La zlatanisation de la recherche scientifique

Il faut que la recherche s'inspire du football pour recruter les meilleurs éléments étrangers. Jonathan Nackstrand / AFP

Dans la controverse récente sur le budget de la recherche, les points de vue s’opposent sur des centaines de millions d’euros en plus ou en moins.

Mais à quoi doit servir cet argent ? Des laboratoires, des instruments, des fonds de recherche pour des études de terrain ? Non, c’est aux chercheurs eux-mêmes qu’il faut penser en priorité !

Attention, il ne s’agit pas d’augmenter les salaires des « chercheurs fonctionnaires ». Pour Augustin Landier et David Thesmar, économistes, c’est au recrutement de « grands chercheurs étrangers » qu’il faut consacrer l’effort maximal.

Selon eux, « la bonne analogie pour réfléchir au recrutement de talents étrangers, c’est davantage le milieu du football ou de l’art que celui des patrons du CAC 40 ou des conseillers ministériels. »

L’avenir de la science française passe donc, comme celui du PSG, par le recrutement de Zlatan de la recherche !

L’analogie est lumineuse. Développons-la. En onze points, évidemment.

1

Une poignée de stars mondiales s’arrachent sur un mercato permanent. Il en résulte des transferts incessants qui ont l’avantage d’assurer une instabilité générale des équipes. Il est évident qu’il y a là une condition propice à favoriser le développement d’une recherche innovante, orientée vers le long terme, apte à investir dans des idées risquées et créatives.

2

Les stars captent l’essentiel de la valeur sous forme de salaires astronomiques. Pour les acquérir et les fidéliser, les clubs sont amenés à développer leur créativité comptable et financière, ainsi que l’a brillamment montré l’OM récemment. Les directeurs des laboratoires devraient s’en inspirer.

3

Landier et Thesmar réclament la liberté pour les institutions de recherche de « vendre leurs prestations d’enseignement ». Excellente idée : les maillots floqués du nom des stars offrent des marges extraordinaires. Faisons de même avec les Nobel.

4

Une poignée de clubs, toujours les mêmes, siphonnent les revenus du système (droits de retransmission), augmentant ainsi leur capacité à acquérir des stars et en priver leurs concurrents. Mais c’est tout simplement qu’ils sont les meilleurs. Puisqu’ils gagnent. De même, les crédits de recherche doivent être distribués de manière ciblée selon le track record, soit le nombre de publications de haut niveau. Si les crédits vont toujours aux mêmes, ce sera bien la preuve qu’ils sont les meilleurs.

5

Dans le football, la performance est limpide : à la fin de la saison, il y a toujours un gagnant. De même, le difficile problème de l’évaluation scientifique et de l’impact sociétal de la recherche serait avantageusement réduit au seul au track record. C’est une évidence que la performance passée est le meilleur indicateur de la performance future.

6

La transparence et le strict respect des lois sont également des traits patents de l’univers du football. Les instances fédérales sont, de notoriété publique, exemplaires. Dans la recherche, la « poignée de grandes agences de moyens » et les organismes d’évaluation seront bien inspirés d’imiter le comportement vertueux des instances dirigeantes du football et de se détacher ainsi des épouvantables turpitudes de la « technostructure centralisée » qui étouffe la recherche française.

7

La compétition est au cœur de tout. Franck Fife/AFP

Le football illustre de manière éclatante les vertus de la compétition. Maradona et Henry n’ont jamais utilisé leur main pour marquer. Les matches ne sont jamais truqués, même en Italie. Dans la recherche, la compétition a toujours été un moteur d’avancement des connaissances, et cela depuis Archimède (son track record en atteste). La collaboration, le partage, l’intérêt général, la connaissance pour elle-même, ne sont que des trompe-l’œil invoqués par les médiocres.

8

L’internationalisation démocratique est une autre caractéristique à importer du monde du football. Les processus ayant mené aux attributions de l’organisation des grandes compétitions de football nous en ont donné la preuve. Alors que, dans la recherche, comme le notent subtilement Landier et Thesmar, « l’évaluation interne dans les organismes est souvent entachée par le lobbying et les connexions ». La solution est simple : utiliser des « jurys étrangers ». Les étrangers, à la différence des Français, sont naturellement bons, honnêtes, objectifs, neutres, perspicaces, compétents, indépendants, incorruptibles. Même si ce sont les mêmes qui sont susceptibles d’être recrutés comme chercheurs stars.

9

« Je suis venu comme un roi, je repars comme une légende » (Zlatan Ibrahimovic).

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« Si je n’étais pas payé pour être footballeur professionnel, je jouerais volontiers pour rien » (Lionel Messi).

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Ne nous trompons pas de modèle.