Le nombre de membres des Forces canadiennes de maintien de la paix déployées dans le monde entier est à son niveau le plus bas. LA PRESSE CANADIENNE/Lars Hagberg

Le Canada, un mauvais joueur sur la scène internationale

Le gouvernement de Justin Trudeau est dans l’embarras suite à une défaite dévastatrice dans son effort pour tenter d’obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies.

Aussitôt qu’il a affirmé, en 2015, que le Canada était « de retour », le premier ministre en a fait un engagement phare du succès de son mandat. En bout de course, la candidature du Canada sous Justin Trudeau a recueilli encore moins de votes que celle, également perdante, présentée par Stephen Harper en 2010.

Fait à noter : cette fois-ci, un phénomène sans précédent est survenu. La campagne du gouvernement a été confrontée à une autre, vigoureuse, contre sa candidature de la part de groupes de la société civile. Une centaine d’organismes, de même que plusieurs militants et militantes d’importance de la gauche, ont co-signé une lettre ouverte déposée contre la candidature canadienne.

Autrefois, ces voix auraient été de celles appuyant la candidature canadienne. Ce changement de cap signifie un revirement de grande portée. Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, offre peu de réponses convaincantes aux critiques des secteurs les plus internationalistes de la société civile canadienne.


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Peu de Casques bleus en devoir

Le Canada a l’habitude de gagner. Son autoportrait diplomatique le dépeint comme un pays gardien de la paix, un généreux donateur, une voix indépendante et responsable sur la scène mondiale. Le problème : vue de l’extérieur et d’une part de plus en plus importante d’acteurs clés au sein même du Canada, cette perception du pays est totalement fausse.

Les faits sont les suivants. Le Canada ne compte plus que 43 Casques bleus au service de l’Organisation des Nations unies (ONU). L’Irlande, l’une des deux candidates gagnantes, en compte quant à elle 52.

De plus, le Canada consacre à peine 0,26 % de son revenu national brut au développement international, loin derrière la cible de 0,7 % telle que fixée par les Nations-Unies — il s’agit d’un recul important compte tenu de la longue histoire de solidarité internationale québécoise et canadienne. L’autre candidate gagnante, la Norvège, est un modèle international, qui consacre plus de 1 % de son PIB au développement international.

L’écart entre la parole et les actes

De nos jours, le Canada est peu souvent sollicité comme médiateur. Il est plutôt fréquemment considéré comme partisan de la politique étrangère américaine.

Un vaste fossé sépare la rhétorique canadienne des actions canadiennes. Prenons le cas de l’Arabie saoudite, à qui le Canada fournit des armes à grande échelle. En fait, le Canada aide et encourage la politique étrangère misogyne de l’Arabie saoudite, tout en vantant sa propre « politique étrangère féministe ». Des slogans tels que « le monde a besoin du Canada » ne constituent en réalité jamais des arguments puissants.

L’ambassadrice de Norvège auprès des Nations unies, Mona Juul, vote lors des élections pour un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. La Norvège et l’Irlande ont battu le Canada. Eskinder Debebe/ONU Photo via AP

Le Canada a maintenant perdu trois campagnes incluant cette dernière pour le siège au Conseil de sécurité. En 1946, les dirigeants canadiens comptaient obtenir le siège réservé à un état membre du Commonwealth. Toutefois c’est l’Australie, reconnue comme voix forte au nom des petits pays, qui a remporté la victoire.

Recherche d’une position mitoyenne

Le Canada a occupé le siège du Commonwealth en 1948-1949. Au cours de ce premier mandat, le pays a surtout cherché à se positionner ni pour ni contre sur des questions clé, par exemple la lutte indonésienne pour l’indépendance. Dans ce cas, le Canada a rejeté la position adoptée par l’Australie, optant plutôt pour un effort de réconcilier deux positions : celle des États-Unis, en faveur de l’indépendance indonésienne, et celle des Pays-Bas qui visait à poursuivre sa domination coloniale.

Le Canada voulait en effet empêcher un conflit américano-néerlandais de se produire — et ce, parce que les dirigeants canadiens craignaient qu’une différence d’opinions prenne forme entre ses alliés, provoquant le déraillement de la naissance de l’OTAN en 1949. Le Canada a même tenté de bloquer la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948.

Bref, le Canada s’est comporté pendant ce mandat, et au cours des mandats qui ont suivi, comme allié plutôt que comme défenseur de la paix et du développement.

Traité sur les mines antipersonnel

La fin de la guerre froide a fourni au Canada la latitude nécessaire lui permettant d’adopter une position plus indépendante. Lors d’une consultation nationale en 1995, il est devenu apparent que de nombreux groupes de la société civile souhaitaient une politique étrangère axée sur les droits de la personne.

Le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a dirigé la campagne infructueuse du Canada pour obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld

Sous la direction du ministre des Affaires étrangères Lloyd Axworthy, le Canada a occupé un siège au Conseil de sécurité en 1999-2000. Il en a profité pour faire la promotion d’une politique qu’il a appelée la « sécurité humaine ». Axworthy s’est montré disposé à s’écarter quelque peu de la politique étrangère américaine et à s’allier avec certaines voix provenant de la société civile. Il a participé à la conclusion d’un traité visant à interdire les mines antipersonnel, à aider des pays comme le Timor-Leste à sortir de la domination coloniale et à la naissance de la Cour pénale internationale (CPI).

Ces politiques sont disparues par la suite, principalement sous la gouverne de Stephen Harper. Peut-être encore plus surprenant, elles n’ont pas fait « de retour » sous Justin Trudeau. Le ton a changé, bien sûr, mais les politiques de Harper continuent en grande partie.

La leçon que le Canada devrait tirer de son dernier mandat sur le Conseil de sécurité est à l’effet qu’il est plus efficace lorsqu’il forge des liens avec la société civile. Vingt ans plus tard, le fossé entre la rhétorique et les actions est plus vaste que jamais. Il devient apparent que de nombreuses voix de la société civile se soient positionnées contre la politique canadienne actuelle à l’échelle mondiale.

Tout comme l’écart rhétorique continue de se creuser, un écart a pris forme entre « l’establishment » des affaires mondiales du Canada et les groupes internationalistes de la société civile canadienne. Cet écart se creuse, lui aussi. Au moment où le gouvernement est à reconsidérer sa politique étrangère, il devrait se pencher sur pourquoi et comment il a perdu la confiance d’une grande partie de la société civile canadienne.

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