Menu Close
fissure de sol séché
Des fissures de sol séché dans la campagne thaïlandaise. Shutterstock

La remise à zéro de l’horloge climatique démontre que le monde se rapproche d’un an du seuil critique de 1,5 °C

Les émissions mondiales de dioxyde de carbone devraient rebondir cette année pour s’approcher des niveaux de 2019, mettant ainsi fin à la chute inédite de l’an dernier causée par le confinement lié à la pandémie de Covid-19.

En effet, les émissions affichent de nouveau une tendance à la hausse, alors qu’elles devraient diminuer rapidement si nous voulons atteindre la cible limite du réchauffement climatique à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels.

Nous avons créé l’Horloge climatique en 2015 pour montrer la vitesse à laquelle nous approchons du seuil critique de 1,5 °C, soit la limite inférieure de l’objectif de température mondiale de l’Accord de Paris et un seuil critique des impacts climatiques.

L’horloge permet de surveiller les émissions mondiales et les données en matière de température, et d’utiliser les tendances les plus récentes des émissions sur cinq ans afin d’estimer le temps qu’il reste avant que le réchauffement climatique n’atteigne ce seuil critique de 1,5 °C. La nouvelle estimation des émissions pour 2021 retranche près d’une année au compte à rebours, ce qui signifie qu’il ne reste qu’un peu plus de 10 ans avant d’atteindre le seuil critique de 1,5 °C.

Suivi du réchauffement climatique en temps réel

L’horloge climatique est un moyen de visualiser et de mesurer les progrès accomplis dans l’atteinte de nos objectifs climatiques mondiaux. La date se rapproche lorsque les émissions augmentent et recule lorsqu’elles diminuent. Chaque année, nous actualisons l’horloge afin de faire état des dernières données mondiales ainsi qu’améliorer notre compréhension scientifique du niveau d’émissions nécessaire pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C.

Cette année, la mise à jour de l’horloge repose sur trois séries de données actualisées. Tout d’abord, les nouvelles estimations relatives à la hausse de la température mondiale figurant dans le sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) révèlent que les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine sont la cause de la quasi-totalité du réchauffement du système climatique constaté. Nous utilisons l’estimation du réchauffement planétaire d’origine humaine de l’indice de réchauffement planétaire qui, en novembre 2021, a atteint 1,24 °C au-dessus de la température moyenne de la période 1850-1900.

En second lieu, le Global Carbon Project prévoit que les émissions mondiales de dioxyde de carbone liées à la consommation d’énergie augmenteront de 4,8 pour cent en 2021 par rapport à 2020, après une baisse de 5,4 pour cent entre 2019 et 2020. Nous utilisons les données des cinq dernières années pour projeter la tendance mondiale des émissions de dioxyde de carbone liées aux combustibles fossiles, tout en supposant que les émissions additionnelles de dioxyde de carbone liées à l’exploitation des terres se maintiendront dans la moyenne des cinq dernières années.

Les émissions mondiales de dioxyde de carbone d’origine fossile ont chuté de plus de cinq pour cent en 2020, mais elles devraient rebondir et se rapprocher des niveaux de 2019 cette année. (Global Carbon Project)

Les données de 2016 à 2021 suggèrent qu’en l’absence de nouvelles interventions des autorités publiques, les émissions mondiales de dioxyde de carbone continueront d’augmenter en moyenne de 0,2 milliard de tonnes (environ un demi-point de pourcentage) par an.


Read more: Plusieurs pays, dont le Canada, ont épuisé leur budget carbone. Ils doivent dorénavant donner l’exemple


Finalement, nous utilisons la dernière estimation du budget carbone restant, qui représente la quantité totale d’émissions de dioxyde de carbone que nous pouvons encore émettre, sans dépasser une cible précise de température planétaire.

Selon la dernière estimation du GIEC, le budget carbone restant est de 500 milliards de tonnes d’émissions de dioxyde de carbone à partir de 2020. Nous aurons émis près de 80 milliards de tonnes au cours de 2020-2021, ce qui laissera 420 milliards de tonnes d’émissions de dioxyde de carbone dans le budget carbone après 2021. L’année où nous entamerons la dernière partie du budget carbone restant devrait également être l’année où les températures mondiales atteindront 1,5 °C.

La tendance actuelle des émissions semble démontrer que ce moment se profile à un horizon de 10 ans à peine.

La réduction des émissions mondiales peut faire gagner du temps à l’horloge climatique

Lorsque nous avons actualisé l’horloge climatique en 2020, la diminution des émissions mondiales causée par les confinements liés à la pandémie de Covid a suffi à ajouter près d’un an à l’horloge. Mais aujourd’hui, en 2021, les émissions augmentent à nouveau et le temps précédemment gagné est désormais perdu. Cette année, notre actualisation annuelle de l’horloge a retranché neuf mois au compte à rebours, qui prévoit dorénavant dix ans et cinq mois avant d’atteindre le seuil critique de 1,5 °C.

Il peut cependant se passer beaucoup de choses en une décennie. Chaque émission de dioxyde de carbone évitée est une unité de temps que nous pouvons ajouter à l’horloge. La diminution des autres gaz à effet de serre responsables du réchauffement, tels que le méthane ou l’oxyde nitreux, contribuera également à prolonger le délai avant l’atteinte de la cible de 1,5 °C, puisque l’effet de ces autres gaz est pris en compte dans l’estimation du budget carbone restant.

Si nous parvenons à un seuil d’émissions mondiales nulles de dioxyde de carbone au cours des deux prochaines décennies, nous avons de bonnes chances de ne pas atteindre la limite de 1,5 °C. Cependant, peu de pays se sont engagés envers ce niveau ambitieux : seule une poignée d’entre eux, dont l’Uruguay, la Finlande, l’Islande et l’Autriche, ont proposé des engagements en matière de carboneutralité ciblant l’année 2040 ou avant.

L’objectif de carboneutralité d’ici 2040 est manifestement ambitieux, mais il n’est pas trop tard pour s’y atteler. Si la pandémie de Covid-19 nous a appris une chose, c’est qu’une action rapide et de grande envergure en réponse à une menace aiguë est susceptible de réussir à limiter les dégâts. Le changement climatique mondial est une menace moins aiguë, mais tout aussi redoutable. Si nous parvenons à y répondre de manière adéquate, nous parviendrons également à en limiter les dégâts pour les générations actuelles et futures.


L’horloge climatique a été créée en collaboration avec le musicien et auteur David Usher.

This article was originally published in English

Want to write?

Write an article and join a growing community of more than 156,200 academics and researchers from 4,518 institutions.

Register now