capacité physique. Ajoutons à cela les percées de la technologie, notamment l’automatisation, et l’on observe un accroissement de la productivité des travailleurs âgés comparativement aux générations précédentes.

La déclaration de Justin Trudeau suppose en outre que nous vieillissons tous au même rythme biologique. Le cas échéant, l’approche chronologique des compétences professionnelles serait indiquée, mais comme l’explique Andrew Scott, professeur de sciences économiques à la London Business School, les gens vieillissent différemment. C’est pourquoi certains septuagénaires participent à des olympiades pour personnes âgées, tandis que certains quinquagénaires ont besoin d’une marchette.

Nombre de travailleurs vieillissants demeurent extrêmement actifs au-delà de 65 ans. Shutterstock

Les stéréotypes sur les travailleurs vieillissants considèrent que l’âge chronologique reflète les capacités professionnelles. Or, la chronologie ne révèle que la longévité d’une personne, sans tenir compte de sa santé, de son expérience ou de ses connaissances ainsi que des variations dans sa tranche de population.

Lors d’une récente entrevue avec BNN Bloomberg, Jean Charest, ancien premier ministre du Québec, a exprimé son inquiétude quant au manque d’attention accordé au vieillissement de la population active par les partis fédéraux durant les élections.

Alors qu’il prenait part au Canadian Manufacturing Technology Show à Toronto, M. Charest a déclaré :

“Je suis un peu surpris et déçu que durant cette campagne électorale, les chefs n’aient pas plus parlé de ce que le Canada doit faire pour améliorer sa main-d’œuvre et rester concurrentiel – surtout avec une population vieillissante… Si nous n’abordons pas cette question rapidement, nous allons avoir de gros problèmes.”

Les experts en conviennent.

La natalité décline

Le demi-siècle dernier a vu les économies des pays développés croître et notre niveau de vie s’améliorer sans cesse. Cette situation est en grande partie attribuable à la participation de la génération du baby-boom au marché du travail ainsi qu’à l’afflux des femmes dans la population active. Le baby-boom a toutefois été suivi d’une chute de la natalité, et les gens choisissent à présent d’avoir moins d’enfants.

Cela signifie que plus de travailleurs quitteront la population active que n’y entreront dans les années à venir, ce qui pourrait freiner la croissance de notre économie et avoir des répercussions négatives sur notre niveau de vie.

Notre système actuel ne peut générer les revenus fiscaux requis pour financer les retraites prolongées du bassin de retraités en constante expansion. Les travailleurs devront produire plus, mais recevront moins. Dans leur ouvrage, The Economic Implications of Aging Societies: The Costs of Living Happily Ever After, Steven Nyce et Sylvester Schieber préviennent que la société devra accepter un niveau de vie moins élevé si elle ne trouve pas les moyens d’attirer les travailleurs étrangers ou d’encourager les employés âgés à continuer de travailler après 65 ans.

Selon Jean Charest, cette dernière stratégie exigera de repenser la culture du milieu de travail. Les employeurs et les gouvernements devront notamment faire preuve d’initiative en investissant dans le recyclage des compétences pour que le Canada demeure concurrentiel.

Ce sentiment trouve d’ailleurs un écho retentissant dans le dernier indice mondial de compétitivité récemment publié par le Forum économique mondial.

Le Canada arrivait au 14e rang des économies les plus concurrentielles du monde, en baisse de deux places par rapport à 2018. L’un des facteurs cités par l’indice était la nécessité pour le Canada d’équilibrer ses avancées technologiques et son investissement dans le capital humain. Or, recycler les compétences de notre main-d’œuvre vieillissante répondrait justement à ce besoin.

Nous devons commencer à envisager l’âge en termes de capacités, et non de chronologie. Concrètement, cela signifie modifier la réglementation gouvernementale concernant l’âge et la retraite, et tenir compte de l’allongement des carrières.

En 2010, [Standard & Poor’s prédisait] :

“Aucune autre force n’est susceptible de façonner l’avenir de la santé économique nationale, des finances de l’État et de l’élaboration des politiques autant que le rythme irréversible auquel la population mondiale vieillit.”

Mais peu de politiciens canadiens semblent s’en préoccuper.

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This article was originally published in English