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Laisser filer l’inflation ou freiner la reprise, le dilemme des banquiers centraux

Aux États-Unis, l’inflation a augmenté de plus 5 % sur un an. Scott Olson / Getty Images via AFP

Aux États-Unis, l’indice des prix à la consommation a augmenté de 0,9 % en juin après avoir progressé de 0,5 % en mai, et la variation annuelle est supérieure à 5 %. Dans la zone euro, cette hausse est beaucoup moins prononcée, du moins pour l’instant. En France, par exemple, les prix à la consommation ont augmenté de 1,5 % en juin par rapport à l’année précédente, alors qu’en variation sur un an, ces prix n’avaient augmenté que de 0,2 % en juin de l’année dernière.

Ce retour de l’inflation peut s’expliquer notamment par un mécanisme économique très simple : la demande augmente et l’offre se réduit, donc les prix augmentent.

D’une part, la pandémie a conduit de nombreux ménages à reporter leur consommation. Pour certains d’entre eux, ils ont accumulé de l’épargne. Lorsque les mesures de distanciation sociales sont levées, ces ménages peuvent à nouveau consommer. Cela correspond à une hausse de la demande.

D’autre part, l’offre de biens et de services subit encore des effets de la pandémie. En bref, toutes les chaînes d’approvisionnement et de production ne sont pas forcément rétablies.

Une tendance durable ?

Ces facteurs de demande et d’offre sont considérés comme transitoires : une fois la pandémie terminée, l’offre va se remettre en place et l’épargne accumulée sera dépensée. Ainsi, l’inflation qui en résulte ne devrait pas persister, du moins en théorie. D’une certaine manière, c’est même un signe que l’économie se remet sur les rails et la hausse de la demande va permettre à l’offre de se remettre en place.

Toutefois, il existe un risque que l’inflation reste durablement élevée, ce qui peut constituer un problème pour la reprise. Une telle inflation plus durable pourrait avoir des conséquences pour tous les prix dans l’économie : jusqu’à présent, les hausses de prix aux États-Unis concernent seulement certains secteurs comme l’énergie – et tout spécialement les prix liés au prix du pétrole et du gaz – ou des biens durables comme les voitures, mais nettement moins les services.

Inflation : quels risques pour la relance ? (Académie des Sciences et Techniques Comptables et Financières, juillet 2021).

Si une telle inflation plus persistante venait à se réaliser, les banques centrales n’auront pas d’autre choix que de réagir pour les contenir. En effet, la Réserve fédérale américaine (Fed) comme la Banque centrale européenne (BCE) ont un objectif de stabilité des prix. Dans le cas de la Fed, depuis août 2020, l’inflation doit avoisiner les 2 % en moyenne. Dans le cas de la BCE, depuis sa récente revue stratégique, l’inflation doit être proche de 2 %. Un dérapage persistant des prix ne serait donc plus en accord avec le mandat de ces banques centrales.

Une question de crédibilité

Pour éviter un tel risque, les banques centrales devront limiter leur soutien à l’économie, ou bien en restreignant les programmes quantitatifs qu’elles ont mis en place depuis plusieurs années, ou bien en remontant si nécessaire leurs taux directeurs, aujourd’hui au plus bas.

Paradoxalement, un éventuel retour de l’inflation est en partie lié à un risque de manque de crédibilité des banques centrales pour la combattre : si celles-ci préfèrent systématiquement ne pas ralentir l’activité économique pour combattre l’inflation, alors les marchés financiers voire, si le phénomène s’empire, les entreprises et les ménages vont penser que l’inflation risque effectivement de revenir. L’anticipation d’inflation future pousserait alors aux hausses de prix dès aujourd’hui, alimentant la spirale inflationniste.

Aujourd’hui, au-delà du risque pour la reprise, une raison particulière peut conduire les banques centrales à ne pas souhaiter resserrer la vis monétaire : en relevant les taux ou en limitant les achats de titres, les banques centrales peuvent également faire augmenter le coût de la dette des États. Une augmentation trop élevée des taux pourrait rendre insoutenable la dette de certains États et provoquer un défaut souverain.

Quelle que soit sa source, tout manque de crédibilité finirait par se traduire par les anticipations d’inflation à long terme. Dans les mois et années à venir, ce sera la variable clé à vérifier : si ces anticipations commençaient à s’écarter de l’objectif des banques centrales, ces dernières n’auraient d’autre choix que d’intervenir en ralentissant éventuellement la reprise.

Cette crédibilité à resserrer la vis monétaire si besoin, c’est visiblement ce qui a été testé aux États-Unis en juin dernier. La Fed a laissé ses taux inchangés, mais a annoncé que deux resserrements des taux sont désormais envisagés d’ici à fin 2023, alors que la date de 2024 était précédemment envisagée.

Avec cette communication autour d’une accélération du calendrier, les marchés financiers ont, semble-t-il, perçu que la Fed était crédible pour relever ses taux en cas de retour persistant de l’inflation. En retour, les anticipations d’inflation à plus long terme ont amorcé un léger recul aux États-Unis, laissant espérer que les marchés s’attendent effectivement à ce que la Fed intervienne si nécessaire en cas de hausse de l’inflation.

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